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AMON DÜÜL II - Yeti (1970)
Par JOVIAL le 13 Octobre 2011          Consultée 2448 fois

Wolfgang Krischke est roadie d’AMON DÜÜL II depuis quelques temps déjà. Un soir avec Falk Rogner, organiste du groupe, lui suffira pour rentrer dans la légende. S’armant d’une faux et se parant d’une vieille robe noire trouée, il prend la pause devant l’objectif de son comparse musicien, qui lui ne se fait pas prier pour immortaliser l’instant. La photographie est sublime, elle ferait presque peur. Tout comme l’album pour lequel elle deviendra la pochette quelques mois plus tard. Car cette seconde offrande d’AMON DÜÜL II est une des œuvres les plus monumentales qu’il m’ait été donné d’écouter. Tour à tour fascinante, surprenante, transcendante et en fin de partie unique dans l’histoire de la musique. Phallus Dei avait déjà été une immense réussite, mais cette fois-ci Yeti va beaucoup plus loin. Plus loin tout d’abord parce que nos Teutons ont élargi leur champ d’horizon et, sans renier leur premier album, vont toucher sans complexe à des styles et des univers plus inattendus : hard rock (« Archangel Thunderbird », « Eye Shacking King ») ou bien folk (« Cerberus », « Sandoz In The Rain »), qui, vous vous en doutez, vont littéralement changer de visage sous la plume et la créativité particulièrement originale du groupe allemand. Ensuite, plus loin dans le sens où AMON DÜÜL II franchit un nouveau cap en enfonçant encore plus sa musique dans les profondeurs d’un psychédélisme extrême et mystique. Les couleurs chaudes de la pochette et cette faux que tient notre ami Krischke semblent vouloir couper net avec Phallus Dei, ce qui est vrai sur certains morceaux, mais parallèlement le bleu glacial et la pagode tibétaine du collage intérieur paraissent au contraire vouloir se rattacher à ce dernier. Yeti sera donc un album de tous les contrastes, jouant sans cesse entre ombre et lumière, oscillant à chaque instant entre le planant et le plus direct, et ce pour notre plus grand plaisir.

En guise d’entrée, AMON DÜÜL II démarre en trombe avec la monstrueuse pièce du « Soap Shop Rock », divisée en quatre actes aux noms des plus étranges : « Burning Sister », « Halluzination Guillotine », « Gulp A Sonata » et « Flesh-Coloured Anti-Aircraft Alarm ». D’emblée, les guitares s’annoncent plus lourdes et forment avec la basse d’Anderson un mur infranchissable. Shrat hurle sa douleur de voir sa sœur condamnée au bûcher, elle qui, pourtant si blanche, est accusée de sorcellerie. Mais il est trop tard et « Halluzination Guillotine » a déjà changé de cap : la musique s’emballe progressivement, soutenue par une rythmique toujours très vivace, tant et si bien jusqu’à n’en plus pouvoir et bientôt sombrer dans l’effroyable nébuleuse de « Gulp A Sonata », presque trop courte d’ailleurs pour réellement nous préparer pour la suite. Car « Flesh-Coloured Anti-Aircraft Alarm » se découvre bien vite comme l’apothéose du « Soap Shop Rock ». AMON DÜÜL II y retrouve des saveurs plus orientales, nettement accentuées par le lointain violon de Chris Karrer, étourdissant au possible. « She Came Through The Chimney », magnifique au passage, continue sur cette même lancée, de manière plus sereine et envoûtante néanmoins, portée par les claviers en souffrance de Rogner et un violon discret mais décidément omniprésent. Plus loin dans l’album, ce sera au tour de « The Return Of Rübezahl » de nous ramener dans ce même monde magique, par un morceau aux sonorités persanes, bien que le Rübezahl en question soit au contraire issue des légendes germaniques.

Si AMON DÜÜL II apporte volontairement des contrastes entre ses différentes chansons, il est également capable d’en créer à l’intérieur même de ces dernières. Ainsi, sur « Archangel Thunderbird », le décalage entre la voix très claire de Renate, qui effectue ici quasiment sa seule apparition, et la lourdeur d’acier du duo de guitares est particulièrement saisissant. Mais le meilleur exemple reste sans aucun doute l’immense « Cerberus », grand classique du groupe par ailleurs : d’un folk virevoltant et frénétique, aux accents bohémiens, elle s’achève dans un festival de guitares nucléaires, dévastant sans vergogne le paysage balkanique installé quelques minutes auparavant. Du nucléaire, AMON DÜÜL II en abuse de nouveau sur la pachydermique « Eye Shaking King » où Shrat libère ses incantations irradiées et incompréhensibles, dans un climat vraiment étouffant mais pouvant aussi à tout moment se rompre et basculer dans un délire brutal, ce que bien sûr nos Allemands ne se privent pas du tout de faire. Enfin, avant d’aborder la dernière partie de l’album, n’oublions surtout pas de mentionner la très (trop ?) courte « Pale Gallery », en forme de rituel inquiétant, nocturne et horrifique, qui nous rappelle immédiatement les folles premières minutes de « Phallus Dei » sur le disque précédent.

La deuxième partie de ce double album qu’est Yeti est sans doute la plus brillante. AMON DÜÜL II nous y propose trois improvisations sans retouche, rien que la musique sans partition ni filet, pour un résultat que des centaines d’autres groupes n’arriveront jamais à égaler par la suite. La symbiose entre les musiciens semblent parfaite et bien que ces improvisations soient déjà en elles-mêmes assez longues, l’auditeur a l’impression qu’elles pourraient bien continuer de tourner pour l’éternité. Tandis que le psychédélisme se voit repoussé dans ses derniers retranchements sur « Yeti », naviguant sans cesse entre le rouge violent et le bleu apaisant, « Yeti Talks To Yogi » s’extirpe petit à petit d’un forêt noire et touffue pour enfin se consumer entièrement à l’entrée en jeu des vocalises célestes de Shrat et Renate, survolant l’ensemble bouillonnant qu’ils peinent bientôt à calmer. Si ces deux improvisations ne semblent pas toujours très contrôlées, l’énergie qu’elles dégagent me fascine à chaque écoute, dont on ressort d’ailleurs complètement hébété, malgré, il est vrai, quelques petites réticences lors des premières tentatives d‘apprivoisement. « Sandoz In The Rain » au contraire, se montre beaucoup plus accessible : neuf minutes d’un jam champêtre et planant, qui conclut en douceur et en beauté cet album hors du temps.

J’ai de la peine quand je pense à Wolfgang Krischke. Mort d’une overdose au LSD quelques mois après la fameuse soirée avec Rogner, il n’aura jamais eu le bonheur d’écouter l’album à qui il a pourtant donné son visage pour l’éternité. Mais quoiqu’il en soit, louons ses anciens compagnons de lui avoir réservé un tel hommage, dont personnellement je ne me suis toujours pas remis. L'album est long certes, mais après plusieurs écoutes je regrette même que certains morceaux ne soient pas plus développés (« Pale Gallery », « She Came Through The Chimney » en particulier). Mais ne cherchons pas la petite bête, un album de la qualité de Yeti ne le mérite pas.

Le chef d’œuvre d’AMON DÜÜL II.

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- Peter Leopold (batterie)
- Shrat (bongos/chant)
- Renate (tambourin/chant)
- John Weinzierl (guitare/chant)
- Chris Karrer (violon/guitare/chant)
- Falk Rogner (claviers)
- Dave Anderson (basse)
- Guests :
- Rainer (guitare/chant)
- Ulrich (basse)
- Thomas (flûte)


1. Soap Shop Rock
2. A) Burning Sister
3. B)halluzination Guillotine
4. C)gulp A Sonata
5. D)flesh-coloured Anti-aircraft Alarm
6. She Came Through The Chimney
7. Archangel Thunderbird
8. Cerberus
9. The Return Of Rübezahl
10. Eye Shaking King
11. Pale Gallery
12. Yeti
13. Yeti Talks To Yogi
14. Sandoz In The Rain



             



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