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Etienne DAHO - Mythomane (1981)
Par AIGLE BLANC le 28 Décembre 2015          Consultée 1163 fois

A la sortie de son premier album Mythomane, Etienne DAHO affiche 25 balais au compteur. Il s'y affirme déjà un auteur-interprète de talent dont l'écriture et le style vocal mêlent simplicité et assurance de la démarche musicale. Le chanteur-auteur-compositeur-producteur comblé d'aujourd'hui, qui avoue n'avoir jamais vraiment eu d'autre choix de vie que celui d'embrasser la cause musicale, ne se serait pas pour autant lancé délibérément dans une carrière discographique sans l'aide de quelques potes qui-lui- voulaient-du-bien.

En effet, E. DAHO écrivait dans son coin des chansons depuis 1976, année déterminante où il découvrit la scène punk lors de fréquents séjours à Londres et à Manchester. Rennais diplômé en Arts Plastiques et en Anglais, il avait été initié très tôt à la musique par ses soeurs avant de succomber au son de la Motown, aux charmes frelatés du VELVET UNDERGROUND, à la pop juvénile des BEACH BOYS et aux expériences psychédéliques du PINK FLOYD de la période Syd BARRETT.
C'est donc armé d'un sérieux bagage musical qu'il investit en 1979 la scène des Transmusicales rennaises grâce à un coup de pouce du groupe de rock français STINKY TOYS. Ami de cette bande de dandies punkisants au sein desquels on comptait la chanteuse Eli MEDEIROS et le guitariste JACNO, Etienne DAHO se laisse convaincre d'outrepasser sa timidité naturelle en acceptant l'invitation du groupe à le rejoindre sur scène en vue d'assurer un intermède solo au milieu du concert. Le premier contact avec le public est si enthousiasmant qu'il reproduit l'expérience l'année suivante lors des nouvelles Transmusicales de Rennes, cette fois en assurant la totalité du concert sous son propre patronyme. C'est ce qu'on appelle "être né sous une bonne étoile". Aucun opportunisme cependant dans les débuts de carrière du jeune chanteur, simplement le beau coup de pouce de ses potes de STINKY TOYS et de MARQUIS DE SADE, convaincus de son talent. Cela tombe très bien, le patron de VIRGIN France le remarque et édite son premier opus.

En signant tous les textes, E. DAHO se révèle un subtil chroniqueur de la jeunesse. Ses mots bien que légers et simples traduisent avec élégance tout le chromatisme des émotions qui peuvent assaillir le jeune homme qu'il est.
Qu'il réactive l'époque où enfant il jouait au Cowboy (la sautillante et naïve "Cowboy").
Qu'il se remémore dans "Encore cette chanson" les années à écouter en boucle seul dans sa chambre ses 45 tours préférés parce que les paroles exprimaient en tellement mieux ce qu'il n'aurait su dire.
Qu'il s'inquiète face à la perspective d'endosser les responsabilités de l'adulte qu'il devient, et par conséquent de mettre fin à la période insouciante des copains (la touchante et juvénile "Mes copains").
Qu'il interroge l'éternel mystère féminin dans "Ton cinoche" où le motif de la salle de ciné devient une métonymie des ébats amoureux.
Qu'il décrive avec "L'été" la course précipitée de deux amoureux surpris par l'orage marin où là encore, par la magie d'une métonymie subtile, il lui suffit d'évoquer le début de la pluie et l'orage qui tonne... (et les frissons sur la peau du couple courant se mettre à l'abri) pour conférer à ses mots une sensualité sourianté qui ne manque pas de charme.
Qu'il magnifie le souvenir d'une matinée magique où sortant se balader dehors pendant que sa copine dort encore il éprouve alors le bonheur d'être vivant malgré la pluie sur le macadam sur la très belle "Tu dors encore".
Qu'il se désole des tracas d'un jeune couple dans "On s'fait la gueule", dont le quotidien est devenu un champ de bataille. Ou qu'il expédie en un temps record et sans fioriture sa copine pour qui il n'éprouve plus que dégoût dans la cruelle "Va-t'en"; toujours le chanteur trouve la juste distance avec ses émotions qui pourraient l'entraîner dans le mélo le plus immature.

Si les chansons n'ont pas été énumérées dans l'ordre de l'album, c'est surtout pour révéler la cohérence interne de cet opus séminal. En effet, chaque piste aborde un aspect de la vie du jeune homme à travers le fil conducteur temporel, depuis l'enfance jusqu'à la rupture du couple en passant par l'éveil amoureux. Les chansons ne sont ni tristes ni joyeuses : le chanteur adopte avec sa voix claire, sans aucune afféterie ni affect, ce ton détaché, souvent naïf et juvénile, qui traduit une légèreté de circonstance jamais prise en défaut, mais masquant, ô suprême élégance de la pudeur, une secrète mélancolie. Il est nécessaire d'aller au-delà de ce chant brut pour saisir l'essence de l'artiste.

Musicalement, l'heure n'est pas encore à la synthpop scintillante qui signera le succès de la notte en 1984. E. DAHO s'est entouré de ses potes du groupe punk-new wave MARQUIS DE SADE. Les guitares de Frank DARCEL exécutent des apartés cristalins hérités des SHADOWS et proches par instant du son du CURE Robert Smith. Il adopte ici un rock désuet qui ignore totalement les riffs modernes. La basse de Thierry Alexandre, qui carillonne dans "Cowboy", se montre toujours fluide, légère et vibratile. A noter les apparitions toujours bienvenues du saxophone de Philippe Herpin, tantôt jazzy ou funk, tantôt romantique, particulièrement sensuel dans le titre éponyme, le plus réussi de l'album, où brille aussi le piano nocturne de Sylvie Coma. La section rythmique de Eric Morinière se contente de battre le "beat" sans souci réel de variation. C'est sans doute l'élément le plus faible du disque, ce manque de recherche d'une batterie basique et plutôt impersonnelle.

Mythomane n'est pas un opus majeur, mais c'est le premier à nous révéler l'univers si attachant d'Etienne DAHO, qui affirme déjà l'élégance de son exquise nonchalance.

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   AIGLE BLANC

 
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- Etienne Daho (chant, chœurs, percussions, synthés)
- Thierry Alexandre (basse)
- Sylvie Coma (piano)
- Frank Darcel (guitares, synthés)
- Philippe Herpin (saxophone)
- Eric Morinière (batterie, percussions)


1. Il Ne Dira Pas
2. Ton Cinoche
3. Mes Copains
4. On S'fait La Gueule
5. Va-t'en
6. Cowboy
7. Encore Cette Chanson
8. L'été
9. Tu Dors Encore
10. Mythomane



             



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