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Al STEWART - Orange (1972)
Par JESTERS TEAR le 12 Août 2018          Consultée 555 fois

Il y a bien des injustices dans le monde de la reconnaissance musicale (commençons ma première chronique avec une évidence d’une banalité navrante, histoire de !). Mais dans ma liste personnelle de ces injustices, longue comme un dimanche sans samedi, figure en place d’honneur et à la droite du Seigneur l’absence de popularité et de reconnaissance du chanteur/guitariste folk-rock britannique Al Stewart. Principalement connu dans les années 70, son seul tube ayant atteint le public français de l’époque est le single Year Of The Cat, de l’album éponyme de 1976. Et encore ce single n’est-il pas resté sur les ondes jusqu'à aujourd'hui, contrairement à bien des standards qui tournent inlassablement (laissant la lassitude à nos bons soins) depuis des temps immémoriaux.

C’est donc plus ou moins un miracle si, étant né en l’an de grâce 1994, j’ai par hasard appris l’existence de cet artiste, qu’un site associait dans le style à SUPERTRAMP, pour ce coté rock sophistiqué voire progressif typique des années 70, et à Alan PARSONS ( l’homme du fameux Project, qui a l’oreille dans les cieux en plus de l’œil, selon moi, et qui produit effectivement l’album Year Of The Cat).
Et pourtant, dès ma découverte de l’artiste, une passion s’est embrasée en moi. Je me souviens encore de cette première nuit d’amour à écouter les œuvres de Al (certes, cette phrase laisse entendre une vie romantique déplorable, mais les mélomanes me comprendront sans doute) les unes après les autres, autant de caresses et de claques semblables à celles qui jalonnent toute histoire sentimentale qui se respecte (vite, appelez SOS femmes battues, ce gonze est louche).

Si je commence, quelques années plus tard, mes chroniques de sa discographie par Orange, qui est pourtant en 1972 sa quatrième livraison, c’est parce que celle-ci est à mon sens la première à avoir la production et les qualités requises pour en faire un album véritablement digne d’intérêt. Bedsitter Images sorti en 67 me laisse de marbre. Love Chronicles, de 69, me touche une oreille sans faire bouger l’autre (pour rester correct) malgré l’essai progressif de la chanson titre (essai non transformé) et la participation de Jimmy Page ou encore Richard THOMPSON à la guitare. Quant à Zero She Flies, de 1970, il ne contient que quelques petites réussites, certes prometteuses, mais insuffisantes. Tous souffrent d’une production faible, d’une composition branlante et inégale et d’un style trop basiquement folk (ce qui n’est pas le contraire de l’acid folk, n’en déplaise aux chimistes) pour se démarquer.

C’est donc Orange qui commence à instaurer le style Al Stewart, avec une production enfin à la hauteur, des musiciens solides ( Rick Wakeman aux claviers, « si ça c’est pas du solide ! » comme disaient les égyptiens en tapotant fièrement les pyramides), et une qualité de composition qui, si elle est encore loin d’être parfaite, suscite quand même régulièrement l’enthousiasme. On a affaire à du folk rock, tantôt mâtiné d’influences BEATLES, tantôt DYLAN ( l’un des titres est d’ailleurs une reprise du bonhomme), et parfois ambitieux et grandiloquent (le titre News From Spain).
Les textes, s’ils ne laissent pas encore de place aux récits historiques qui seront une des marques de fabrique de STEWART par la suite, sont tout de même pour la plupart inspirés et poétiques. On remarque déjà un sens du récit évident mis en valeur par l'interprétation d’Al STEWART, chanteur/conteur hors pair. Ils sont pour cette livraison très autobiographiques, beaucoup d’entre eux parlant de sa relation avec une certaine Mandi, dont il s’est séparé quelques 2 ans avant la sortie de l’album (il a mis du temps à tourner la page, le coco).

Cet album que j’estime humblement être la première réussite du britannique s’ouvre pourtant sur un titre assez quelconque. Bien que le bond qualitatif de la production soit évident par rapport à ses précédents LPs, « You Don’t Even Know Me » mérite une réponse un peu cruelle mais pourtant réaliste : « En même temps, tu vaux pas tellement la peine d’être connue, ma grande ». En effet, si les musiciens sont efficaces, la composition est pataude, et ne laisse aucune impression. Ce n’est pas le cas du sautillant « Amsterdam » qui suit : la voix simple mais caractéristique de Stewart le conteur est efficace et plaisante, la basse bondissante et le piano en font un titre entraînant, le petit solo de guitare me fait bien plaisir et les chœurs discrets qui apparaissent plus tard également. Un petit folk rock efficace et sans prétention.
Nous arrivons à la première perle de l’album : « Songs Out Of Clay ». Un folk planant auquel la basse ronde confère une ambiance feutrée, porté par le chant touchant (ou le tou-chant comme personne ne l’appelle dans le milieu) d’Al, les guitares acoustiques et les claviers rêveurs et ô combien efficaces du sieur Wakeman. STEWART gagne ici ses premiers vrais galons et je promène en permanence certaines lignes vocales de ce titre dans mon subconscient.

Il continue sur sa lancée avec le morceau le plus ambitieux de l’album : « News From Spain ». Ce folk lent et épique qui s’étend sur plus de six minutes bénéficie d’arrangements sublimes : basse ronde et chaude ( très présente sur tout l’album, ici bien épaulée par une batterie qui place quelques frappes lourdes prenantes), piano magistral, claviers puis orchestration… Une vraie réussite, où Al chante des nouvelles d’Espagne assez fâcheuses (la fameuse Mandi a rencontré un nouveau beau chez les hispaniques) avec un mélange étrange de sensibilité et de flegme typiquement anglais.
La sauce retombe un peu avec la reprise de DYLAN « I Don’t Believe You », qui est au demeurant sympathique, bien chantée et jouée, mais sans plus. On a ensuite droit à un instrumental qui met en lumière les talents de finger picking de monsieur Al à la guitare acoustique, accompagné d’orchestrations sympathiques. Bien foutu, mais il faut aimer le style, et c’est un peu longuet sur 4 min.
On a à nouveau droit à un folk planant avec « I’m Falling », titre agréable, avec une guitare électrique qui chantonne avec style (j’aime la guitare électrique, comme dirait OSS 117) derrière un STEWART qui n’est pourtant pas aussi mémorable dans ses mélodies que sur « Songs Out Of Clay ».

Dernière perle, l’énergique « Night of The 4th Of July » est un folk rock prenant de plus de 6 minutes, avec sans doute l’ambiance la plus musclée de l’album, due à une batterie plus agressive et rock que de coutume. Les claviers et la guitare électrique bluesy se partagent le lead avec efficacité, et on ne s’ennuie guère avec les nombreux breaks. Un morceau comme je les aime ! Le chant de STEWART y est superbe dans son style, et l’histoire est prenante : Une soirée chez John Martyn qu'Al quitte en bonne compagnie pour raccompagner une jeune fille qui n’est pas sa régulière. Il fait marche arrière au seuil de l’infidélité pour rentrer retrouver sa belle Mandi, et découvre que celle-ci ne s’est pas privée, elle ! (« Ah, la gueuse ! » Diront ceux qui ont oublié qu’il était pas loin de faire son gueux lui-même). Je suis peut-être un peu sadique, mais je trouve cette histoire fort amusante !

C’est ici que finit l’album, mais notons trois titres bonus sur la remasterisation de 2007 : Une version de « Soho (Needless to Say) », titre de l’album suivant, que, malgré une rythmique synthétique étrange, je préfère à l’originale grâce à une voix féminine et un chouette solo de guitare acoustique, suivie d’un folk rock entraînant et efficace (« Elvaston Place »), et d’une sympathique mais anecdotique reprise de Paul ANKA, le titre « It Doesn’t Matter Anymore ».

C’est un bel effort que nous livre ici Al STEWART, posant enfin les bases de son style le plus populaire (les mélodies vocales qui me font tant apprécier le chanteur briton sont déjà présentes). On distingue le potentiel, mais le meilleur reste à venir (the best is yet to come pour les anglophones dans la salle).

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1. You Don't Even Know Me
2. Amsterdam
3. Songs Out Of Clay
4. The News From Spain
5. I Don't Believe You
6. Once An Orange, Always An Orange
7. I'm Falling
8. Night Of The 4th Of May

- bonus
1. Soho
2. Elvaston Place
3. It Doesn't Matter Anymore



             



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