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BARBARA - Ma Plus Belle Histoire D'amour (1967)
Par MARCO STIVELL le 26 Juillet 2021          Consultée 808 fois

Entre fin 1966 et début 67, BARBARA est la tête d'affiche de la salle Bobino, théâtre de la chanson rive gauche, non loin de la gare Montparnasse, dans le 14ème arrondissement de Paris. Cette période débutée en 1965 est illustrée hors-scène par le troisième album publié chez Philips, avec une photo de pochette qui demeure parmi les plus belles de l'artiste, que l'on doit au tchèque Libor Sir, et qui figure parmi une sélection de clichés plus naturels que les habituels réservés à BARBARA. Un livre qui les répertorie a été publié en 2013.

On aimerait que l'album soit au niveau de la pochette et du disque Barbara Chante Barbara de 1964, mais ce n'est hélas pas le cas. Pourtant, il y a là une très belle réalisation de ce qui garde la formule originelle voulue par la chanteuse : elle, sa voix, son piano ; une contrebasse (excellent Michel Gaudry) et un accordéon (Joss Baselli), plus rarement des cordes arrangées par Michel Colombier, voire une guitare. Musicalement, il n'y a d'ailleurs rien à redire, si ce n'est une légère uniformité du pas de valse sur la face B de l'album.

Puisqu'on parle de guitare, il y a un invité distingué sur ce disque, à savoir Georges MOUSTAKI, époque où le chanteur grec et égyptien d'origine n'avait pas encore forcément la barbe de pâtre ni les cheveux longs. Avant le succès phénoménal du "Métèque" arrivé à point nommé en 1968 et avec l'ère hippie en France, le troubadour, qui a été compagnon temporaire d'Edith PIAF et lui avait au moins écrit "Milord", se rapproche de BARBARA. Les deux partagent une forte tendresse et l'expriment dans le duo "La dame brune".

Cette chanson est clairement à part, une ritournelle folk, légère et romantique, où la voix grave de MOUSTAKI côtoie celle, aiguë, de BARBARA, dans un élan commun de pureté. Agréable, le ton ne s'éloigne pas toutefois d'une gentillesse "simplette" et typique de la variété, sentiment renforcé par l'emploi du dialogue et des fredonnements à la fin. Les voix qui se marient bien et les arpèges méditerranéens à la guitare classique en font son principal attrait. MOUSTAKI avait à la base voulu offrir "La dame brune" à Serge REGGIANI, mais l'année suivante en 1967, il lui réserve de meilleures idées avec "Sarah" et "Ma liberté".

La galanterie se poursuit avec "Madame", réponse à une lettre où BARBARA emploie le vouvoiement, tandis que dans une veine très populaire et proche de BREL, on a "À chaque fois", au langage amoureux qui souhaite retrouver toujours la même passion. De même pour "Marie Chenevance", seule autre chanson du disque que BARBARA n'a pas écrite entièrement, les paroles étant signées de Jean-Loup Dabadie, débutant dans le domaine, mais qui fera aussi de belles choses pour Serge REGGIANI ("Le petit garçon" etc).

Dans un style plus contestataire, "Y aura du monde" voit la chanteuse employer l'humour et le cynisme en pointant du doigt le 'beau peuple' quand il cancane, y compris pendant un enterrement (le sien à elle) ; quant à ses proches, elle leur dit de ne pas souffrir car elle s'en va 'le cœur content'. Musique sautillante et légère, à laquelle on peut préférer celle des "Rapaces", chanson sœur sur le paraître des relations quotidiennes, parmi les meilleures prestations de BARBARA sur ce disque et qui rehausse un peu l'intérêt d'une seconde face bien moyenne. Autre tour de force de la chanteuse : "Parce que je t'aime" avec son rythme ternaire félin, ses contradictions, cette passion au diapason, chant d'abord doux puis rocailleux. Tout ça pour que, finalement, il est "mieux que tout s'arrête", alors que les soupirs et les sanglots de la voix disent le contraire.

Et puis, il y a "Au cœur de la nuit", pierre angulaire comme l'a été "Nantes", chanson difficile pour BARBARA qui ne la chantera plus jamais en concert, passées les premières tentatives sur scène. Il est question du viol par son défunt père, lorsqu'elle avait dix ans. "J'ai gardé le secret de cette longue nuit sans lune", dit-elle. La petite fille s'endort au son doux d'un piano à trois temps, précédé par un accordéon lumineux, enfantin, si étrange à la fois pourtant. Début calme, troublé par le réveil en pleine nuit, un "bruissement d'ailes" (mais pas encore celui de l'aigle noir) lui passe sur le visage.

Le tout devient imagé, la forêt profonde, la guitare classique, les roulements d'un piano schubertien. Et au moment de l'irréparable, la Dame en noir se reprend, se réveille à nouveau directement bien plus tard quand son père l'appelle près d'elle alors qu'il est mourant. Une fois de plus, comme "Nantes" le pardon tend à effacer le reste. Au cœur de l'album, c'est un autre monde, une très grande chanson, tellement à part elle aussi !

Quant à celle qui donne souvent son nom au disque, c'est pour une raison particulière bien différente. On peut croire de prime abord que BARBARA parle de ses flirts, de ses amants. 'Je ne fus pas sage et mes guerriers de passage, à peine vus et déjà disparus...' En réalité, c'est à son public qu'elle s'adresse ; sa plus belle histoire d'amour, c'est lui. Elle le dit si bien, si simplement que cette déclaration reste dans les esprits comme étendard de l'artiste.

Elle a été faite avant que BARBARA ne puisse se faire oublier, sauf qu'elle n'est jamais parvenue à se faire oublier, ni de son vivant, ni après. C'est un symbole, qui plus est orné d'une jolie mélodie, de très beaux arrangements : l'accordéon de Baselli, la contrebasse de Gaudry qui part dans les aiguës à la fin, les cordes de Michel Colombier qui s'est fait connaître grâce à Pierre HENRY, Serge GAINSBOURG, et que l'on retrouve par la suite souvent aux côtés de grands noms de la chanson française.

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   MARCO STIVELL

 
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- Barbara (chant, piano)
- Michel Gaudry (contrebasse)
- Joss Baselli (accordéon)
- Michel Colombier (arrangements)
- Georges Moustaki (chant, guitare classique)


1. Parce Que Je T'aime
2. Y Aura Du Monde
3. La Dame Brune
4. Au Coeur De La Nuit
5. Ma Plus Belle Histoire D'amour
6. Marie Chenevance
7. À Chaque Fois
8. Madame
9. Les Rapaces



             



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