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Ann PEEBLES - Call Me (1989)
Par LE KINGBEE le 3 Décembre 2019          Consultée 107 fois

Onze longues années séparent « The Handwritting Is On The Wall » de « Call Me », huitième album studio de la native de Saint Louis. Si beaucoup d’eau a coulé dans le monde de la musique, c’est une vague impressionnante, le Disco, qui a totalement bouleversé la donne et par conséquent l’industrie du disque. Entre 1975 et 1979, une ribambelle de représentants de la Soul et plus généralement de musique noire s’est retrouvée sur le carreau.

Depuis son dernier disque, un échec commercial cuisant, Ann Peebles a regagné ses pénates de Saint Louis en compagnie de son mari Don Bryant. Willie Mitchell, producteur, arrangeur, patron du label Hi Records et grand artisan du Memphis Sound, débordé par la déferlante Disco, a revendu son label à Cream, une compagnie californienne. Le départ d’Al GREEN, changeant de casaque pour revenir au Gospel, a également été déterminant dans la vente du label Hi.
Devenu riche, Poppa Willie est contacté par l’éminent Albert Grossman, ancien impresario de Janis JOPLIN et Bob DYLAN, afin de produire quelques-unes de ses têtes d’affiche (Paul BUTTERFIELD, Jesse Winchester). Songwriter prolifique, il compose pour des artistes aussi variés que Rita Coolidge, Tina TURNER, Randy Crawford, Orange Juice et The DOOBIE BROTHERS. Au début des eighties, le père Willie qui n’avait rien enregistré sous son blaze depuis huit ans enregistre même « Willie, Willie, Willie », album dans lequel il se mettait en scène, secondé alors par le gratin de la Soul (Erma Shaw, Andrew Love, Ben Cauley, Wayne Jackson, sans oublier James, son frangin, et Archie Turner, son beau-fils).

Vous l’aurez copris en lisant ces succinctes lignes, Willie Mitchell a de l’argent, du temps et la passion est toujours là. En 1983, notre bonhomme fonde un nouveau label Waylo Records. En 1989, le producteur qui a publié quelques disques de Lynn White et du groupe Lanier & Co sans grand succès reprend contact avec son ancienne égérie. Ann Peebles a quitté les studios afin de se consacrer à sa famille. Elle bosse dans un centre d’entraide social et chante occasionnellement avec son mari dans leur paroisse. Peebles n’est cependant pas restée inactive. Avec Don, elle a fondé Faith Records, une petite maison de disques dédiée au Gospel, Don Bryant ayant troqué ses costumes de chanteur de Soul contre une soutane noire et un beau col blanc.

Mitchell n’a aucun mal à convaincre la chanteuse à faire son retour au Royal Studio de Memphis, il existe une très forte affiliation entre Ann, le producteur et certains musiciens du terroir. Mitchell a composé ou coécrit pas moins de cinq nouvelles chansons, les quatre autres proviennent d’auteurs de Memphis comme Billy Always ou le fidèle Earl Randle.
A l’écoute de Call Me, titre d’ouverture donnant son nom à l’album, on se demande si la chanteuse n’est pas tombée dans un traquenard. La sonorité très synthétique et moderne est frappante, les baguettes d’Howard Grimes ou d’Al Jackson ont été remplacées par une boîte à rythmes et un programmateur s’orientant vers une combinaison de Disco Soul assez décevante. Avec « Buckle Up », on se dit que le disque s’engage sur une voie beaucoup trop moderne, ne sachant pas trop sur quel pied danser, oscillant entre Disco et une Soul eighties sans saveur. Et puis, on réécoute le titre encore et encore et on finit par admettre que sans la batterie synthétique le titre aurait de la gueule, d’autant qu’Ann Peebles diffuse un bon magnétisme renforcé par un bon passage de sax.
Petit moment de douceur avec « Didn’t We Do It » sur lequel la boîte à rythmes faisant office de batterie s’avère moins polluante. On retrouve deux compositions d’Earl Randle, auteur attitré de la maison Hi : « Your Well’s Gone Dry », un instrumental popularisé par les Crusaders qui prend ici de l’ampleur via la voix d’Ann Peebles. Un vrai titre de Southern Soul avec une guitare qui se fait plus tranchante. Second emprunt au fidèle Earl Randle avec « I Won’t Let Your Heart Roam » qui, s’il s’insère plus ou moins bien dans l’album, ne restera pas dans les annales.
Le chant prend toute sa dimension sur le lancinant « One Bad Turn », un vrai titre de Deep Soul qui rappelle les années d’or de la Soul de Memphis. Cette fois encore, la boîte à rythmes se fait moins voyante. Le rythme ralentit encore sur « If You’re Going To Leave » et on se dit que c’est avec les ballades reposant sur des tempos indolents que Peebles se montre à son meilleur niveau, la modernité et le synthétisme y étant nettement moins présents. Si « I Like A Man » n’a pas la force de « I Didn’t Take Your Man », la chanteuse se fait assez persuasive pour nous convaincre. Enfin, « I Found Somedy New » aurait probablement fait son effet s’il avait été joué par l’Allman Brothers Band, mais l’accompagnement donne l’impression de ne pas savoir où se situer, hésitant entre Soul sixties et une Soul plus contemporaine sans consistance.

Alors, si les claviers de Lester Snell, ancien équipier d’Isaac HAYES, d’Inez Foxx, la basse de Jimmi Kinnard (ex Bar-Kays et Al Green) et la guitare d’Emory Smith n’ont pas grand-chose à se rapprocher, les diverses batteries et boites à froufrou d’Archie Mitchell se révèlent bien envahissantes et gâchent à elles seules un bon tiers des neuf titres. Il arrive parfois que la modernité prenne le pas sur le feeling et devienne une posture, volontaire ou non. Malgré trois excellents titres, un disque inférieur à ses prédécesseurs. Dernière chose, cet album est paru avec deux pochettes différentes, l’une où la chanteuse est allongée sur un divan et celle-ci, plus agréable à nos yeux.

Note réelle 2,5.

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- Ann Peebles (chant)
- Emory Smith (guitare 1-2-3-4-6-7-9)
- Thomas Bingham (guitare 5)
- Lawrence Harper (batterie 5-8, guitare 8, basse 8, claviers8)
- Jimmi Kinnard (basse 1-2-3-4-5-6-7-9)
- Lester Snell (claviers 1-2-3-4-6-7-9)
- Tony Thomas (claviers 9)
- Archie Mitchell (drum programs 1-2-3-4-6-7-9)
- Charlie Chalmers (saxophone 2)


1. Call Me
2. Buckle Up
3. Didn't We Do It
4. Your Well's Gone Dry
5. One Bad Turn
6. I Found Somebody New
7. If You're Going To Leave
8. I Like A Man
9. I Won't Let Your Heart Roam



             



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