Recherche avancée       Liste groupes



      
HIGELINESQUE  |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 



Jacques HIGELIN - Higelin 82 (1982)
Par RAMON PEREZ le 9 Septembre 2018          Consultée 203 fois

J’ai découvert la plupart des albums d’HIGELIN en les empruntant à la médiathèque durant la période entre Amor Doloroso et Coup de Foudre. Il faisait partie des quelques artistes affichant une discographie fournie (avec notamment CharlElie ou Iggy) me certifiant de trouver un nouvel album si le reste de mes fouilles n’avaient pas été fructueuses. Mais il est un disque que j’ai découvert bien plus tard. Parce qu’il n’y était jamais. Parce que personne ne m’en parlait. Parce que personne n’en parlait. Il suffit de voir la matière trainant sur internet ; je vais rentrer dans le cercle très fermé de ceux ayant écrit dessus ! HIGELIN lui-même semblait avoir perdu sa trace. Effacé des setlists. On savait bien qu’il existait, mais ceux ayant gardé la mémoire se faisaient aussi rares que silencieux. Le plus notable de cet objet semblait être la pièce de choix pour tout collectionneur qu’il représentait, avec son édition simple (en blanc) et double L.P/Maxi (en noir).

Et un jour, j’ai fini par sortir de terre cette pièce d’archéologie. C’est davantage intéressé par l’idée de mettre un point final à l’exploration de cette œuvre que par le contenu du disque en lui-même que je me lançai dans son écoute. J’avais connu un peu la même chose avec Beatles for sale ; je me disais que si ce disque était à ce point zappé, ce n’était pas la peine d’attendre le meilleur album du grand Jacques. Et la comparaison s’est arrêtée là, car ce disque est d’une toute autre trempe que Beatles for Sale.

Il est même carrément bon, disons-le d'emblée. Peut-être bien le plus réussi des années 80. Inspiré, plein de créativité (c’est normal, c’est du HIGELIN) mais surtout extrêmement travaillé (et là c’est déjà moins habituel). Il n’y a qu’à écouter l’intro pour s’en convaincre, et plus généralement les trois premiers morceaux (la face A du vinyle). Composés au moment d’un voyage en Guadeloupe, ils forment une petite odyssée américaine où l’on visite tout autant la Jamaïque que la Nouvelle Orléans ou encore Cuba. Cette première partie est servie par le choix de l’acoustique, ne faisant entendre la première guitare électrique qu’après un quart d’heure de jeu, à la 5e minute de « Nascimo ». Et c’est une guitare électrique encore bien calme, à l’image de ce superbe titre d’apparence fort simple, cachant pourtant une complexité terrible.

Le temps de retourner la galette, le guitariste a retrouvé la touche de distorsion. Le « Boogie Rouillé » prend le contre-pied de ce qui l’a précédé et se révèle finalement le titre le plus lourd, le plus sale d’HIGELIN. Il paraît que Bertignac tient la guitare. Pourtant, s’il faut comparer ce titre à un autre groupe, on pense bien davantage aux tentatives heavy de Trust. « Manque de classe » fait prendre conscience, aux derniers qui n’y avaient pas fait attention, du boulot exceptionnel abattu à la basse (contrebasse en l’occurrence).

Si l’on trouve sur ce disque du HIGELIN speedé plus classique (« Lobotomie autonomie », qui vaut davantage pour son texte), ce sont les efforts au niveau mélodique qui marquent. C’est un disque très chantable, ce qui n’est pas toujours le cas avec ce chanteur si singulier. Par exemple, « La putain vierge » est très belle. Il y a aussi une tentative de ballade contemplative, celle de Tao. Pas désagréable, mais enterrée sous le Parc Montsouris quelques années plus tard. Elle vient en tout cas témoigner de l’attachement de notre homme à la terre Corse et à ses amis.

Ce voyage des Antilles à la Corse s’achève par un titre monstrueux ; onze minutes de furie contenue, qu’une basse cocaïnée et un clavier sous L.S.D mettent progressivement en pression. Jusqu’à ébullition, quand HIGELIN répète encore et encore la terrible phrase de conclusion. Sauvagerie, démesure et extase, qu’un ultime trait de violoncelle parachève, avec un air de « je te laisse réfléchir là-dessus ». Il y a plusieurs exemples de ce genre de titre fleuve, en roue libre plus ou moins apparente, placés en conclusion d’un effort du Jacquot. De l’halluciné « Alertez les bébés » à l’ahurissant « A feu et à sang ». Cette « Beauté crachée » est peut-être la plus réussie.

A ce stade, il me reste à tenter une explication sur le fait que la qualité de cet album n’ait pas signifié postérité. J’ai bien deux hypothèses à formuler. La première est liée au rendez-vous manqué avec la scène. En effet, cet album ne fut pas défendu sur les planches mais est, au contraire, sorti à l’issue d’une tournée importante. Celle du fameux spectacle « Jacques, Joseph, Victor dort ». Un spectacle qu’HIGELIN avait voulu d’une autre ampleur qu’un simple tour de chant, penchant vers le théâtre et la danse. Avec une grande mise en scène, autour d’une histoire de voyage. Il n’était pas basé sur un album, mais contenait au contraire de nombreux inédits. Et il a, à l’évidence, durablement marqué ceux qui l’ont vu. Par exemple, on en invoqua le spectre lors des funérailles de l’artiste qui eurent lieu au même endroit (le Cirque d’hiver). Seulement quelques titres de l’album sont issus de ce spectacle (le maxi notamment), quand son public attendait sans doute davantage. Plus tout à fait cette page, pas encore une autre. Difficile d’adhérer dans ces conditions pour les contemporains.

Mais ce que j’ai surtout envie d’avancer, c’est l’idée que ce disque est en fait une fausse piste. Un moment où, sur sa route, HIGELIN a pris celle de gauche. Il s’est rapidement rendu compte que c’était celle de droite qu’il devait suivre, celle allant dans le sens du courant des années 80, vers AÏ et Bercy. Mais, avant de faire demi-tour, il a pris le temps de regarder ce paysage qu’il aurait loupé s’il avait pris de suite à droite. Il s’est aperçu que ça avait de la gueule, a pris une photo ou peut-être dessiné quelque chose et l’a travaillé du mieux possible, car il n’y reviendrait pas. Puis il a repris sa route, laissant derrière lui cette parenthèse, entre 70’s et 80’s, ailleurs. Et ce disque one-shot, qui avait pourtant tapé dans le mille.

A lire aussi en DIVERS :


Scott WALKER
Soused (2014)
Crooner black metal




SONIC YOUTH
Experimental Jet Set, Trash And No Star (1994)
So salty free


Marquez et partagez





 
   RAMON PEREZ

 
  N/A



Non disponible


- lp
1. Encore Une Journée D'foutue
2. Jack Au Banjo
3. Nascimo
4. Boogie Rouillé
5. Manque De Classe
6. Lobotomie/autonomie
7. La Ballade De Chez Tao

- maxi 45 Tours
1. La Putain Vierge
2. Beauté Crachée



             



1999 - 2018 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod