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Jacques HIGELIN - Paradis Païen (1998)
Par RAMON PEREZ le 28 Octobre 2018          Consultée 1158 fois

Après l’album le moins bon, voici une autre catégorie particulière pour poursuivre l’exploration de la discographie de Jacques HIGELIN : l’album mal-aimé, un disque sur lequel il y a un désaccord de jugement entre l’auteur et l’auditeur. Dans ce cas précis, le chanteur n’a jamais caché le peu de cas qu’il faisait de Paradis païen, quand la critique ou son public en sont plutôt épris. En ce qui me concerne, je l’ai trouvé génial la première fois que je l’ai écouté. Tout à fait différent du reste (on n’y entend pratiquement ni piano ni guitare électrique), à l’image de son incroyable pochette, avec des sons pas entendus ailleurs dans sa discographie ainsi qu’une ambiance résolument différente, songeuse. J’y ai entendu l’un de ces disques fait en-dehors de toute considération commerciale, en pure honnêteté artistique. Où il n’y a pas de titre évident à ressortir, mais où la modestie des morceaux forme à la fin un collectif singulièrement fort. Par contre, à la seconde écoute, il m’a laissé bizarrement froid. Je ne me suis accroché à rien. A quoi était-ce dû ? En préparant cette chronique, je lis une interview d’époque de Jacquot où il dit que ce disque provoque des réactions très différentes en fonction de l’humeur des gens. Peut-être l’album exige-t-il de l’auditeur un investissement, de nature à ravir ceux qui y consentent et à laisser de côté ceux qui y sont rétifs.

Un choix qui ne concerne pas HIGELIN, qui expliquait son mécontentement par sa propre performance. Malade pendant l’enregistrement, il se montrait très critique sur ce qu’il avait pu offrir, en particulier au niveau de l’interprétation et de la réalisation. Une exigence envers lui-même qui parait un peu exagérée à l’écoute. Certes sa voix n’est pas à 100%, mais ce n’est pas dérangeant. Quant à la réalisation, que peut-on reprocher à quelqu'un qui fait un choix fort et qui s’y tient ? La singularité du disque parle pour lui. En revanche, on peut accorder davantage de crédit au chanteur quand il parle de cette époque comme d’une période de doutes personnels et artistiques. Ce que l’on connait de sa vie dans ces années montre quelqu'un qui se cherche. Quelqu'un en rejet du show-business qui l’a amené trop loin dans les années 80. Un artiste qui explore d’autres voies musicales, disques après disques. Qui part faire un tour du monde absolument seul, à la rencontre des autres et de lui-même. Puis qui tourne seul sur scène, ou presque. Quelqu'un qui prend le risque de partir de sa maison de disque habituelle pour aller chez un label bien moins établi. Il est dès lors évident que cet homme ne pouvait pas sortir quelque chose de flamboyant et tout autant qu’il ne pouvait pas faire comme d’hab.

Dans cette période de doutes, HIGELIN se rapproche de ses origines en faisant appel à son complice des premières années, celles d’avant BBH : Areski Belkacem. Loin de le ramener aux ambiances de cette époque, ce dernier lui concocte un cadre soyeux, fait d’intrigantes percussions, d’arrangements de cordes millimétrés et de petites touches électro. Il lui offre aussi un titre, écrit avec sa compagne (une certaine Brigitte F.), le nocturne et néanmoins excellent « Rififi ». Nocturne : voilà un mot qui convient d’ailleurs très bien à l’album. La nuit, c’est le domaine de l’imagination, du voyage intérieur, du dialogue avec soi. « Chambre sous les toits » plante de suite un décor incroyable, avec son violon tzigane, ses nappes de cordes rêveuses et son texte à la Baudelaire. C’est un voyage vers l’intimité, comme le générique d’un film s’ouvrant sur une vue de Paris la nuit avant de se resserrer sur un personnage seul dans un appartement, écoutant la pluie tapoter au-dessus de lui. « L’accordéon désaccordé » évoque plus directement la capitale, celle de l’enfance du chanteur, pleine d’accordéons et de casquettes, qui s’efface de plus en plus devant les costards-cravates. Une bonne raison pour prendre ses guêtres et aller voir ailleurs le monde. En Afrique, dans les îles, en Orient et jusque dans les tribus les plus ésotériques, dont les effluves hantent singulièrement l’album au détour des instrumentations ou des mots qui y sont gravés. L’occasion de constater que partout la loi humaine est la même : « nous sommes qui nous sommes, une femme, un homme, enlacés nus dans le jardin du paradis païen ».

Une chose tout à fait marquante dans ce Paradis Païen, c’est le changement d’ambiance ressenti à chaque pas qui nous y promène. On y retrouve les différentes facettes connues de Jacques HIGELIN, sous des aspects nouveaux. La veine TRENET, les divagations sur fond de basses et de percus, les excentricités. Mais à force de changer d’atmosphère, il arrive le moment où l’on se perd. Aussi sûrement que la nuit amène le sommeil. L’enchaînement « Luxe, calme et volupté » / « L’héritière de Crao » est pour moi ce moment. Je ne sens plus le moteur et je m’endors. Mes rêves ne sont en outre pas les plus beaux, tant ces morceaux renouent avec les errances des héros de la voltige. La deuxième partie du disque est finalement assez pénible et je rejoins HIGELIN quand il dit avoir du mal à finir son écoute. Toutefois le dernier morceau est parfait pour un réveil en douceur. Il renoue avec le souffle des premiers morceaux, pour un ultime périple poétique. Il conclut de la meilleure des manières cet album magnifique par moment, inintéressant à d’autres, mais profondément humain.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Chambre Sous Les Toits
2. Une Tranche De Vie
3. Broyer Du Noir
4. L'accordéon Désaccordé
5. La Vie Est Folle
6. Rififi
7. Luxe, Calme Et Volupté
8. L'héritière De Crao
9. Y'a Pas De Mot
10. Paradis Païen



             



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