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Michel POLNAREFF - Incognito (1985)
Par BALDRICK le 30 Mars 2015          Consultée 3810 fois

On connaît tous des mélomanes qui méprisent les années 1980. Vous savez, des gars qui ne jurent que par le son, le feeling, "l’authenticité" des seventies. A les entendre, cette décennie est celle de l'avènement du formatage, avec le triomphe des sons synthétisés, des boîtes à rythme, du format single, des albums bourrés de remplissage et du vidéoclip reléguant la musique au second plan. Le principal problème d’Incognito est qu’à peu de choses près, il leur donne complètement raison ! Son auteur a beau être un des grands mélodistes de la chanson française, celui-ci a sorti là un album de qualité médiocre. Quelques années plus tôt, Michel POLNAREFF a renoué avec le succès en écoulant 800 000 copies de Bulles (1981) , un album de rupture dans lequel l’artiste a utilisé en abondance synthétiseurs, séquenceurs et boîtes à rythme au détriment du piano, des arrangements orchestraux et des prouesses vocales pleines de sensibilité qui ont fait sa gloire.

Cette réussite commerciale pousse alors POLNAREFF à maintenir ce cap, tout en durcissant sa musique. En effet, le blond aux lunettes blanches cherche, selon ses propres termes, à "marier le muscle et la mélodie". Il travaille pendant un an et demi à Los Angeles sur son nouvel opus, entouré de son ordinateur, de son guitariste (Bernard Torelli) et de son ... mainate. Notons que pour la première fois, POLNAREFF ne s'entoure d'aucun parolier et écrit donc seul tous les textes d’un de ses albums. Sans surprise, Incognito se révèle être la suite logique de Bulles, tout en étant un peu plus rock. Les morceaux sont souvent construits autour d’un riff appuyé (de synthétiseur ou de basse) soutenu par une batterie programmée plutôt virile pour de la variété. La production est léchée et assez puissante pour l’époque. Sans être forcément mixée en avant, la guitare électrique est dans l’ensemble agressive et les solos (d’excellente facture) amplifient le côté rock FM de l’album.

Dans le domaine vocal, POLNAREFF s’essaie à différents exercices : lignes vocales rythmées avec des paroles proches de l’onomatopée ("Y a que pas pouvoir qu’on peut"), voix passée au filtre (sur certains passages des 2 premiers titres) ou alors carrément agressive ("Viens te faire chahuter"). Si la voix de Michel n’est jamais prise en défaut, il faut bien reconnaître que les titres calmes ou "décalés" ne lui permettent pas de montrer l’étendue de ses possibilités. Par conséquent, il n’est pas étonnant que les morceaux les plus intéressants soient les plus enlevés : le single "Viens te faire chahuter", "Dans la rue" et le méconnu "Graffiti" (qui rappelle étrangement "Tam Tam") dans lequel Bernard Torelli brille à la guitare.

Le problème, c’est que malgré ces qualités, Incognito souffre de trop nombreuses tares. Si la production est travaillée, les sons des synthétiseurs et des rythmiques ont mal vieilli, et font même kitsch (le riff de "Viens te faire chahuter" en est un parfait exemple). De plus, cet album ne comprend que 8 titres (dont un qui figurait déjà sur la BO de "La vengeance du serpent à plume") pour à peine 34 minutes ! Cette faible durée ne l’empêche pas de contenir énormément de remplissage : ainsi, "Bronzer vert" est un hors d’œuvre rigolo mais médiocre, "Visage (les souvenirs de demain)" et "Sur un seul mot de toi" sont des mid-tempi sans saveur, et "La belle veut sa revanche" est un slow insipide. La palme du ridicule revient à l’inénarrable "Y’a que pas pouvoir qu’on peut", dans lequel POLNAREFF se vautre dans les grandes largeurs en voulant faire une chanson "amusante". L'Amiral a beau être coutumier de ce genre de fantaisie, les limites du supportable sont malheureusement dépassées dans cette chanson à cause de sa musique de flipper, de ses paroles, de ses chœurs, et de son motif rythmique (qui rappelle vaguement "99 Luftballons" de NENA sans en avoir l'efficacité). Dire qu'il a fallu 2 mois de travail et tester 168 mixages différents pour ce seul titre !

Et enfin, où est l’émotion dans cet album ? Où est le lyrisme ? Mince, on parle d’un album de POLNAREFF, l’homme qui a réalisé "Le bal des Laze", "Lettre à France", "L’homme qui pleurait des larmes de verre" ! Ici, malgré une grande maîtrise, l’inspiration et la sensibilité se sont effacées derrière la recherche de l’efficacité et de la qualité technique.

Au final, Incognito donne l’impression que Michel POLNAREFF s’est uniquement soucié de coller à l’air du temps et d’écrire quelques singles, histoire d’être classé dans le Top 50 et d'en finir avec ses problèmes fiscaux. L’objectif sera très partiellement atteint. Malgré de nombreuses invitations à la télévision (au Jeu de la vérité, à Cadence 3, au Grand échiquier) ainsi que de gros moyens pour le tournage du clip de "Viens te faire chahuter" (un monument de burlesque !), aucun single ne percera vraiment. L’album obtiendra bien un disque d'or, mais ses ventes seront nettement inférieures à celles de son prédécesseur, et le conflit entre la nouvelle maison de disque de l’Amiral (RCA) et plusieurs gros distributeurs n'arrangera rien à l'affaire. Comble de malchance, Michel sera victime d'un accident de voiture. Son hospitalisation sonnera le glas d'une hypothétique tournée.

Note : 2,5/5 arrondie à 2


Liens en rapport avec l'album :
___ Une interview au "13 heures" d'Antenne 2 :
http://www.dailymotion.com/video/x1lqjq_michel-polnareff-interview-pour-l-a_music
___ Une interview à la télévision luxembourgeoise :
https://www.youtube.com/watch?v=oLS_w3Z6yJ4
___ Une interprétation télévisée en playback de "Dans ma rue" :
https://www.youtube.com/watch?v=MTChsCAhR5E
___ Le clip de "Viens te faire Chahuter" :
https://www.youtube.com/watch?v=6D9qXyM-Klc

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- Michel Polnareff (chant, claviers, synthétiseurs)
- Bernard Torelli (guitares, choeurs)
- Neil Stubenhaus (basse)
- Nacer Mekkaoui (basse)
- Guy Mattarel (claviers, synthétiseurs)
- Patrick Bertranoui (choeurs)
- Bunny Brunel (choeurs)
- Dominique Paulais (choeurs)
- Mara Gibbs (voix féminine)


1. Bronzer Vert
2. Dans La Rue
3. Visage (les Souvenirs De Demain)
4. La Belle Veut Sa Revanche (encore Et Encore)
5. Y’a Que Pas Pouvoir Qu’on Peut
6. Graffiti
7. Viens Te Faire Chahuter
8. Sur Un Seul Mot De Toi



             



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