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Jacques HIGELIN - Higelin à Mogador (1981)
Par MARCO STIVELL le 20 Novembre 2010          Consultée 3422 fois

Parler de chanson française aujourd'hui n'est pas chose aisée. Il y a tous ces artistes qui regardent avec crainte au-dessus de leur tête pour voir si ce bon vieux Damoclès ne lâche pas son épée sur leur tête, qui se traînent tel un boulet le sempiternel refrain, à savoir "il n'ont rien inventé, et puis est-ce qu'on parlera d'eux dans vingt, trente, cinquante ans ?" Des artistes qui ne demandent pas forcément à ce qu'on les cite pour référence, et qui n'ont tout simplement pas la prétention de vouloir innover à tout prix. D'ailleurs, même s'ils le faisaient, est-ce qu'on en parlerait avec autant de respect que des Brel, Brassens, Ferré... Higelin ? Ceux-là, dirons-nous ont eu la chance de naître alors que tout était à faire, et d'avoir gagné immédiatement le respect de tout un public, pas forcément le même pour tous. Mais est-ce qu'on se demandait à l'époque si on en parlerait encore après tout ce temps passé ? Non. On écoutait, on en discutait, mais on ne comparait pas, et on ne pensait pas à l'avenir. Chaque nouvelle production sortait, on aimait ou pas, on suivait l'artiste ou on le lâchait, mais on ne se posait pas trop de questions quant à une prétendue longévité. Ou alors on le faisait beaucoup moins qu'aujourd'hui. Il faut surtout reconnaître que c'est un tort de vouloir comparer tout le temps, et c'est ce détail qui fait qu'il est toujours difficile de parler de chanson française. Aussi bien quand on s'appelle Higelin qu'Hysteria (de son prénom Mass... Ok ok je sors), il est déjà suffisamment complexe de parler de la musique, alors si en plus on en rajoute...

Oui, parler de la musique de Jacques Higelin est complexe. Pour certains artistes, ça l'est plus que d'autres, Higelin en fait partie, et ce n'est pas une bête comparaison superficielle, c'est tout simplement naturel. Quand monsieur Tête en l'Air débarque en 1981, son triple live (double CD) enregistré à l'aube de l'année 1981 au Théâtre Mogador sous le bras, avec son armada de musiciens, après un tout juste petit silence qui a suivi le déjà double et copieux Champagne Pour Tout le Monde / Caviar Pour les Autres, désolé de le dire mais on a un petit peu la pression. Malgré l'écoute de certains disques, et notamment des lives (ceux des années 80, il en aura presque plus fait que des albums studio) alors que l'on est plus néophyte que réellement fan et que les choses font que cela restera ainsi, on se pose tout un tas de question. Est-ce que ce que je vais dire sera pertinent ? Vais-je en dire trop, ou pas assez ? Comment chasser le superficiel, le distinguer du réellement essentiel ?

Visiblement, le grand Jacques ne se les est pas posées lui. Ce qui l'intéresse, c'est de retranscrire toute la magie, si l'on peut dire, de sa première prestation live immortalisée. Du coup il se déchaîne, il en fait beaucoup, parfois trop, et les musiciens rentrent pleinement dans son délire. Ce qui donne lieu à un triple LP, avec des versions rallongées de chansons diverses, mais pratiquement toutes habitées d'une même certaine fièvre. On commence "gentiment" avec un piano-voix pour s'échauffer et mettre le public en bouche. Les percussions viennent se poser tranquillement, jusque là tout va bien. Déjà cependant et bien que faisant participer le public, Jacques ressent le besoin de parler plus qu'il ne chante, et si ça vous n'aimez pas, vous pouvez d'office passer votre chemin. Après le léger et amusant "Hold Tight" où l'accent américain sudiste genre texan des grandes plaines est caricaturé à l'extrême, on passe aux "suburbs" avec le "Banlieue Boogie Blues", où tous les musiciens rentrent, on peut le dire en force. Rythmique fort à-propos, cuivres chauds bouillants, voilà qui finit de nous plonger définitivement dans l'ambiance globale de ce live à Mogador.

Jacques Higelin est ici entouré de certains musiciens célèbres comme le guitariste anglais Mickey Finn et d'autres plus "terroir français" moins connus mais qui le sont surtout dans le coeur des fans de monsieur Tête en l'Air, à commencer par les frères Guillard, Franck Wuytz, le percussionniste Dominique Mahut et maître Michel Santangeli, que je considère comme notre meilleur batteur national. Ils sont d'ailleurs deux ici la batterie, et si je n'ai jamais éprouvé le besoin de remettre en cause l'utilité d'un musicien dans un spectre sonore quelconque, il faut reconnaître qu'ici le doublage n'est pas franchement évident à reconnaître en dehors de sa mention dans les crédits. A part peut-être sur les moments les plus rock, et encore... Jacques Higelin dit en riant qu'ils avaient les moyens pour ça, mais bien que l'enregistrement soit de très bonne qualité, on regrette un peu que l'accent n'ait pas été plus mis sur ce détail. On remarque enfin la présence d'un violoncelle, ce qui peut sembler bizarre au milieu d'un groupe très rock, mais il faut préciser que l'instrument est électrique. Hé oui, Higelin le faisait bien avant les Rita Mitsouko !

Au programme, beaucoup de musicalité, du simple blues à des moments d'une fièvre intense sur les impros, à commencer par "Géant Jones", "Mama Nouvelle Orléans", ainsi que la majorité des géniaux "Le Minimum" et "Paris New York, New York Paris" qui représente l'apothéose du live, mais aussi donc pas mal de choses délirantes du côté des textes. Comme je l'ai dit plus haut, Jacques en fait beaucoup, parfois trop. C'est particulièrement flagrant sur "Je Veux Cette Fille", avec cette histoire érotico-crûement-dégueulasse qui n'en finit plus et qui donne pratiquement à chaque fois l'envie de couper le disque avant sa fin. Avant que j'en arrive à dire ça, il en faut... A l'inverse, on trouvera un joli morceau comme "Irradie" (chanté) presque trop court, alors qu'il fait quand même près de sept minutes. Mais c'est ce qu'on peut appeler la magie des rappels. Pour le reste, à moins d'être fan d'Higelin et donc quelque part plus habitué à toutes ces impros et ces débordements, le live à Mogador pourra paraître copieux, très très très copieux, et même peut-être un peu pénible (le milieu de "Je Veux Cette Fille", qui sans vouloir m'acharner reste une véritable épreuve, ce qui vaut le coup d'être souligné avec de gros traits).

Reste aussi malgré tout la joie d'aborder un grand artiste de par une vision d'ensemble "résumée" (relativement...), et sur le terrain où il s'en sort le mieux : la scène. Michel Santangeli me l'a bien dit : Higelin est le plus grand showman français. Ce qui fait que même si l'on n'a ici que la partie audio, on peut facilement "voir" les images de ce qu'a pu être le concert, voire râler de ne pas les avoir eues en plus...

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   MARCO STIVELL

 
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- Jacques Higelin (chant, piano, guitare, korg)
- Simon Boissezon (guitare)
- Miky Finn (guitare)
- Noeman Kerr (basse)
- Micheäl Suchorsky (batterie)
- Michel Santangeli (batterie, choeurs)
- Alain Guillard (saxophone)
- Yvon Guillard (trompette, saxo)
- Denis Van Hecke (violoncelle, choeurs)
- Franck Wuyts (piano, clavinette, orgue, fend)
- Mahut (percussions)


1. Hold Tight
2. Banlieue Boogie Blues
3. Mona Lisa Klaxon
4. Mama Nouvelle Orléans
5. Je Veux Cette Fille

1. Le Minimum
2. Tête En L'air
3. Géant Jones
4. Présentation Des Musiciens
5. Irradié
6. Paris New York, New York Paris



             



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