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- Style : Benjamin Biolay
- Membre : Catherine Deneuve

Serge GAINSBOURG - Mauvaises Nouvelles Des Etoiles (1981)
Par BOMBE_HUMAINE le 26 Mars 2015          Consultée 3016 fois

« Quand Gainsbourg se barre, Gainsbarre se bourre »

Mauvaises Nouvelles des Etoiles : un album fort vendu et pourtant souvent méconnu. Replaçons le contexte de sa réalisation, car il est indispensable à la compréhension de l’univers du disque. Nous sommes en 1980 et Gainsbourg n’a jamais eu autant de succès : Aux Armes Et Caetera, son album précédent, s’est vendu à un nombre impressionnant d’exemplaires, en partie grâce au buzz hallucinant de la version raggae de la Marseillaise. Mais ce bonheur incroyable coïncide avec une étape majeure dans sa vie : sa séparation amoureuse. En effet, après une nuit d’excès en tous genres, Jane Birkin quitte le domicile avec les enfants. Ce dernier va vivre sa plus grosse dépression et devient encore plus instable. Ses consommations nocturnes s’accélèrent encore, il finit hébergé chez Gérard Depardieu et rencontre Bambou, une junkie avec laquelle il débute une relation également très chaotique. C’est dans cette ambiance peu propice, qu’il écrit deux albums, dans une grande difficulté, pour Catherine Deneuve et Alain Chamfort. Célèbre comme jamais, endolori comme jamais, il décide de composer la suite d’Aux Armes et Caetera.
Comme il manque d’imagination, il décide de réaliser un nouvel album de reggae, suite au succès du précédent. Il s’envole donc vers les Bahamas, pour rejoindre les mêmes musiciens. En définitive, Mauvaises nouvelles des étoiles en ressort très différent du précédent.

Ce disque est tout d’abord incroyablement homogène. La plupart des compositions se ressemblent beaucoup et Gainsbourg se révèle très radin en terme de textes. La raison en est très simple. Dans l’avion, il n’avait trouvé que les titres des chansons. C’est donc en quelques nuits blanches alcoolisées qu’il rédige tous les textes et compose les chansons. Cela donne lieu à quelques facilités, comme « Overseas Telegram », déjà utilisé sur l’album de Catherine Deneuve ou « Bad News from the Stars », morceau entièrement instrumental. Et je ne parle même pas de « Evguenie Sokolov », un morceau de trois minutes rempli de… pets.

Ce disque est surtout l’album de la radicalisation. Gainsbourg a compris qu’il doit sa célébrité récente à ses provocations et ses excès. Il décide donc de continuer dans cette voie. C’est ainsi que l’on doit à ce disque la création d’un concept génial, bien trop génial, le « Gainsbarre ». En 3 minutes 18 exactement, la chanson « Ecce Homo » donne naissance à un double qui lui suivra jusqu’à sa tombe et qui détermine le tournant dramatique de sa vie. En décrivant le Gainsbourg excessif, dandy, provocateur, il pose le début de sa folie médiatique, un contre-la-montre exténuant qui le poussera à dépasser ses limites, aux bords de la schizophrénie. Encore aujourd’hui, cette dénomination est importante car elle est plus qu’une chanson, elle est un véritable point de basculement dans l’évolution psychologique de l’auteur. Il crée la bête qui fera le bonheur de la fameuse auto-interview de Thierry Ardisson mais qui finira par l’enterrer.
L’ensemble du disque est donc à cette image : torturé, excessif, provocateur, mélancolique, existentiel. On y trouve des textes sérieux et remplis de questionnements fragiles, en particulier sur la mort, ou la religion, comme le génial « Dieu et Juif » ou « Negusa Nagast » (« L’homme a créé les Dieux, l’inverse tu rigoles… »).
A leurs côtés, des morceaux plus provocants, dans lesquels il tente de conserver le rôle de « représentant des jeunes » qu’il a subitement acquis malgré ses cinquante-trois printemps. « Mickey Maousse », un amas de blagues grasses sur sa virilité, les trois minutes de prouts de « Evguenie Sokolov » (une référence à son conte fraîchement publié chez Gallimard que je vous conseille vivement si le scato ne vous gêne pas) ou encore « Strike » dans lequel il raconte ses nombreuses conquêtes sous couverture de rimes compliquées.

Peu de singles dans cet album dense, sorte de « Dark Side » de sa période reggae. Cette dimension dramatique apporte tout l’intérêt au disque et lui évite d’être un simple Aux Armes et Caetera 2. Ces deux albums sont donc au contraire très complémentaires et illustrent un des moments forts de Gainsbourg. Son « sommet », puis le début de sa longue déchéance jusqu’à ce que le Gainsbourg soit définitivement devenu le Gainsbarre.

* Le single : Ecce Homo
* Mon coup de cœur : Juif et Dieu
* Mon coup de gueule : Bana Basadi Balalo

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   BOMBE_HUMAINE

 
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- Serge Gainsbourg (voix, composition, écriture)
- Ansel Collins (orgue, piano)
- Radcliffe « Dougie » Bryan (guitare rythmique)
- Mikey Chung (guitare solo, piano)
- Sly Dunbar (batterie)
- I Threes (chœurs)
- Robbie Shakespeare (basse)
- Uziah « Sticky » Thompson (percussion)


1. Overseas Telegram
2. Ecce Homo
3. Mickey Maousse
4. Juif Et Dieu
5. Shush Shush Charlotte
6. Toi Mourir
7. La Nostalgie Camarade
8. Bana Basadi Balalo
9. Evguénie Sokolov
10. Negusa Nagast
11. Strike
12. Bad News From The Stars



             



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