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 Art Zoyd (454)

ART ZOYD - Berlin (1987)
Par ONCLE VIANDE le 4 Mai 2007          Consultée 2762 fois

Avec « Berlin », Art Zoyd change de musique et entre dans sa seconde période. Cette formation hexagonale, qui s’affirma comme la plus digne héritière de Magma, proposa une musique de chambre pervertie, empruntant sa pugnacité au rock mais conservant l’exigence et l’instrumentation propre aux petits effectifs classiques ; démarche dont ses quatre premiers opus restent les plus fidèles ambassadeurs. Un album s’en suivit, « Les espaces inquiets » en 1983, qui élargit l’horizon du groupe en intégrant orgue, synthétiseurs, boîtes à rythme et samples. Le disque enregistré pour le ballet de Roland Petit en 1985, « Mariage du ciel et de l’enfer », fut l’occasion de donner un nouveau coup de boutoir dans sa musique en confiant à l’électronique un rôle grandissant. Néanmoins, ce disque gardait les traits du Art Zoyd première manière, l’instrumentation de chambre dictant encore le mode de création. Avec « Berlin », le grand coup de torchon est donné, et le groupe ne sonnera plus jamais comme avant. Pianos, trompette, violon et violoncelle sont toujours présents, mais c’est désormais l’informatique qui mène la danse. Le travail de Gérard Hourbette et Thierry Zaboitzeff prend alors d’autres directions : la recherche systématique de sons nouveaux appliqués à toutes les composantes de la musique : mélodies, arrangements, basses et percussions emploient des sonorités inouïes, souvent désincarnées, tel le synthétiseur vocal, un peu vieilli aujourd’hui mais très en vogue en ce milieu de décennie.
Ces nouvelles technologies bouleverseront également le processus créatif des musiciens, en particulier Gérard Hourbette qui abandonnera l’écriture académique pour exploiter les possibilités infinies de la programmation et de l’échantillonnage. Les phases répétitives et les arrangements glacés peuvent paraître minimalistes au premier abord, voire simplistes, mais quelques écoutes suffisent à révéler une profondeur certaine ; une science de l’entrelacs sonore, immédiatement séduisante et porteuse d’un pouvoir hypnotique inédit.
Le partage des rôles est toujours aussi limpide : à Hourbette la facette froide, implacable et abstraite, à Zaboitzeff la facette mélodique, expressive et passionnée, plus « rock » oserais-je dire, plus rassurante aussi.
Gérard Hourbette nous assène d’emblée un « Epithalame » survolté, longue plage qui se développe par la superposition de motifs répétitifs. Malgré ses accents techno évidents, cette pièce doit beaucoup aux travaux de Phil Glass, tout en s’en émancipant aisément. Puis trois « petites messes à l’usage des pharmaciens », miniatures inquiétantes, tournées vers un passé étrange, plus flou que vraiment malsain.
Les trois titres de Thierry Zaboitzeff puisent dans l’univers de « Macbeth » de William Shakespeare et font de « Berlin » une sorte de demi album concept. Ces pièces utilisent des textes de l’auteur, grande première dans une musique qui avait jusque là conservé son caractère instrumental. Point de chant ici, mais des voix éructées, moribondes ou diaboliques, Zheul à souhait, perpétuant la tradition « topienne » de Magma (« Ork Alarm » et « De futura »). Si « Baboon’s blood » et « Unsex me here » confirment son intérêt pour les titres carrés ou robotiques, « A drum, a drum » restera le plat de résistance du disque, l’inclassable des inclassables. Ni répétitif, ni classique, ni rock, ni électronique, et en même temps tout à la fois ; la plus belle illustration du caractère fondamentalement nouveau de cette musique de synthèse.
Le groupe profite de son assise électronique pour diversifier son champ sonore : percussions, cornemuse, bruitages divers, et toujours les cloches et les orgues, péché mignon art zoydien, tellement riches d’évocation et de symboles.
Art Zoyd évite l’écueil du formattage lié à l’emploi d’une technologie désormais universelle, et exploite chaque élément avec une oreille fraîche, osant les contre emplois, aboutissant à un langage à part entière, rénové de fond en comble, farouchement expérimental mais jamais complexe, encore moins intellectuel. Mélodies simples, rythmes binaires et sons envoûtants en garantissent la grande accessibilité. Autant de procédés radicaux qui rendent « Berlin » inclassable et coupé de tout autre courant électronique. Un Kraftwerk noir et expressionniste, tourné vers le passé par ses climats, vers l’avenir par sa manière, et toujours soucieux de préserver son classicisme.
A mesure qu’elle devient plus sombre et atmosphérique, la musique d’Art Zoyd se fait moins formelle et se charge d’images : clochers, beffrois, officines, gargouilles et scènes impies traversent ce disque. Une ambiance qui n’est pas sans évoquer certains jeux de rôles ou certains jeux vidéo de l'époque, notamment le fameux « Alone in the dark », dont la musique doit beaucoup à la production présentée ici (on retrouvera des sons de « Berlin » dans la musique du jeu ainsi que dans ses suites).
Toujours aussi fou et biz(art)oyd aujourd’hui, comme le prouve « Le champs des larmes » paru en 2006, Art Zoyd offre, à qui ose s’y aventurer, les délices obscurs d’un univers aussi sensuel qu’effrayant. Un monde parallèle, dont « Berlin » est sans conteste le portail cosmique le plus recommandé.

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   ONCLE VIANDE

 
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- Patricia Dallio (pianos, claviers)
- Gérard Hourbette (violon alto, violon, pianos, claviers, percussion)
- André Mergenthaler (violoncelle, sax alto, chant grave)
- Thierry Zaboitzeff (violoncelle, basse électrique, chant, électroacous)


1. Epithalame
2. Baboon’s Blood
3. Petite Messe à L’usage Des Pharmaciens – Offertoir
4. Petite Messe à L’usage Des Pharmaciens – Kyrie
5. A Drum, A Drum
6. Petite Messe à L’usage Des Pharmaciens – Introït
7. Unsex Me Here



             



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