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Etienne DAHO - L'invitation (2007)
Par AIGLE BLANC le 19 Février 2019          Consultée 300 fois

Neuvième opus studio d'Etienne DAHO, L'invitation décroche aux Victoires de la musique 2008 le prix du meilleur album pop-rock de l'année, récompense légitime au vu du talent du monsieur qui figurait parmi les nominés depuis plus de dix ans sans jamais obtenir l'assentiment final du jury. Cette reconnaissance de ses pairs contribue à rétablir la place qui lui revient de droit dans la musique populaire hexagonale tant la carrière du chanteur affiche une cohérence indéniable et un talent qui n'a eu de cesse de se bonifier au fil des années et des décennies, osant prendre des risques en se réinventant lorsque nécessité se faisait sentir.

L'album a la lourde tâche de succéder au tiercé gagnant Eden (1996) – Corps & armes (2000) – Réévolution (2003), où Etienne DAHO s'était surpassé en alignant rien de moins que deux chefs-d'oeuvre auxquels s'ajoutait un excellent opus. Force est d'admettre que L'invitation, sans être un mauvais album, entame un net fléchissement par rapport à la période dorée de l'artiste. On peut se demander quelle mouche a piqué le jury des Victoires de la musique de ne récompenser en leur temps ni Eden ni Corps & armes, ces deux merveilles de pop classieuse au lyrisme subtil et aux textes ciselés. Pourquoi leur a-t-il fallu attendre la fin de cette période exceptionnellement riche en inspiration et en audace pour récompenser un album bien moins réussi ?
L'invitation bénéficie d'une mise en vitrine efficace de la part de Capitol, le nouveau label d'Etienne, avec pas moins de quatre singles qui en sont extraits. Un mois après sa sortie dans les bacs des disquaires, l'album devient Disque d'Or et, au bout d'un an, se hisse au rang tant convoité du Disque de Platine. Ne boudons pas le succès que lui a octroyé le public. L'artiste, qui refusait de se voir réduit au statut de simple chanteur à tubes, a définitivement gagné son pari. Les singles "L'invitation", "Obsession", "La vie continuera" et "L'adorer" ne remportent pas un franc succès, c'est le moins qu'on puisse dire. La chanson éponyme, en ouverture de l'album, reste un titre plutôt intéressant par son refus du refrain et par son rythme étrange qui donne l'impression constante de préparer son envol sans jamais réellement décoller. Malheureusement, la production par le choix des arrangements minimalistes en réduit l'impact, alors que ce même titre sonne bien plus efficacement dans sa version live aux accents rock plus prononcés. "Obsession" est un très bon titre rock où la guitare de Xavier Geronimi ne manque pas de rappeler celle de David Roback de Mazzy Star, groupe californien avec lequel Etienne Daho avait envisagé un temps de collaborer. Les cordes ajoutées en arrière-plan en guise de ponctuation confèrent à la chanson une empreinte disco voire soul assez réussie, idée originale à son actif. Toutefois, l'impression demeure que ce titre n'est pas livré dans sa version optimale, les musiciens semblant sur la retenue. "L'adorer" est une composition d'Edith Fambuena fidèle à son style et à son talent, qu'elle interprète à la guitare acoustique. Mais la différence est celle qui sépare un bon d'un excellent titre, les cordes soyeuses intégrées aux arrangements ne s'harmonisant pas idéalement à la couleur folk du morceau. "La vie continuera" se déploie sur un rythme balancé que martèlent les palmas, ce qui évoque encore une fois le style de Mazzy Star dans son premier album. A noter le choix judicieux des choeurs qui confèrent à l'ensemble une agréable note sixties.

Le reste de l'album ne parvient pas davantage à vraiment emporter l'adhésion, la faute principalement à des compositions plutôt moyennes comme "Cet air étrange", "Un merveilleux été", "Sur la terre comme au ciel".

D'atouts, L'invitation n'en manque pas pour autant, et ils sont de taille, à commencer par les textes d'Etienne DAHO, finement ciselés au point de flirter dans "Les fleurs de l'interdit" avec le style poétique du poète Ronsard voire avec la plume de Baudelaire dont il partage le goût pour l'érotisme noir aux accents vaguement sulfureux. Le chanteur demeure un grand interprète du désir, le désir naissant comme agonisant, virant à l'obsession, envahissant et aliénant et, à force de sonder les mêmes thèmes, est parvenu au point culminant de son écriture, d'une très grande maîtrise sans jamais sombrer dans la démonstration prétentieuse.
Ce neuvième opus ne s'élèverait donc pas au-dessus de l'anecdotique sans les paroles d'Etienne, mais surtout sans les deux merveilles cachées de l'album : "Boulevard des Capucines" et "Cap Falcone", deux ballades parmi les plus belles de sa carrière où le chanteur se livre comme jamais auparavant.

"Boulevard des Capucines" se présente comme une lettre que le père d'Etienne adresse à son fils qu'il a abandonné à l'âge de six ans. Sa force exceptionnelle, le texte ne la tire pas tant de la confession que nous livre le chanteur abordant pour la seule et unique fois de sa discographie le traumatisme lié à l'abandon paternel, plutôt qu'à la douceur bouleversante du chant. Etienne DAHO s'est toujours méfié des épanchements, il déteste par-dessus tout les chansons lacrymales et le sujet de "Boulevard des Capucines" aurait pu laisser craindre justement l'étalage du pathos, la haine et la rancoeur d'un homme à l'encontre du père démissionnaire. C'est tout le contraire qui se produit ici, la chanson s'offrant comme un abandon au pardon, non le pardon d'Etienne à son père, mais l'inverse, celui du père au fils. Le chanteur a puisé en lui la force, pour ne point dire la grâce, d'épouser le point de vue du père en imaginant la lettre que ce dernier aurait pu lui adresser pour tenter de regagner son amour. En 1986, le père d'Etienne est venu voir son fils à l'Olympia après une absence de plusieurs décennies, mais n'a pu lui parler dans sa loge après le concert, le fils ayant refusé de le rencontrer. Cette chanson offre au père une ultime chance pour reconquérir le fils. Et il s'y produit un phénomène rare, celui de la résilience, quand le patient lui-même au cours de sa psychanalyse puise en lui des ressources psychiques inattendues pour résoudre tout seul sa problématique. C'est ce qui se passe ici : Etienne DAHO, en épousant le point de vue paternel, se délivre enfin de sa rancoeur et lui accorde son pardon. Le chant minimaliste trouve le canal idéal pour faire résonner la force des mots, l'émotion naissant de ces derniers et non pas forcément de la mélodie réduite ici à sa plus simple expression, ce qui n'est pas, loin s'en faut, la moindre de ses qualités.

"Cap Falcone", ballade nostalgique empreinte d'une émotion gracile, a moins retenu l'attention des médias qui, focalisés sur la confession d'Etienne à son père, n'ont eu de cesse d'interroger le chanteur sur cette relation, obnubilés sont-ils par l'étalage de l'intimité sur la voie publique. Pourtant, "Cap Falcone", en dépit de son texte plus éthéré, moins immédiatement "impudique", touche la corde sensible comme aucune autre chanson d'Etienne, exceptée "Des heures hindoues". Le titre de cette envoûtante chanson, d'une délicatesse infinie, évoque ce coin de paradis perdu où l'enfant Daho passait ses vacances chez ses tantes en Algérie, à quelques kilomètres d'Oran. Le chanteur a conservé de cette ville balnéaire des souvenirs magiques qu'il transporte avec lui comme l'alcôve de son refuge personnel, une image de son Eden privé. Il n'a jamais voulu revenir à Cap Falcone pour ne point courir le risque d'altérer la beauté de la mémoire, pour ne point ternir un pan préservé de sa mythologie portative. Les mots qu'il couche sur le papier pour évoquer ce lieu de son enfance se focalisent davantage sur les sensations tactiles et les couleurs, comme autant de taches mouvantes imprimées sur la rétine. Dans ce très beau texte, peut-être son plus poétique, l'artiste déploie un art pictural inédit. Il s'y présente comme le "voyageur égaré, sans passé et sans route tracée, détourné" qui revient sur les lieux de son enfance, aux heures extrêmes de la journée, l'aube ou le crépuscule, juste après "les orages de l'été", "sous les pluies torrentielles". La mélodie vocale, d'une douceur languide, trouve son épanouissement dans le chant d'Etienne, d'une justesse bouleversante, sans-doute sa plus belle performance, d'autant plus saisissante qu'elle demeure discrète, sans effet appuyé, sans pathos aucun, simple et belle, d'une beauté aussi fragile que le ciel nettoyé d'après l'orage diluvien de la magnifique pochette, photo prise juste après l'écriture de "Boulevard des Capucines", lorsque le chanteur, rasséréné et réconcilié avec l'image paternelle, est sorti face à la mer d'Ibiza, pour se remplir du ciel extatique lessivé de ses lourds nuages, une image de la grâce : un moment rare, comme celui de cette ultime chanson, ballade intemporelle comme on en compose qu'une dans sa vie.

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   AIGLE BLANC

 
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- Etienne Daho (chant)
- Philippe Entressangle (batterie, percussions)
- Xavier Géronimi (guitare)
- Edith Fambuena (guitares acoustiques, programmation, choeurs)
- Marcello Giuliani (basse,choeurs)
- Erixc Gaultier (sax baryton et alto)
- Thomas Henning (trombone)
- David Whitaker (chef d'orchestre)
- Bruno Endgenguelle (choeurs)
- Ange Fandoh (choeurs)
- Joby Smith (choeurs)


1. L'invitation
2. Cet Air étrange
3. Obsession
4. L'adorer
5. Les Fleurs De L'interdit
6. Boulevard Des Capucines
7. Toi, Jamais Toujours
8. Un Merveilleux été
9. Sur La Terre Comme Au Ciel
10. La Vie Continuera
11. Cap Falcon



             



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