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- Style : Tangerine Dream, Brian Eno , Klaus Schulze , Harold Budd & Brian Eno

Steve ROACH - The Serpent's Lair (2000)
Par AIGLE BLANC le 29 Mars 2018          Consultée 193 fois

L'intérêt de Steve ROACH pour la spiritualité des peuples primitifs, que ce soit les aborigènes d'Australie ou les Amérindiens ayant occupé pendant des millénaires les territoires spolliés ensuite par les colons européens, ne fait aucun doute depuis ses débuts musicaux à l'orée des années 80. Il ne s'agit nullement chez lui d'une posture prétentieuse censée lui conférer sa légitimité d'artiste. Il s'agit encore moins d'une affaire commerciale ni d'un effet de mode relatif à l'attrait de nos cultures occidentales pour les musiques du monde ou des origines. Si sa démarche n'avait qu'une ambition commerciale, alors il aurait depuis longtemps cessé ses activités musicales ou bien changé totalement la source de son inspiration : en effet, Steve ROACH n'est pas vraiment connu en dehors du territoire américain, sa réputation ayant du mal à dépasser le cadre géographique de son Arizona natale. En Europe, il jouit d'une belle renommée chez les amateurs éclairés de musiques électroniques en tous genres, mais son auditoire reste tout de même fort circonscrit de sorte qu'on peut affirmer sans trop se tromper que l'artiste reste relativement anonyme.
Le succès ne l'obsède pas, ce qui lui permet de poursuivre sa voie unique sans aucune pression extérieure et de continuer à explorer les rythmes tribaux jusqu'à la transe shamanique.

Il avait déjà exploré la veine ethno-ambient dans ses albums Dreamtime return (1988), Strata (1990), Forgotten Gods (1990), Soma (1992), Ritual ground (1992), Origins (1993), Artifacts (1994), Well of souls (1995), Halcyon day (1996), autant d'opus excellents qui valent tous le détour, mais dont le pic, à mon sens, était atteint avec Well of souls.
Le plus surprenant dans la démarche de Steve ROACH n'est pas tant la source de son inspiration, la spiritualité primitive, mais le canal par lequel il redonne vie à la pulsation tribale. En effet, si ses disques font intervenir diverses percussions, didgeridoos et autres instruments acoustiques, son art consiste à les traiter électroniquement pour en décupler l'impact sonore et à les mélanger avec ses propres grooves électroniques.
Il semble par conséquent logique que ses albums ethno-ambient fassent intervenir d'autres artistes avec lesquels il a engagé, et poursuit toujours aujourd'hui, d'étroites collaborations. Robert RICH ainsi apporte sa touche aux albums Soma et Strata, David Hudson avec son didgeridoo ressuscite les voix anciennes dans Dreamtime return, le percussionniste et flûtiste Jorge Reyes, avec le guitariste Suzo Saiz, illuminent les deux magnifiques dyptiques Forgotten gods/Earth island et Origins/Artifacts. Steve ROACH et VIDNA OBMANA ont aussi noué une collaboration fructueuse et passionnante qui a débuté avec le sublime Well of souls.

The serpent's lair le voit cette fois accompagné de Byron METCALF, percussionniste habitant dans les Montagnes du haut désert de Prescot Valley en Arizona, et dont l'art s'abreuve aux traditions shamaniques. Sa musique, comme celle de Steve ROACH, trouve sa source dans les rituels tribaux que les peuples primitifs pratiquaient à des fins spirituelles voire thérapeutiques. Il est donc tout à fait logique que Byron METCALF conçoive son art comme un moyen thérapeutique. Il pratique ainsi la cure shamanique et officie en tant que guide et éducateur transpersonnel. Il a étudié auprès des shamanes et autres guérisseurs et s'investit dans la recherche pour le développement spirituel avec une spécialité dans le potentiel évolutif des états de conscience alternatifs.
Le titre de l'album, littéralement "La tanière du serpent", évoque la figure sacrée du serpent qui, dans les cultures shamaniques, notamment en Amazonie, symbolise le cycle de la mort et de la renaissance. Il est une période où le serpent se trouve particulièrement vulnérable aux agressions extérieures, c'est lorsqu'il mue, laissant sa peau derrière lui, le temps de repartir dans une vie nouvelle, sans aucune garantie de survie.

La collaboration des deux artistes promet une musique puissante et The serpent's lair ne déçoit nullement cette attente. L'album contient des passages hallucinatoires où les claviers de Steve ROACH et les percussions ethniques de Byron METCALF, décuplant mutuellement leur impact, se fondent en une osmose propre à ouvrir "les portes de la perception" chères à Jim Morrison.
Comme à son habitude, Steve ROACH signe une production grandiose dont je ne connais pas d'équivalent dans ce style musical. Chaque djembé et autre groove électronique se détachent d'un arrière-plan où le silence le dispute aux nappes de clavier éthérées pour créer une expérience exceptionnelle. Si la musique est largement improvisée, en revanche les traitements de la matière sonore s'avèrent extrêmement élaborés.

Dans ses meilleurs moments, la formule proposée par S. ROACH et B. METCALF nous propulse dans une transe d'une puissance exceptionnelle. Deux titres livrent la quintessence du disque : "Rite of passage", où se croisent les lignes percussives des "groove alchemy" (ou percussions traitées électroniquement) de Steve ROACH, les djembés de Jeffrey FAYMAN & Momodu Kah, les shakers et percussions shamaniques de Byron METCALF, aligne trois rythmes successifs à l'ampleur croissante que traversent les vocaux gutturaux de Lena Stevens. Au terme de ses 14 minutes, ce titre époustouflant laisse l'auditeur abasourdi. Quant à "Cave dwellers", avec des ingrédients différents qui mettent en avant deux lignes vocales traitées en chœurs shamaniques, il déploie une atmosphère caverneuse des plus réussies jusqu'à nous plonger dans un trip hallucinatoire de haute voltige qui n'est pas sans éveiller nos lointains souvenirs des premiers POPOL VUH, notamment le titre "Vuh" face B de l'album In Den Gärten Pharaos (1971). A eux deux, les titres sus-mentionnés totalisent 37 minutes d'une ethno-ambient indépassable. Les amateurs de transe ensorcelante vont adorer.
Sans égaler cette magie, le titre d'ouverture de l'album, "The lair" conjugue une armada de percussions, djembés, toms et batterie emportés dans un rythme envoûtant autant que martelé sur lequel un violon se lance dans des arabesques reproduisant la démarche sinueuse du serpent. Une très jolie entrée en matière.
On trouve d'autres moments similaires dans leur formule, comme ""Shedding the skin", "Big medicine" ou "Future tribe", mais dont le groove paraît bien répétitif et creux, l'inspiration faisant défaut.
Steve ROACH officie seul dans "Egg chamber dreaming", "Offering in waves" et "Primal passage", ce qui offre quelques respirations bienvenues à l'opus. Ce sont avant tout des pièces purement ambient où le musicien déploie tout son art dans la création de nappes liquides et organiques des plus étranges donnant l'impression d'évoluer à l'intérieur du magma en fusion. Il est dommage que ces titres s'enchaînent pour la plupart alors qu'il eût été plus judicieux de les disséminer de part et d'autre du disque.
Les interventions de Jorge Reyes à la flûte et à l'ocarina apportent de nouvelles couleurs intéressantes, pas forcément plus joyeuses, dans "Birthright" et "Osmosis" dont l'atmosphère inquiétante conduit à une sorte de transe sourde.

The serpent's lair souffre de longueurs dûes à une inspiration fluctuante. Le choix de livrer un double album ne paraît pas si judicieux que cela. Parmi les quelques 140 minutes de musique proposées ici, tout ne méritait pas d'être retenu. Le premier CD est le plus pénalisé par cette impression de remplissage. Plus rigoureusement sélectionnée, mieux organisée, la matière enregistrée lors des sessions aurait pu fournir un simple album redoutablement efficace.
En l'état, The serpent's lair reste une oeuvre remarquable, mais inégale.

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   AIGLE BLANC

 
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- Steve Roach (groove alchemy, didgeridoo, piano, synthétiseur)
- Byron Metcalf (djembé, percussions, shakers, batterie)
- Jeffrey Fayman (djembé)
- Momodu Kah (djembé)
- Jorge Reyes (flûte, ocarina, percussions, voix, sifflets)
- Lena Stevens (voix)
- Jim Cole (voix)
- Vicki Richards (violon)
- Vidna Obmana (harmonic wave)
- Vir Unis (groove alchemy)


1. Cd 1 : The Serpent's Lair
2. The Lair
3. Rite Of Passage
4. Shedding The Skin
5. Big Medicine
6. Future Tribe
7. Birthright
8. Osmosis
9. Egg Chamber Dreaming
10. *****************************
11. Cd 2 : Offerings From The Underworld
12. Offering In Waves
13. Impending Sense Of Calm
14. Cave Dwellers
15. Primal Passage
16. Serpent Clan
17. Beating Heart Of Dragon Mother
18. Ochua



             



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