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MUSIQUE ELECTRONIQUE  |  STUDIO

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- Style : The Nazgûl , Dennis Young , Circles
- Membre : Harmonia, Guru Guru
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CLUSTER - Zuckerzeit (1974)
Par ARP2600 le 2 Août 2012          Consultée 1737 fois

N'ayons pas peur des mots, nous allons aborder ici un album prodigieux, voire une étape importante de l'histoire de la musique pour tous ceux qui apportent du crédit à la musique électronique. Il faut bien comprendre qu'en 1974, celle-ci n'en était encore nulle part. Que trouve-t-on auparavant ? Quelques ovnis comme «Pop corn» ou Walter Carlos, quelques groupes de rock progressif abusant du synthé comme ELP, les débuts de Vangelis et bien sûr les expérimentations des groupes de krautrock. Ceux-ci n'ont vraiment commencé à faire dominer les synthés qu'en 1973. Si Atem de Tangerine Dream est un chef-d’œuvre essentiellement électronique, rien dans sa rythmique n'annonce le futur du courant musical. C'est l'introduction massive de séquençage dans Ralf und Florian de Kraftwerk qui a vraiment mis le feu aux poudres. TD a embrayé avec Phaedra, et le supergroupe Harmonia avec son premier album, début 74. Mais ces trois disques sont encore assez hésitants et expérimentaux. Du travail de pionniers important mais ingrat.

Et ensuite, un peu plus tard dans cette même année fabuleuse, on trouve enfin le premier chef-d’œuvre de l'électro : Zuckerzeit. En dix vignettes hypnotiques, Cluster nous livre presque les commandements du genre. Presque, car on trouve tout de même encore des traces de rock, ce qui n'enlève rien à la cohérence de l'ensemble et constitue une preuve de plus que rock et musique électronique sont des courants voisins, deux faces d'une même entité, deux amants différents mais éternellement compatibles. Zuckerzeit ne souffre guère d'imperfections et, ce qui ne gâte rien, est plutôt accessible grâce à ses mélodies, il faut simplement préciser que celles-ci ne gomment pas l'abstraction naturelle du groupe. Enfin, il faut dire que le fait que ce soit abstrait ne veut pas dire que c'est expérimental, non, tout ici semble mesuré et achevé.

Rappelons brièvement le lien avec l'aventure Harmonia. Ce supergroupe était constitué des deux membres de Cluster, Dieter Moebius et Hans-Joachim Roedelius, ainsi que du membre le plus électronique de Neu!, Michael Rother. En fait, il est difficile de considérer les albums d'Harmonia comme autre chose que des étapes de la carrière de Cluster. Réciproquement, si Zuckerzeit n'a pas été publié par Harmonia, il faut préciser que Rother a joué le gros rôle dans sa production. Bref, Cluster et Harmonia, c'est chou vert et vert chou à cette époque, il ne faut donc pas s'étonner de la grande proximité stylistique avec Musik von Harmonia. Zuckerzeit est juste moins rock, plus abstrait, un peu plus Cluster quoi. A la production, on trouve également l'éternel Conny Plank, qui a aidé le groupe a mettre le brouillon au propre en parallèle de son travail avec Kraftwerk.

Doit-on encore parler d'Autobahn ? Rapidement alors. Pour dire que ça me dépassera toujours qu'on cite celui-ci comme racine de l'électro alors qu'il y a Zuckerzeit qui est, répétons-nous, plus abstrait, plus achevé, plus avant-coureur du genre. L'écart de qualité me semble monumental, la seule vertu d'Autobahn est son succès commercial qui a fait la notoriété de Kraftwerk, tandis que Zuckerzeit est resté plus confidentiel. Parce qu'il était plus authentique, plus hermétique, plus ancré dans la tradition minimaliste du krautrock. Ainsi cette pochette noire avec le simple titre en rouge scintillant, signifiant littéralement «le temps du sucre», ou des sucreries. Si on s'attend à une musique sucrée et démagogique, on sera vite détrompé. Les titres des morceaux désignent certainement tous des sucreries – mais il est difficile de trouver des infos sur les bonbons allemands de 74 – une tentative d'humour conceptuelle en somme, qui ne donne malheureusement pas la meilleure impression. Un point quand même pour Kraftwerk, qui a su plus intriguer avec son dessin d'autoroute kitsch rétro.

Abordons enfin le contenu de Zuckerzeit. On peut clairement distinguer les morceaux de Moebius, plus abstraits et bizarres, et ceux de Roedelius, plus mélodiques et romantiques. Ils sont placés dans une alternance quasi parfaite, se partageant équitablement les 38 minutes du disque. L'essentiel est électronique et répétitif. Il semble n'y avoir encore aucun véritable séquenceur, mais ils arrivent à un résultat comparable avec leurs trucs d'enregistreurs Revox, avec plus de stabilité que sur Musik von Harmonia. Seule une guitare vient compléter l'ensemble, souvent utilisée à contre-emploi, sauf sur le rugueux «James», exception krautrock du disque.

Et les grands moments se succèdent, tous ces morceaux sont difficiles à décrire et se valent presque. Citons l'introduction «Hollywood» de Roedelius, démarrant sur un ton sombre et doux. «Rote Riki» de Moebius, jouant beaucoup sur des bruitages et des harmonies chaotiques, est le plus difficile du lot, créant une tension à la fois énervante et fascinante. «Rosa» et «Fotschi Tong» sont deux superbes contributions de Roedelius au charme mélodique à fondre, encadrant le véritable clou de l'album : «Caramba». Non que celui-ci soit tant que ça meilleur que le reste, mais il est peut-être le véritable premier morceau de techno. Tellement en avance sur son temps, ce «Caramba», je suis toujours sidéré de constater qu'il date de 74. Si son intro à l'orgue peut paraître un peu ridicule, l'arrivée de la percussion répétitive et des nappes tournantes un peu plus tard rend le morceau sidérant, tandis que les divagations de guitare rendent ensuite le style ambigu. «James» est de loin le passage le plus agressif, avec une tension géniale vers la moitié. «Marzipan» rappelle nettement un «Watussi» en plus erratique. Le seul moment faible serait «Rotor» qu'il est difficile de ne pas trouver agaçant, mais il est assez court et gonflé pour qu'on l'admette. Et on termine en beauté avec «Heiße Lippen» - lire [ajse] – et ses boucles résonantes, simples et majestueuses.

Il n'y a pas grand chose à ajouter. On aura compris que je place Zuckerzeit en très haute estime. Il est tellement avant-gardiste qu'il est vraiment triste qu'il soit si peu connu, même auprès des amateurs de musique électronique. Pour ceux qui n'ont pas encore le bonheur de le connaître, le découvrir est une priorité absolue. Pour tout le monde, il ne faut jamais hésiter à se le repasser, tant il peut apporter de satisfaction une fois qu'on a réussi à le comprendre. Étant donné que les sons de l'époque ne réussissent même pas à le rendre vraiment daté, grâce à sa bonne réalisation et à sa pureté stylistique, il serait vraiment dommage de s'en priver.

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- Dieter Moebius
- Hans-joachim Roedelius


1. Hollywood
2. Caramel
3. Rote Riki
4. Rosa
5. Caramba
6. Fotschi Tong
7. James
8. Marzipan
9. Rotor
10. Heiße Lippen



             



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