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- Style : Benabar, Bernard Lavilliers , Johnny Cash

SANSEVERINO - Les Faux Talbins (2009)
Par RAMON PEREZ le 5 Mai 2020          Consultée 213 fois

Ladies and gents, bienvenue dans cette nouvelle excursion du Sanseverino tour ! Cette fois-ci le commandant vous a préparé un voyage très différent : cap à l’ouest, traversons l’océan pour nous rendre aux U.S. Nous allons visiter ce vieux sud, sur les traces des musiques qui y sont nées : le jazz bien-sûr, le blues évidemment, la country, le bluegrass, le cajun, le rock… Détendez-vous, ouvrez les oreilles et faites-vous plaisir !

Cette petite intro, la maison de disque aurait été inspirée d’en placer une équivalence bien en vue sur l’objet. Cela aurait peut-être évité bien des incompréhensions. C’est risqué de prendre son public à rebrousse-poil, SANSEVERINO l’a appris à cette occasion. Ben oui, on sait bien que ce type nous fait des chansons sympas sur du jazz manouche. Et là, il arrive avec un truc qui n’a rien à voir, sans prévenir. Krach commercial assuré, dont il ne s’est jamais vraiment remis en termes de succès. Par contre, artistiquement c’est autre chose. D’abord, ce disque est vachement bien. Ensuite il a clairement eu pour le chanteur un côté libérateur.

Ce n’est pas qu’il n’aime plus DJANGO. Mais au bout d’un moment, il y a d’autres inspirations à épuiser. Ici, on peut parler de deux d’entre elles. La première, je n’y aurais jamais pensé si je ne l’avais pas entendu en parler : The KNACK et leur super-hit « My Sharona ». A bien l’écouter, qu’est-ce qui caractérise musicalement ce tube ? Le fait qu’il soit franchement libre à l’intérieur de sa structure. En particulier, les accords tombent souvent de façon imprévisible, sur l’un ou l’autre des temps, ou sont prolongés sans prévenir voire carrément sautés. Bref les musiciens font (presque) ce qu’ils veulent et c’est ça qui est si cool dans ce morceau. Une leçon que SANSEVERINO avait intégrée depuis longtemps mais qu’il ne pouvait pas vraiment appliquer dans un cadre jazz manouche demandant plus de rigueur.

Autant dire qu’il se rattrape maintenant de ses premiers albums de ce point de vue. J’ai rarement entendu un disque où les musiciens s’amusent autant en plaçant un nombre incalculable de petits ajouts et digressions. Rien d’essentiel, mais ça donne un sacré relief. Le morceau d’ouverture en est rempli par exemple. Alors que sa base est d’une extrême simplicité, l’oreille attentive y découvrira de nombreuses variations (sautes de temps, phrases musicales à part, accords étonnants - voire déroutant pour le dernier) qui font tout le sel. Avec le travail sur le son, ce sont les deux éléments qui donnent la couleur de l’album. Parlons du son. SANSEVERINO a souhaité se lancer le défi de réaliser lui-même Les Faux Talbins. A l’évidence avec une idée bien arrêtée en tête, car la cohérence de l’ensemble saute aux oreilles. Ça fait un peu monochrome de prime abord, mais une fois qu’on y est, ce qu’on est bien ! Enregistré en conditions live, le triptyque guitare/basse/batterie y est à l’honneur, habilement coloré par un orgue électrique bien senti et par quelques interventions bien pesées au trombone.

Cette fine équipe est celle qui accompagnait SANSEVERINO depuis quelques années sur scène. Lorsqu’on le sait, il est intéressant de se rendre compte que le chanteur a convaincu tout son entourage du changement radical de direction artistique, quitte à lui demander une adaptation conséquente. Les deux Hervé (Legeay et Pouliquen) qui se répondaient auparavant aux pompes manouches dialoguent ici dans un tout autre style. GP Cremonini impressionnait à la contrebasse ; il n’y touche même plus pour s’amuser désormais à la basse. Quant à Xavier Tribolet, extraordinaire au piano et tout ce qui a des touches sur les tournées précédentes, on le retrouve ici… mais à la batterie ! C’est carrément la bonne pioche. Il est important de ne pas se louper aux fûts car tout est construit dessus. Souvent, le batteur limite le style d’un orchestre par ce qu’il sait jouer. Et bien ce mec rend tout possible sur ce disque !

Par exemple, il fait entendre de façon évidente la seconde inspiration dont je parlais plus haut. Celle de Johnny CASH, avec son fameux train qui arrive dès le deuxième morceau. On retrouve aussi une adaptation en VF d’« A boy named sue ». D’ailleurs, si tu cherches un argument pour défendre le principe de la VF, jette une oreille à cet exercice par lequel SANSEVERINO nous montre encore une fois ce que veut dire faire une reprise : se l’approprier et en rendre tout son sens, avec ses propres mots ou ses propres notes. S’il y réussit, c’est entre autres grâce à son talent d’écriture. Quitte à aller voir ailleurs avec cet enregistrement, il n’hésite pas à mener la réforme également en ce domaine. Les Faux Talbins s’éloigne assez franchement des habitudes estampillées « Nouvelle chanson française », pour aller davantage vers la chanson réaliste. Ambiance mi-ricaine / mi-parigote, polars du milieu de siècle où se croisent malfrats en tous genres, faussaires au long cours, tapineuses blafardes (superbe portrait avec « La reine du périphérique ») et psychopathes en roue libre (incroyable « Malade mental », plein de trouvailles textuelles, avec une interprétation dingue).

Dans la deuxième partie de l’album, qui est très long sans que la qualité en pâtisse, SANSEVERINO arrive même à se libérer des habitudes de tel ou tel type de chansons. Il en devient davantage touchant. Son style arrive à ce moment à une certaine maturité, qui transparait notamment sur un morceau comme « Tu n’en n’as plus rien à foutre de moi ». C’est la seule chanson attaquée manouche, mais elle varie très vite vers quelque chose qui est davantage dans le ton de l’album, bien qu’elle reste débranchée. Le chanteur y est plus exposé mais livre un texte précis et habité sur le doute amoureux, résonnant forcément chez tout le monde tant il réussit à partager un sentiment universel. Plus loin, il se fait plus sombre pour conter le destin d’un clodo du quartier. Cela fait un contraste réussi avec tous les titres positifs (dont un ou deux pour gamins) même si certains, à bien les écouter, sont bien plus noirs qu’ils en ont l’air.

C’est le cas notamment de « Chérie c’est la guerre », l’une des meilleures chansons du disque. La seule qui regarde vraiment du côté de l’Europe de l’est, avec un côté balkanique prononcé. Ça parle d’ailleurs en grande partie de la Yougoslavie. C’est aussi l’un des seuls textes à avoir une tonalité politique prononcée, sans cause militante particulière. Musicalement, c’est virevoltant tout en ayant une basse hyper lourde et des guitares tranchantes. Une chanson à la fois pleine et libre, parfait condensé de tout ce que peut donner SANSEVERINO. Les Faux Talbins a le mérite de montrer toute la palette de ce chanteur, jusqu’à la dernière chanson en forme de coup de hache (« Je t’aime pas » !), ultime entorse à ses habitudes précédentes. Une démonstration à réécouter maintenant qu’on a digéré qu’il n’y avait pas que du manouche dans cette guitare.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Sanseverino (chant, guitares)
- Hervé Legeay (guitares)
- Hervé Pouliquen (guitares)
- Gp Cremonini (basse)
- Xavier Tribolet (batterie)
- Christophe Cravero (orgue, violon)
- Bernard Camoin (trombone)


1. Les Faux Talbins
2. Les Marioles
3. Malade Mental
4. Finis Ta Vaisselle
5. La Reine Du Périphérique
6. A Boy Named Sue
7. Les Rockers Aiment La Java
8. Tu N'en As Plus Rien à Foutre De Moi
9. La Salsa Du Démon
10. Tu Pues Benny
11. Le Grand Grégory
12. Riton Et Rita
13. Chérie, C'est La Guerre
14. La Valse Du Blues Du Livre
15. La Femme Du Marin
16. Dimanche Dernier
17. Je T'aime Pas



             



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