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Jacques HIGELIN - Aux Heros De La Voltige (1994)
Par RAMON PEREZ le 23 Octobre 2018          Consultée 1431 fois

Je ne vais pas tourner autour du pot longtemps : Aux héros de la voltige est le moins bon album de Jacques HIGELIN. Cet avis définitif fera sans doute bondir les quelques défenseurs de ce disque qui, s’ils n’ont pas le nombre pour eux, ont sans nul doute l’enthousiasme des originaux. Peut-être ont-ils raison d’ailleurs et que ce contenu me dépasse. L’honnêteté pousse en effet à reconnaître plusieurs grandes qualités à cet opus qui rallume les guitares à plusieurs reprises, alors que ses prédécesseurs les avaient éteintes progressivement. Un coup de poing révélateur d’un état d’esprit plus sombre, concerné par l’état du monde. Une autre direction prise après la célébration de la vie qu’était l’album précédent. Cette fois-ci, c’est par la mort que le chanteur ouvre le bal avec les deux premiers titres. Reconnaissons la validité de la démarche artistique d’un homme qui ne se repose pas sur ses habitudes en proposant des disques résolument différents les uns des autres, enregistrés avec des équipes entièrement renouvelées.

Un artiste qui n’hésite pas à proposer de vraies nouveautés (de la musique japonaise par exemple), ni à se mettre à jour (il n’est pas passé à côté de Rage Against The Machine, ce qui n’est quand même pas piqué des vers pour un chanteur français de bientôt 55 ans). « Hot chaud » est même carrément avant-gardiste, avec ses couleurs trip-hop, électro et free jazz. On retrouve aussi, par-ci par-là, quelques instruments improbables, issus de différents folklores mondiaux. Ce qui donne des moments surprenants, comme l’introduction d’« Adolescent ». Enfin, il y a un vrai travail conceptuel sur la voix, parfois légère, évoluant dans un registre plutôt aigu, d’autres fois plus que grave, aux limites de l’outre-tombe, rocailleuse à souhait. Elle place l’auditeur dans une situation inconfortable et lui demande un certain effort. Un bon point, à la réflexion.

Mais aussi exigeant et novateur qu'il soit, « Aux héros de la voltige » me pose un problème : je m’y emmerde. Trop. Ca ne colle pas souvent. Une bonne chanson, c’est l’équilibre entre le texte et la musique. Ici, certaines bonnes idées musicales sont plombées par un texte abscons. Anecdotique, comme « Le naïf Haïtien », écrit après avoir discuté avec la restauratrice du soir d’un tableau de sa salle. Mal fagoté, comme « Trou noir » et sa charge politique façon baïonnette en plastique. On peut noter aussi quelques idées recyclées, en particulier avec la chanson titre qui nous ressert un nouveau couplet sur l’aviation (ça ne fait guère que le troisième album d'affilée) ; pas le plus réussi.

Mais l’inverse est vrai aussi. Certaines musiques ne rendent pas service aux textes. Je pense en particulier à l’insupportable « Le dragon, le tigre et la geisha » ou aux faciles « Electrocardiogramme plat » (pour le côté rock) et « Sur la grande roue » (qui sonne comme une chute de Tombé du Ciel). Aussi entend-on d'emblée les titres où ça matche. Ou plutôt, le titre où ça matche : le premier. Comme souvent, c’est en jouant la modestie qu’HIGELIN fait mouche, avec cette folk-song légère au texte pourtant grave. Une très belle mélodie qui fait ressortir les mots pleins de sérénité face à la mort qui pointe à l’horizon. Une chanson à passer lors de funérailles si l’on veut relever les yeux et se donner du baume au cœur pour la suite (elle a bien-sûr été jouée lors de celles de son auteur).

Pour le reste, c’est du bancal. On soulève souvent une oreille devant le potentiel d’une idée intéressante, avant de la laisser retomber faute d’aboutissement. Même la forme est à cette image. A part l’un des titres d’album les plus intéressants de sa carrière, la pochette ne dit pas grand-chose. Les chansons sont toutes calibrées pour tourner autour des quatre minutes, se passant ainsi des moments d’improvisation ou d’amusement qui font souvent le sel des disques d’HIGELIN. Et si la production est globalement soignée, la fin est bâclée. En ce qui concerne la fin de cette chronique, la parole est à Jacques HIGELIN : « A force de vouloir être le seul commandant à bord, je me suis perdu. C'est ma faute, j'étais auteur, compositeur, producteur, réalisateur, alors que je n'en avais pas les capacités. J'ai fait des mauvais choix. Cela donne des disques peu inspirés, sans grand intérêt ». Ces mots datant de l’époque d’Amor Doloroso, où on lui demandait souvent où il était passé ces derniers temps, sont à nuancer. Ils contiennent néanmoins une part de vérité qui l’honore. Car le problème n’est jamais de rater un album, mais bien de le reconnaître pour pouvoir repartir.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Le Berceau De La Vie
2. Électrocardiogramme Plat
3. Sur La Grande Roue
4. Hot Chaud
5. Le Dragon Le Tigre Et La Geisha
6. Trou Noir
7. Adolescent
8. Le Naïf Haïtien
9. Aux Héros De La Voltige



             



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