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VARIETE FRANCAISE  |  STUDIO

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Jacques HIGELIN - Tombé Du Ciel (1988)
Par RAMON PEREZ le 7 Octobre 2018          Consultée 227 fois

Pour démarrer cette deuxième salve de chroniques higelinesques, je dois reconnaÏtre que j’ai bien peu parlé des textes jusqu’à maintenant. Pourtant, l’artiste qui nous occupe est un représentant incontestable de cette catégorie chère à Léo FERRE : celle des Auteurs-Compositeurs-Interprètes. Il convient donc de ne pas oublier le premier de ces qualificatifs. BRASSENS disait qu’on ne remarquait pas la musique d’une bonne chanson car elle était suffisamment travaillée pour cela. Il regrettait toutefois que l’on ne retienne de lui que le parolier, alors que le compositeur était très pointu. En partant d’une conception similaire, HIGELIN serait l’inverse. Ses chansons sont aussi travaillées sur le plan du texte que sur celui de la musique, mais les paroles ne prennent pas le pas sur le reste. On peut y voir l’influence des artistes anglo-saxons dont il a usé les sillons, des jazzmen américains aux rockers britanniques, pour qui le texte n’est pas l’important (s’il existe). Pour qui pratique l’exercice, il est bien difficile de prendre une guitare au coin du feu et de sortir du HIGELIN. D’une part parce qu’il est un compositeur singulier et un interprète exceptionnellement complexe, mais aussi parce que sa plume n’est pas taillée de ce bois.

Dès le départ, notre chanteur a eu l’ambition de ne pas écrire pour rien. Cela a pris bien des formes. Comme le jeu sur les sonorités des mots, le double-sens, les figures de style, la variation du vocabulaire (du distingué au plus vulgaire), les messages et même parfois l’économie. Chaque album, quelles que soient ses thématiques, regorge de trouvailles et d’une richesse sémantique que peu d’auteurs ont atteint. On attrape toujours au vol quelques images, mais il est bien difficile de retenir tout le film avec cette profusion. Ici, on entend parler de la faculté des lupanars de l'académie Charles Cros, d’un poseur de girouettes ou encore d’une chaise à l’état brut. En parlant de cet album, Tombé du ciel, on y trouve deux chansons où le texte est clairement mis en avant. « Ballade pour Roger » a la particularité d’avoir été écrite à six mains et touche en explorant l’idée de l’enfermement de l’amour. La seconde est pour moi le texte le plus abouti de la carrière d’HIGELIN, sa « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète ». Je parle de « Parc Montsouris », qui commence par une description d’un endroit familier et d’un moment apprécié (la fin de la nuit), avant de divaguer sur des souvenirs d’enfance et d’évoquer son père, à qui le morceau est dédié. C’est rêveur, nostalgique, drôle, imagé… poétique. C’est là que le chanteur viendra chercher le titre de son autobiographie : « Je ne vis pas ma vie, je la rêve ».

Ces deux chansons ressortent franchement du disque, d’autant qu’elles tranchent du reste en terme de production. Elles sont très dépouillées, à peine accompagnées d’un piano, quand l’album est ailleurs particulièrement riche en instrumentation. C’est ici qu’on arrive au sujet qui fâche. HIGELIN avait relativement mal vécu l’épisode Aï et Bercy, estimant s’être laissé dépasser par la machine. Trop de succès, trop d’attentes, trop de monde. L’heure de la remise en question arrivée, il choisit alors de réduire la voilure avec une équipe resserrée et de lâcher prise sur la direction artistique en confiant la production à JACNO. Celui des STINKY TOYS et d’ELLI & JACNO, incontournable de la pop synthétique des années 80. Je ne vais pas vous refaire le couplet sur les années 80, d’autant qu’il y a quand même du progrès par rapport à Aï (ce n’est pas non plus tout à fait ça encore, faut pas déconner).

Le problème est que s’il met un sérieux coup de frein et élague cette nouvelle livraison des titres hasardeux de la précédente, il n’empêche pas l’album d’avoir une lourdeur embêtante. Accordéons, cordes, claviers, cuivres, vents… tout est là, à un moment ou à un autre. Pris séparément, chaque titre a un vrai intérêt. Certains sont meilleurs que d’autres bien-sûr (« Follow the line » et « Poil dans la main » pour le top). Mis les uns derrière les autres, cela finit par faire trop. On a tous bavé devant ce gâteau dont les premières bouchées nous ont enthousiasmé, mais dont les suivantes ont été de plus en plus difficiles, jusqu’à se demander si on allait finir notre part… A dire vrai, j’ai sérieusement du mal à terminer la version CD, qui se conclut par un instrumental symphonique de douze minutes. Le vinyle avait déjà comme principe de se refermer sur un instrumental, mais il y a été rajouté un texte sur le CD (un bon d’ailleurs). Quelqu’un a dû se dire que c’était une bonne idée de revenir à un final sans paroles, avis que je ne partage pas. On peut aussi noter qu’entre les deux versions, « Tom Bombadilon », la chanson pour enfants du disque, est passée du début à la fin de l’album. Là, je trouve cela plus pertinent, car ainsi ce titre assez lourd n’impacte plus une première partie très réussie. En plus du très bon titre d’ouverture, on y entend, excusez du peu, de la musique de chambre (signée William SHELLER), puis le titre le plus délirant du disque et enfin le superbe enchaînement « Parc Montsouris/Tombé du ciel ».

Impossible de terminer cette chronique sans m’arrêter sur cette dernière, qui restera comme le titre grand public du chanteur, celui qui passe toujours régulièrement en radio. En trois mots, son plus grand succès. Si HIGELIN se rapproche de la génération SOUCHON, LAVILLIERS, RENAUD et consorts par son époque, il est en réalité plutôt à ranger avec la génération précédente (BRASSENS, FERRE, GAINSBOURG…) par sa filiation avec les artistes des années 40-50, particulièrement avec Charles TRENET. S’il avait déjà fait quelques clins d’œil sur d’autres disques, ce morceau est le meilleur hommage rendu au premier fou chantant. Que dire, sinon qu’une chanson comme celle-là n’a pas sa vie par hasard. Quand je l’entends dans une playlist, je suis toujours surpris à la fois par son côté évident et par la sophistication dont elle fait preuve pour une chanson à ce point radiophonique. Que ce soit dans son orchestration ou sa construction. C’est peut-être un peu trop d’ailleurs, ce n’est clairement pas un morceau que j’écouterais en boucle. C’est aussi une feel-good song qui aura fait une belle tâche rose sur une œuvre souvent sombre. Ce que certains ont bien du mal à lui pardonner. Mais elle fait tellement de bien quand elle passe que je ne vois pas pourquoi on se refuserait ce petit plaisir gourmand. Quant à savoir si vous voulez vous siffler toute la boîte, ma foi on a connu assortiment moins réussi, pour peu que l’excès de sucre ne soit pas rédhibitoire.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Follow The Line
2. La Fuite Dans Les Idées
3. Bras De Fer
4. Parc Montsouris
5. Tombé Du Ciel
6. Poil Dans La Main
7. Chanson
8. Tom Bonbadilom
9. Ballade Pour Roger
10. Le Drapeau De La Colère
11. L'innocence
12. Symphonie Des Droits De L'homme



             



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