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1955 La Haine

Jacques BREL - La Haine (1955)
Par SASKATCHEWAN le 1er Janvier 2012          Consultée 1408 fois

Des cabarets bruxellois au premier 33 tours chez Philips, la route est longue pour Jacques BREL. Le métier de chanteur lui vient assez tardivement, à vingt-deux ans, alors qu’il est déjà commercial au sein de la cartonnerie familiale. A ses débuts, il récolte surtout des critiques décourageantes, jusqu’en 1953, où sa maquette attire l’attention de Philips. Le jeune chanteur belge monte à Paris et fait ses premières armes sur les petites scènes de la capitale, jusqu’à obtenir un lever de rideau à l’Olympia. En 1955, la maison de disque lui accorde enfin l’enregistrement de son premier album, qui ne sera pas un grand succès.

Pourtant, dès le début, tout est là. Même si le public n’apprécie pas encore ses interprétations radicales à leur juste valeur, le style Jacques Brel éclot dès les premières minutes de La Haine. Les chansons sont très courtes, ramassées, avec des textes tour à tour rageurs et mélancoliques. L’accompagnement dirigé par André GRASSI fait corps avec le chant atypique du Bruxellois. La trompette criarde de « La Haine » souligne les intonations revanchardes de BREL ; le clavecin du « Fou du Roi » rend à merveille l’esprit « conte médiéval » du texte.

La pochette est trompeuse. Jacques BREL est loin d’être le chanteur de bluettes insipides que suggère cette moustache bien taillée et ce regard perdu dans le vague. Chaque chanson est portée par une écriture magnifique, entre évocation nostalgique du plat pays et méditations désabusées. Un exemple parmi tant d’autres, tiré de « Il Pleut (Les Carreaux) » :

« Mais quand je suis seul sous les toits / Avec le soleil, avec les nuages / J’entends la rue pleurer / Je vois les cheminées de la ville fumer / Doucement / Dans mon ciel à moi / La lune danse pour moi le soir / Elle danse, danse, elle danse, danse / Et son haleine, immense halo, me caresse / Le ciel est pour moi / Je m’y plonge le soir / Et j’y plonge ma peine. »

Les meilleures pièces sont les plus tristes, à l’image d’« Il nous faut regarder » et « Sur la place ». Ce qui est marquant avec BREL, c’est qu’on a toujours l’impression que ses chansons ont été composées pour le temps présent. « Le diable (Ça va) », avec sa narration énigmatique en introduction, est un texte tellement actuel que c’en est désespérant. « Les Etats se muent en cachette / En anonymes sociétés » et « On traite les braves de fous / Et les poètes de nigauds / Mais dans les journaux de partout / Tous les salauds ont leur photo », ça aurait très bien pu être écrit la semaine dernière.

Seuls deux titres empêchent de crier à l’album irréprochable. « Il peut pleuvoir » et « C’est comme ça » sont deux chansons très ancrées dans la variété des années cinquante, avec un côté bal populaire un peu désuet. Le format très court de l’album (vingt minutes) laisse en plus l’auditeur sur sa faim.

Reste un premier album plus que recommandable, original, la première offrande importante d’une figure majeure de la chanson française. Jacques BREL devra quand même patienter jusqu’en 1957 et « Quand on a que l’amour » pour voir sa persévérance récompensée d’un grand succès.

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   SASKATCHEWAN

 
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- Jacques Brel (chant)
- André Grassi (arrangements)


1. La Haine
2. Grand Jacques (c'est Trop Facile)
3. Il Pleut 'les Carreaux'
4. Le Diable 'ça Va'
5. Il Peut Pleuvoir
6. Il Nous Faut Regarder
7. Le Fou Du Roi
8. C'est Comme ça
9. Sur La Place



             



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