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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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- Style : Eddy Mitchell

Jacques DUTRONC - Jacques Dutronc (il Est Cinq Heures) (1968)
Par MARCO STIVELL le 20 Septembre 2015          Consultée 3401 fois

À une époque où il est coutume de sortir au moins un LP tous les ans, Jacques DUTRONC, fait curieux, doit attendre presque 24 mois avant de donner un successeur à son génial premier album. Certes, en dehors des nombreux passages radio et télévisés, l'année 1967 est marquée par la publication de quelques EPs et surtout celle du tube "J'aime les Filles". Une ritournelle jazzy sensuelle qui pérennise l'association Lanzmann/DUTRONC et assoit la réputation de l'interprète comme dandy national.

1968 et le mois de mars offrent la sortie du deuxième disque 33 tours. À noter toutefois qu'à part quelques recalées ("J'ai Tout Lu, Tout Vu, Tout Bu", "J'aime les Filles" ainsi que "L'idole" dont on aura l'occasion de reparler), l'ensemble était pour bonne moitié déjà disponible grâce aux EPs. La pochette de Dutronc deuxième du nom nous présente notre animal faisant le pitre mais tenant fort bien son cigare en bouche, ce qui laisse présager quelque peu de la suite de son existence...

Lui qui aime bien le tabac et les fines herbes, il nous concocte un hymne joliment ancré dans l'avènement d'une nouvelle génération (éphémère) : "Hippie Hippie Hourra". Lanzmann écrit "les beatniks c'est dépassé / Maintenant, le monde, il faut l'aimer", et DUTRONC de ponctuer le tout avec des aphorismes zen, des bisous tous azimuts, des sons de sitar confondus avec les guitares folk... Il emportera certainement le secret du Moukoutra dans la tombe, ce filou. Le coup de génie, c'est quand même d'avoir revisité le thème de "Ils Ont des Chapeaux Ronds, Vive la Bretagne" !

On note sur ce disque un début de perte des éléments folk du premier opus, et d'abord dans le chant de DUTRONC, nettement plus appliqué. Juste après l'excellent "Hippie Hippie Hourra", il y a "Les Métamorphoses" ; la partition d'orgue d'Alain Le Govic/Chamfort est très inspirée par Al Kooper, le compagnon de Bob DYLAN. Mieux encore, "Comment Elles Dorment" constitue une ouverture pleine de séduction, dans un esprit ballade country saupoudré de Lanzmann croustillant : "Chacun a sa façon de faire fondre les glaçons / moi je suis le polisson du polochon" (graouw !).

Très musical, l'un des grands succès de l'album reste "Fais Pas Ci, Fais Pas Ça", son riff blues torride sur fond de tambourin et le texte qui déploie tout ce qu'un enfant entend rabâché par ses parents niveau ordres et interdictions, de façon générale. C'est une vraie course, DUTRONC déclame sans pause ! La chute est excellente, l'entrée de Michel Pelay à la batterie dynamise avec brio ce morceau déjà énorme et qui ne dure qu'une minute trente ! Un classique...

L'autre perle de l'opus, évidemment, c'est "Il Est Cinq Heures, Paris S'éveille", parfois utilisé comme titre d'ensemble. Jacques Wolfsohn, producteur de Lanzmann et DUTRONC, les invite tous deux un soir à dîner et leur commande un morceau décrivant Paris au petit matin. Dans les vapeurs de la nuit et les volutes causées par le Bordeaux, les compères s'exécutent (avec Anne Ségalen, femme de Lanzmann qui participera désormais à l'écriture de tous les textes) et terminent au matin, comme par hasard ! Inspiré par une vieille chanson française de 1802 (1) et réalisé à la manière du "Waterloo Sunset" des KINKS, ce chef-d'oeuvre a nécessité un arrangement particulier avec les improvisations de Roger Bourdin à la flûte traversière. Tout un univers débordant de poésie...

Cela fait beaucoup d'éléments différents jusque là, mais c'est en partie la force de DUTRONC en tant qu'artiste, la diversité de son propos. Ecoutez après ça le blues sexy de "Ca Prend, Ça N'prend Pas", le refrain corrosif et rock'n'roll de "La Publicité" où il imite son collègue Johnny HALLYDAY, "La Métaphore" plus fragile - une première ! - sur fond de slow à la MOODY BLUES... Dans le sketch "L'Augmentation", le ton garage-rock est relevé à la verve lanzmanniene (ancien militant communiste, pour rappel !), marrante et adressée aux prolétaires qui gueulent fort mais qui la rentrent une fois devant le patron...

On peut toutefois émettre une réserve sur le final de l'album, avec "Le Plus Difficile" et un "Courrier du Coeur" tous les deux gentillets, mais qui amorcent la prise de pas du dandy DUTRONC, dragueur et fleur bleue sur le rockeur, avec plus ou moins de réussite pour les années à venir. Ces deux morceaux amènent la qualité de l'ensemble à s'émousser quelque peu, dommage. N'importe ! DUTRONC deuxième du nom est un très bon disque, caractéristique d'un artiste très connu pour certains morceaux et d'autres qui méritent largement d'être redécouverts.

(1) "Tableau de Paris à Cinq Heures du Matin" par Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers (1802).

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   MARCO STIVELL

 
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1. Comment Elles Dorment
2. Fais Pas Ci, Fais Pas ça
3. La Métaphore
4. La Publicité
5. L'augmentation
6. Hippie Hippie Hourrah
7. Il Est Cinq Heures, Paris S'éveille
8. Les Métamorphoses
9. Ça Prend, ça N'prend Pas
10. Les Rois De La Réforme
11. Le Courrier Du Cœur
12. Le Plus Difficile



             



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