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Jacques HIGELIN - Alertez Les Bébés ! (1976)
Par RAMON PEREZ le 16 Septembre 2018          Consultée 241 fois

Il est certaines œuvres pour lesquelles le débat n’a qu’un rapport lointain avec le bon ou le mauvais, le raté ou le réussi. Elles sont définitivement ailleurs, naviguant dans d’autres dimensions, entre murmures et légendes éclatantes, sources d’interrogations infinies autant que de révélations subites. Au niveau des morceaux, Jacques HIGELIN en a produit un paquet. Par voie de conséquence, il est aussi responsable de quelques albums croisant désormais dans ces eaux. Au rayon légendaire, Alertez les bébés se place là de façon évidente.

Le titre déjà. Cette phrase d’un autre monde, le genre d’inspiration qui ne te vient qu’une fois. Douze mille portes sont ouvertes avec trois mots pareils. Ce titre, c’est l’assurance que des gens se rappellent avoir écouté l’album alors que leur platine ne l’a jamais faite tourner. N’est-ce pas lui qui fut invoqué à longueur de tweets le jour de la disparition de l’artiste ?

Le morceau-titre ensuite, sur lequel planent autant de mythes qu’une chanson peut en supporter. Un truc qui te saisit dès le premier accord. Le Jacques qui t’hypnotise, qui te charme, qui te bouscule, qui te creuse, te charge et te décharge. Qui veut plonger son poing dans ta gueule ouverte et te l’enfoncer jusqu'au cœur et aux tripes. Seul avec sa voix et ses mains de pianistes, en une seule prise ! Qui dit mieux ? Sa performance est incroyable, son jeu de piano stratosphérique, son chant habité par tous les esprits en manque de possession.

L’époque. Des mythes seventies sortent des enceintes tout au long de l’album. Celui de la créativité du rock britannique de l’époque, dont HIGELIN fut l’un des rares en France à proposer l'écho. Rappelons qu’en 76, TELEPHONE et TRUST sucent encore leur pouce et que la plupart des groupes manquent encore sérieusement de moyens musicaux, ainsi que des ambitions qui vont avec. Celui d’un certain esprit de liberté que le chanteur incarne à merveille. De l’âme du château d’Hérouville aussi, où fut enregistré le disque, à une époque où le colloc s’appelait David BOWIE. D’un certain rapport à la musique enfin, dans lequel la technologie reste à sa place et n’est pas encore le centre de tout. On sent un petit groupe de musiciens qui jouent. Que ce soit dans le salon ou un studio d’enregistrement, cela semble finalement assez peu compter. L’impression d’être au milieu d’eux est récurrente et fait un bien fou.

Le contenu pour finir. Et le sentiment d’être en présence du premier album live du Jacquot, dont on serait l’unique public. Ce n’est pas seulement lié au ressenti de l’enregistrement, mais bien à la construction de l’album. Ecoutez l’exceptionnel premier morceau puis dîtes-moi s’il n’est pas taillé pour un début de concert. Voyez comme tous les musiciens entrent progressivement en piste et que tout s’allume ; que l’ami Jacques mène son bateau avec la maestria du vieux loup de mer ! Trois paroles, le minimum du titre, mais tant de feeling qui t’électrise ! Et le second titre, qui passe à cinq paroles mais réussit surtout à proposer une accélération à ce début de tour de chant. On a déjà parlé de la performance en une prise sur le morceau titre. La chanson qui le précède, "Coup de Blues", est aussi un exercice de style direct, type musique de rue. Deux facettes absolument opposées du même talent. Le disque n’oublie pas les parties calmes de tout tour de chant, avec en particulier la rêverie de "La rousse au chocolat". Un titre qu’HIGELIN a ressorti fréquemment sur la fin de sa carrière et qui est une merveille d’arrangement folk. Et puis que serait un concert sans la chanson hyper efficace ? Pas encore un tube (ce sera l’album d’après), mais un solide classique des récitals : "Je veux cette fille". La présentation des musiciens en conclusion enfonce le clou de ce côté live. Un dernier sourire pour partir, plutôt que de se quitter sur l’inconfortable "Alertez les bébés". Un pro de la relation avec son public, à l’évidence !

Pour toutes ces raisons, Alertez les bébés est un des sommets du massif que constitue cette période de la discographie. N’y voyez pas de hasard s’il a été récompensé par le grand prix du disque. Voyez-y au contraire la confirmation de l’importance de cet artiste dans notre patrimoine humain. Alertez les bébés : le chemin de leur culture passe par la case HIGELIN.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Pierre Chérèze (guitare)
- Christian Leroux (guitare électrique)
- Jacky Thomas (basse)
- Michel Santangelli (batterie)
- Jacques Higelin (chant et claviers)


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