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SANSEVERINO - The Beber Project Vol. 1 (2019)
Par RAMON PEREZ le 20 Août 2020          Consultée 126 fois

Encore un album que je préfèrerais ne pas avoir à noter. Comme d’hab' dans ce cas, il n’y a pas de raison de tenir compte du nombre d’étoiles que j’ai attribuées. En effet, je ne vois pas vraiment de critère suffisamment solide pour le justifier. Mais, avant d’en chercher éventuellement, commençons par le début.
SANSEVERINO a l’habitude entre deux projets (album + concerts) de tourner en petit comité ou même en solo (et à vélo récemment). Alors qu’il vient d’achever son contrat avec Columbia, avant d’ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière, le chanteur s’accorde cette fois une respiration sur disque. Un album autoproduit sur lequel on le retrouve seul avec ses deux guitares des années 30, à concrétiser une vieille idée : rendre hommage à son chanteur préféré, à savoir François BERANGER.

Si tu te demandes qui est ce mec, je te dirai que c’est quelqu’un dont l’œuvre (quand même une douzaine d’albums) a connu un écho certain, principalement dans les années 70. Il est même l'auteur d'un petit tube largement diffusé : l’anticolonialiste "Mamadou m’a dit". Pour la faire courte, il fait partie de cette classe de chanteurs à tendance plus ou moins anarchisante (dans le cas de BERANGER on peut préciser libertaire) qui ont eu un succès d’estime certain et qui, plus encore que d’avoir touché un large public, ont surtout influencé de nombreux autres artistes de leur époque puis des suivantes. Citons dans cette catégorie Allain LEPREST (SANSEVERINO a aussi participé récemment à un hommage collectif le concernant), Jean-Roger CAUSSIMON, Dick ANNEGARN ou encore Anne SYLVESTRE (version adultes).

BERANGER venait d’un milieu ouvrier et, pour tout dire, ça se sent. Lui-même a goûté à l’usine (celle de l’île Seguin où avait déjà travaillé son père), mais s’est rapidement fait la belle pour suivre les chemins de bohême. Il en a gardé un vocabulaire, une manière d’écrire et, bien-sûr, de voir le monde qui se retrouve constamment dans ses chansons. L’écouter aujourd’hui, c’est un peu ressusciter une époque révolue, celle du Paris encore un poil populaire des trente glorieuses. Comme quand on lit du Tardi. Une autre caractéristique frappante de son écriture est sa franchise, voire sa crudité. Certaines vérités sont posées sans détour au cours de ses chansons, sans non plus de jugement de valeur. Juste parce que ce qu’elles évoquent fait partie de la vie (voir "Département 26" pour l’exemple). Contrebalancées par un humour assez froid, elles donnent au style du bonhomme cette rudesse qui lui est propre.

Enfin, musicalement, c’était quelqu’un de difficilement classable. Il a connu une période "folk-singer" typique de son époque, mais il s’est aussi frotté au progressif sans rechigner par ailleurs à proposer de la chanson classique, sur fond de musette. Cette diversité est pour SANSEVERINO l’aspect le plus difficile à faire ressortir sur cet enregistrement, car il a choisi de ne s’accompagner qu’à la guitare. Même si c’est un super guitariste qui arrive à proposer un disque s’écoutant bien pour seulement six cordes utilisées, il est forcément limité par rapport au matériau originel. Il en tire son parti en valorisant les styles folk et blues des compositions de BERANGER, augmentés d’une ou deux valses ainsi que d’un tango lors duquel on retrouve le seul autre instrument présent sur l’album, à savoir un bandonéon glissé là comme un avant-goût de son ouvrage à suivre, sur lequel notre ami travaillait tout en enregistrant celui-ci.

Ce tango, c’est celui de l’ennui. SANSEVERINO l’avait déjà repris sur son premier album, dans une version assez mélancolique (celle-ci est plus enlevée) qui avait fait un petit peu reparler de François BERANGER en ce temps. D’ailleurs, la dernière prestation scénique du vénérable chanteur eut justement lieu à l’occasion d’un concert de son jeune collègue, qu’il avait rejoint pour interpréter ce titre. On trouve un petit docu sur cette rencontre en bonus du DVD du live à Sébastopol (tournée du deuxième album) où SANSEVERINO explique à quel point il est amateur de François BERANGER, le seul chanteur dont il ait tous les disques. Par la suite, dès la mort en 2003 de son aîné, il a régulièrement exprimé son envie d’enregistrer un album en son hommage. Chose faite une quinzaine d’années plus tard donc. Si l’on doit juger de la démarche, je pense que celle-ci est tout à fait sincère et modeste ; choses qui me plaisent.

Très honnêtement, je ne connais pas suffisamment BERANGER pour établir une comparaison entre l’original et la reprise. Je peux en revanche dire que SANSEVERINO l’interprète à sa façon, ainsi qu’il le fait depuis toujours lorsqu’il se glisse dans les mots des autres. Des mots choisis avec soin, preuve d’une connaissance profonde du répertoire. Même quand on ne connaît pas bien ce répertoire, on sent l’alternance entre les classiques ("Tranche de vie", "Le vieux") et des titres planqués au fond de leurs vinyles. Cela garantit une découverte assez représentative de l’œuvre générale, entre titres mineurs mais néanmoins révélateurs de l’état d’esprit de l’auteur et chansons majeures où celui-ci pose son regard sans complaisance (mais avec compassion) sur son époque. A l’image de "Paris Lumière", le petit chef d’œuvre qui conclut le disque en commençant par épingler le showbiz, manière de s’en démarquer, avant d'aborder librement les rapports de domination, la condition ouvrière ou les rapports humains à l’œuvre dans la ville. Comme je le disais au début, je ne sais pas si cette galette vaut des étoiles. Mais elle a pour grand mérite de rendre possible la rencontre d’un artiste intéressant, ce qui est d’autant plus appréciable qu’il n’est plus si facile de trouver les enregistrements d’origine.

N.b : La tracklist figurant sur la jaquette du disque n’est pas conforme à l’ordre réel des chansons du CD. Je ne sais pas si l’ordre est le bon dans les autres formats ou s’il sera rétabli dans d’éventuelles rééditions. La liste figurant ci-contre est l’ordre réel du CD. La liste officielle se trouve facilement sur le net.

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   RAMON PEREZ

 
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- Sanseverino (chant, guitares)


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2. Le Vieux
3. Y'a Que La Foi Qui Sauve
4. Tranche De Vie
5. Magouille Blues
6. Département 26
7. Le Blues Parlé Du Syndicat
8. Pour Ma Grand-mère
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11. Y'a Dix Ans
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