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The STRANGLERS - Black And White (1978)
Par ARP2600 le 28 Novembre 2014          Consultée 2755 fois

Il est difficile de parler de la carrière des STRANGLERS en faisant abstraction de leur histoire, en particulier de leurs relations houleuses avec les journalistes. Leur troisième album, Black and White, a été ouvertement sous-estimé par la critique et, pour une fois, on peut être certain d'un manque d'objectivité. Il s'agit certes d'un album de transition, mais sans doute un des meilleurs jamais réalisés. Ici, on trouve encore le style punk des deux premiers albums, mais mêlant de plus en plus d'éléments extérieurs, expérimentant le synthé et divers styles. Ma première impression était de la pop expérimentale, mais cela ne rend pas justice au plaisir qu'on prend à écouter le disque.

1978, le punk s'étiole et laisse la place à ses évolutions new wave et post-punk, il ne reviendra sous une forme extrême que deux ans plus tard. Mais ce n'est pas la voie des STRANGLERS, qui vont clairement prendre dans un premier temps l'option new wave même s'ils en livreront une version très personnelle. Déjà sur ce troisième album, leur discours commence à changer... la formation scientifique de Hugh Cornwell est évoquée de façon moqueuse sur «Sweden», une chanson à propos des passionnants nuages suédois, tandis que «Hey! (Rise of the robots)» introduit clairement la science-fiction. De manière générale, la grossièreté punk disparaît au profit d'un discours plus varié, assez humoristique et moderne, un peu surréaliste, ce qui se confirmera sur The Raven.

Leur attitude, cependant, n'a pas beaucoup changé. Au contraire, elle a empiré, surtout en ce qui concerne Jean Jacques Burnel. À cette époque, il avait pris l'habitude de manger un journaliste chaque matin au petit déjeuner, et ils se sont assez logiquement vengés. Black and white a plutôt mauvaise presse, encore de nos jours. Parler d'album brouillon, passe encore, c'est vrai qu'il est assez décousu, mais dire que les chansons n'apportent rien par rapport aux premiers albums, allons donc... Ce n'est pas bien sérieux, on sent au contraire une nette évolution du propos musical et un élargissement important de leur horizon. À la décharge des critiques, il faut dire que le livret du CD raconte des histoires inquiétantes, notamment au sujet de l'événement de trois jours qu'ils avaient organisé pour la promotion de l'album... en Islande.

En vérité, Black and white contient quelques-unes des meilleures chansons du groupe et bien peu de déchet. Il est à tout le moins tout-à-fait du niveau par rapport aux premiers. S'il n'atteint pas la perfection de Rattus Norvegicus, il est sans doute plus amusant que celui-ci, plus jouissif dans ses meilleurs moments. Ceux-ci arrivent dès le début. Rien que cette première note de «Tank» me donne des frissons. Il y a clairement un progrès au niveau du jeu des guitares, là où on avait un moteur de voiture sur «I feel like a wog», par exemple, on a bel et bien ici un tank, avec ce son plus abrasif. Et on enchaîne sur «Nice n' sleazy», la plus épargnée par la critique. Ce titre un peu funky va clairement plus loin qu'un «Peaches».

Ensuite, il y a quand même du moins bon : La mélodie de «Sweden» est décidément crétine, et «Threatened» est plate, tandis que «In the shadows» est une tentative intéressante mais peu convaincante de chanson plus atmosphérique. «Outside Tokyo» inaugure la série de valses des STRANGLERS et ça, c'est à la fois original et réussi. Musicalement, «Toiler on the sea» est peut-être leur première chanson new wave, avec ces mélodies de synthé de Dave Greenfield qui remplacent par moments son orgue arpégé. Le clou de l'album avec les deux premiers titres est cependant la complexe quasi-chanson-titre «Curfew», un petit bijou question mélodies et ambiances. La fin renoue un peu plus avec leur ancien punk, mais de belle manière. «Do you wanna» présente le chant le plus cru de l'ensemble, sur un rythme assez irrégulier. Puis celui-ci se complète soudain pour offrir un enchaînement des plus magistraux avec «Death and night and blood». Enfin, «Enough Time» achève le disque en annonçant le suivant, avec ce cliquetis arachnéen de synthé.

Avant de finir, il serait dommage de ne pas dire un mot sur la pochette. Elle montre les STRANGLERS de façon crue, en noir sur blanc, et représente tellement bien leur paradoxe. L'assemblage est à la fois maladroit et superbe et les montre plus dépareillés que jamais, avec un gros Jet Black négligé, genre gueule-de-bois, avec la moustache et les cheveux longs de Greenfield, Burnel accroupi et Cornwell sans tête... enfin si, en regardant bien, il ne fait que la baisser. Une autre photo de l'époque, présente sur la pochette arrière du CD, les montre sur le même pied et est sans doute la plus belle du groupe.

Une petite leçon en guise de conclusion... il y a toujours une opposition entre les amateurs de musique plus âgés qui ont connu la parution des disques et le contexte de l'époque, et les plus jeunes qui découvrent les choses avec la tête froide et plus d'objectivité. Impossible de trancher, mais la deuxième option permet de corriger bien des injustices, au risque de briser le mythe de certaines œuvres surfaites. Étant né un peu après la parution de Black and white, je l'affirme, il n'est en rien un album médiocre, il montre au contraire les STRANGLERS en pleine effusion de créativité et doit être connu pour comprendre l'évolution de leur carrière, et aussi pour passer un bon moment, tout simplement. À bon entendeur.

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   (2 chroniques)



- Jet Black (batterie)
- Jj Burnel (basse, chant)
- Hugh Cornwell (guitare, chant)
- Dave Greenfield (claviers, chant)


1. Tank
2. Nice N' Sleazy
3. Outside Tokyo
4. Hey! (rise Of The Robots)
5. Sweden (all Quiet On The Eastern Front)
6. Toiler On The Sea
7. Curfew
8. Threatened
9. In The Shadows
10. Do You Wanna
11. Death And Night And Blood (yukio)
12. Enough Time



             



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