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MORRISSEY - Kill Uncle (1991)
Par RICHARD le 14 Avril 2022          Consultée 201 fois

L'année 1988 pour MORRISSEY a été sans conteste dans sa très riche carrière une année charnière. Le Mancunien à houppette en sortant son premier album Viva Hate a pu se rendre compte qu'il y avait ainsi une vie après les SMITHS et que sa côte d'amour auprès d'un public épris d'une pop plutôt bien ficelée était totalement intacte. Son premier opus des plus prometteurs s'est en effet classé à la première place des charts anglais. Il a essayé ensuite durant ces quelques mois inconfortables émotionnellement de tourner définitivement la page des SMITHS avec plus ou moins de succès. Pour ce faire, est publié Rank, le live solide et contractuel d'un concert donné en octobre 1986 à Londres en pleine apothéose. Mais chassez le naturel, il revient toujours au galop. La page revient à son état initial. L'amitié, les souvenirs partagés sont parfois plus forts que l'amertume, du moins au début. La preuve ? Lorsqu'en décembre, MORRISSEY foule pour la première fois, après deux ans d'absence, la scène à Wolverhampton dans une hystérie totale, il est accompagné ni plus ni moins par Andy Rourke, Mike Joyce et Craig Gannon, trois anciens SMITHS. Une histoire sans fin ? Sans aucun doute.

MORRISSEY désire, en ces temps lointains et frénétiques, incontestablement occuper aussi le terrain. Ce dernier était artistique et pas encore que médiatique. Ainsi, dans l'attente d'un album, rien de mieux que de proposer des singles de valeur certaine qui, les années passant, en feront des classiques de son répertoire. Entre Viva Hate et Kill Uncle, le prolifique Anglais sort donc cinq singles. Cette boulimie créatrice a donné naissance par exemple à "The Last of the Famous International Playboys" qui est un hommage aux jumeaux KRAY, des gangsters londoniens des années 60, et un peu, il faut bien l'admettre, à lui-même. On retient de cette belle époque aussi le très clivant "November Spawned A Monster" qui traite pourtant sans pathos du handicap physique. A l'image de l'excellent et dynamique "Interesting Drug", la plume alerte du chanteur gratte toujours avec subtilité là où ça démange. Ces titres pop et variés, portés par cette superbe voix, s'éloignent sans conteste de l'identité et des canons des SMITHS. C'est une évidence, MORRISSEY, du moins en surface, ne fait plus vraiment cas de cet héritage pourtant essentiel. Comme un grand garçon, il semble enfin autonome.

Autonome, c'est ainsi qu'il se présente lorsque sort en mars 1991 Kill Uncle, un album qui surprend. Les aficionados d'arpège cristallin de guitare, de dynamique section rythmique seront légitimement déçus. MORRISSEY à travers ces dix titres a trouvé une forme d'harmonie et de paix intérieure qui concluent en douceur tous ces moments chaotiques. La tonalité générale, musicalement apaisée, s'en ressent naturellement. L'ensemble baigne dans une certaine léthargie qu'une oreille distraite prendrait volontiers pour de l'ennui. Est-ce le fait du nouveau compositeur Mark E NEVIN du groupe FAIRGROUND ATTRACTION qui situe son travail dans des ambiances volontiers plus intimistes ? Les seules exceptions à cette atmosphère grise sont les deux singles extraits de cet opus. "Our Franck" et "Sing Your Life" se distinguent en effet par un souffle certain, même si les belles guitares de Viva Hate ne sont plus qu'un lointain souvenir (que l'on pense au superbe "Hairdresser On Fire"). La basse dansante et le piano façon bastringue impulsent à "Our Franck" une entrée des plus énergiques tandis que l'esprit rockabilly de "Sing Your Life" rappelle que MORRISSEY a toujours un pied léger dans le présent et l'autre pesant dans le passé.

Pour le reste, c'est une tout autre affaire. Les morceaux sont moins directs, mais ils se rejoignent dans la qualité ciselée des atmosphères proposées. "Driving Your Girlfriend Home" est en ce sens remarquable. Cette ballade épurée et smithienne dans l'âme se voit enveloppée par de douce basse et batterie qui déclenchent rapidement la machine à émotions. Le violon profondément triste qui vient quant à lui soutenir le terrible "Asian Rut" relatant le meurtre d'un jeune asiatique enfonce un peu plus le clou. MORRISSEY en a assurément encore sous le pied pour serrer le cœur, sans pour autant user de grossières ficelles. Le Mancunien sur Kill Uncle se fait intimiste et c'est sans doute une raison qui fait que l'auditeur peut se sentir parfois mis de côté, comme il a souvent été dit. Le jazzy "King Leer", s'il surprend par sa chaleur plus prononcée en comparaison des autres titres, conforte encore un peu plus ici MORRISSEY dans ce rôle de crooner que l'on retrouvait aussi chez son ancien groupe. Le chanteur comme souvent fait totalement fi des modes. Le Madchester ne sera effectivement pas pour lui. "(I'm) the End of the Family Line" et "There's A Place In Hell For Me And My Friends" (90 points au scrabble) sont autant de bras d'honneur à l'Angleterre joyeuse et gorgée d'acides. Ces courts morceaux où s'expriment majoritairement une belle guitare tournoyante sur le premier et un simple piano sur le second se montrent brillants par leur dépouillement. Et la voix du Moz fait le reste, encore une fois.

Par son côté austère, Kill Uncle a de quoi dérouter. Comme pour un bon vin, il faut simplement laisser le temps lui permettre d'exhaler toutes ses saveurs. Même si MORRISSEY semble replié sur lui-même, comme absent, ces mots et ces notes sont ici l'expression partiellement réussie d'une pop bancale et fascinante.

Note réelle : 3,5/5

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   RICHARD

 
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- Morrissey (chant)
- Mark E. Nevin (guitare)
- Mark Bedford (basse)
- Andrew Paresi (batterie)
- Seamus Beaghen (claviers)
- Steven Heart (claviers)
- Nawazish Ali Khan (violon)
- Linder Sterling (chœurs)


1. Our Frank
2. Asian Rut
3. Sing Your Life
4. Mute Witness
5. King Leer
6. Found Found Found
7. Driving Your Girlfriend Home
8. The Harsh Truth Of The Camera Eye
9. (i'm) The End Of The Family Line
10. There's A Place In Hell For Me And My Friends



             



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