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BARBARA - La Fleur D'amour (1972)
Par MARCO STIVELL le 23 Août 2021          Consultée 754 fois

J'adore cette pochette, tout comme celle de 1967 ; on doit ainsi l'une des plus belles photos de BARBARA cette fois au photographe Claude Picasso, fils de Pablo Picasso et de Françoise Gilot, qui a préféré le huitième art au troisième dont ses parents ont été grandes figures.

Et j'adore ce disque de BARBARA, premier d'une époque moins connue de la Dame, où les productions discographiques s'étiolent et se font rare sur les vingt-cinq prochaines années, jusqu'à sa mort, sans chansons fortes que l'on retient aussi bien que celles des années 60. Toutefois, des trésors il y en a, la preuve en mots et en notes.

Michel Colombier est toujours préposé aux arrangements, et on sent encore un net progrès par rapport à l'album précédent. En outre, La Fleur d'Amour ne comporte pratiquement pas de temps mort et se révèle homogène d'un bout à l'autre, ce qui ne fait qu'ajouter à la valeur des chansons. Deux d'entre elles sont particulièrement remarquables et placées en début de chaque face ; ce sont aussi les deux du disque que BARBARA a co-écrit avec Roland Romanelli.

"La fleur, la source et l'amour" dure quatre minutes quarante-cinq, et demeure un bonheur absolu, un sommet autant textuel que musical pour BARBARA. Les paroles sont contemplatives avec leurs peintures naturelles et passionnées dans un premier temps, puis dès le milieu du morceau et après l'explosion de la grenade, la chanteuse veut gommer l'apocalypse pour retrouver la nature, la fleur, la source et l'amour bien sûr. Avec douceur et entrain, elle mène une course folle musicale, placée entre jazz chaloupé (piano, percussions, batterie, orgue Hammond, pour le final cuivres inattendus) et ballade pour les refrains, effets de silence et monologue de la chanteuse en quelques phrases. Sublime, cette façon très engageante de commencer l'album, histoire entre simplicité et audace. Si c'est Romanelli lui-même qui joue du Hammond et du Mellotron, on ne peut que s'incliner devant la finesse qui imprègne le tout !

L'autre chanson où les deux esprits brillants se fondent, c'est "Vienne", autre description cette fois de la capitale historique de nuit en plein automne et où BARBARA marche pensivement, en manque de celui dont elle s'est séparée. Magique d'abord sur le plan vocal, avec de nouveau l'orgue et un piano électrique Rhodes tout en douceur, cette chanson donne des frissons et, comme "La fleur, la source et l'amour", laisse à penser que les années 70 de BARBARA vont être aussi riches en beauté d'ensemble qu'elles seront peu fournies en livraisons.

Autre morceau de choix pour confirmer ces dires : "Eglantine", qui du haut de ses six minutes, met en scène la fille-enfant qui nous conduit par la main dans la maison d'une grand-mère qu'elle a perdue et dont elle appelle le souvenir, avec une profonde tristesse. Le sentiment précieux et l'émotion vive sont une nouvelle fois entretenus par l'interprétation vocale, mais aussi l'orgue qui rythme le refrain et les cordes de Michel Colombier. Co-écrit avec Jean-Jacques DEBOUT, "C'est trop tard" entremêle les claviers, les laissant même seuls sur la fin, alors que BARBARA vient de nous 'asseoir' avec un texte moraliste dont elle a peu coutume, et pourtant très réaliste : la notion d'aller mettre des fleurs sur la tombe de morts alors qu'aucun contact ne se faisait de leur vivant.

Citons encore dans les nouveautés, "L'absinthe" où planent les fantômes de Verlaine et de Rimbaud, où une BARBARA amoureuse se laisse lentement griser et dépasser, ce qui se ressent dans la fragilité vocale. Quand elle réalise cet 'exercice', cette forme de roue libre sans verbiage ni trop d'intentions folles dans ces années-là (par rapport à dix ans avant), c'est une réussite, même en dehors de "L'aigle noir". Sans oublier l'accordéon très fin de Romanelli ! Sur "L'indien" également, la chanteuse est débordée par sa passion, devant le fantasme d'un idéal masculin, sur fond de jazz sensuel et de cuivres qui sont décidément la marque de fabrique pour ce disque de 1972.

On les retrouve d'ailleurs sur l'un des deux repêchages comme l'avait fait le disque précédent déjà. "Les rapaces" était la dernière chanson du disque de 1967, un titre au vitriol et donnant le ton ici aux cuivres qui rythment de façon légère. L'autre titre, de 1965 cette fois, est "La solitude", petite merveille en piano-voix soigné, feutré, où l'accordéon comme les cordes jouent parfaitement leur rôle près de la Dame en noir, et que l'on est ravis de retrouver.

Un ou deux morceaux légèrement moins bons n'enlèvent rien à la qualité de ce très beau disque, recommandé pour qui souhaite découvrir BARBARA hors des grands succès, et plus tendre que jamais.

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   MARCO STIVELL

 
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- Barbara (chant, piano)
- Michel Colombier (arrangements)
- Roland Romanelli (accordéon, claviers)


1. La Fleur, La Source Et L'amour
2. L'indien
3. La Saisonneraie
4. Les Rapaces
5. La Solitude
6. Vienne
7. L'absinthe
8. C'est Trop Tard
9. Eglantine



             



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