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- Style + Membre : Pat Metheny

PAT METHENY GROUP - Still Life Talking (1987)
Par ELK le 27 Octobre 2022          Consultée 389 fois

Deux ans et demi déjà depuis l’enregistrement de The first Circle, et Pat Metheny décide d’emmener au studio un groupe qui accueille, en remplacement et complément de Pédro Aznar en quête de projets personnels, trois nouveaux membres, chanteurs et multi-instrumentistes : le brésilien Armando Marcal, l’anglais David Blamires, et l’américain Mark Ledford. Entretemps, Pat a multiplié les rencontres musicales, les plus marquantes étant la production du fameux Song X avec Ornette Coleman, maître du free Jazz, sa participation au disque Encontros e despedidas du grand Milton Nascimento et celle au premier disque solo éponyme du fameux saxophoniste Michael Brecker.
Fort de ces expériences et d’une reconnaissance accrue de ses pairs et auditeurs, Pat décide de produire désormais lui-même ses œuvres. Il se libère de ECM et fonde la 'Pat Metheny Production Group' qui crée un produit fini avant de le proposer aux maisons de disques, Geffen en l’occurrence qui signe le groupe sans chercher à l’enfermer dans un genre particulier. Cette liberté permet à Pat d’envisager enfin les choses en grand : il veut cette fois apporter à un disque Jazz, dont les enregistrements durent en général à peine quelques jours, le soin et l’art du détail réservés jusqu’alors aux productions Pop. Son objectif est de créer une œuvre intemporelle, dont chaque écoute permettra à l’auditeur de découvrir quelque chose de nouveau.
Enregistré en deux mois, un record pour le genre, le disque se caractérise par la recherche permanente d’un équilibre entre musicalité et virtuosité, entre musique populaire et savante, et entre haut niveau d’exigence artistique et séduction du plus grand nombre. Pour parvenir à ses fins et trouver enfin l'alchimie parfaite après laquelle il court depuis le début du PAT METHENY GROUP, Pat se tourne résolument vers les sonorités et rythmes latins. Exit les influences country, rock-progressif ou Jazz-pop, le groupe regarde désormais vers l’Amérique latine, comme l’illustre la superbe pochette sur laquelle on devine au premier plan et légèrement flouté un enfant coiffé d’un bonnet péruvien.

Ne ménageons pas le suspens plus longtemps : Still Life Talking est une formidable réussite, une des créations pour lesquelles le terme de 'chef-d’œuvre' n’est pas galvaudé, tant elle concentre tous les acquis du groupe, son incroyable savoir-faire et sa virtuosité sans égale, alors que son inspiration est au sommet.
Tout commence avec les accords flottants de Lyle Mays au piano, bientôt rejoints par les voix, installant un climat serein et intrigant et une montée progressive de l’attente. Quand sur un rythme chaloupé, Pat Metheny attaque le thème de "Minuendo (six-eight)", nous sommes plongés au cœur d’une pièce fascinante et aérienne, faussement simple (voir la mesure indiquée dans le titre) et parfaitement lisible et entraînante, portée par l’impeccable rythmique de Steve Rodby et de Paul Wertico. Après un superbe solo de Pat, et la joie de retrouver son phrasé unique, doux et intense, et ses traits experts mais toujours emplis de musicalité, nous plongeons dans un break stupéfiant, digne des musiques classiques contemporaines les plus élaborées (Pat enregistrera d’ailleurs avec Steve REICH quelques mois après). Après cet incroyable temps fort, magnifiquement orchestré par Pat et Lyle, le morceau se termine par une reprise à pleine puissance guitare-voix du thème principal ; nous savons alors déjà que nous avons côtoyé l’exceptionnel.
La pièce suivante "So May It Secretly Begin" nous entraîne dans une ambiance sereine et mystérieuse, avec un superbe thème de guitare joué dans les graves et posé sur des rythmes et percussions brésiliennes. Le son de contrebasse est parfait, et Lyle attaque un chorus très inspiré en mode 'Jazz-club'. Pat relance le morceau par un solo joué 'out' et enchaîne de magnifiques traits parfaitement adaptés à l’ambiance musicale. La voix vient conclure ce formidable titre, un nouveau classique du P.M.G.
Et que dire de la suite, "Last Train Home", un morceau devenu célèbre tant il a été utilisé pour illustrer des images d’évasion et de voyage ? Le rythme trépidant, couplé à la lenteur des accords de Lyle et du superbe thème jouée par Pat à la guitare sitar, évoquent parfaitement un long voyage en train et le contraste entre la vélocité de la machine et la profondeur alanguie des pensées du voyageur.
La transition est assurée par "(It’s Just) Talk", nouvelle plongée dans un univers brésilien aux thème vocal et percussions et bruitages nous plongeant dans la nature sauvage. L’osmose rythmique du groupe est parfaite, avec une belle alternance des tempos et des points d’orgue multiples. Lyle engage un long solo empli de classe et de feeling Jazz, avant que les voix ne viennent joliment mettre un terme à ce beau voyage.
"Third Wind" est un nouveau sommet du disque. Il débute sur un rythme de samba endiablé accompagné par les accords flottants de Pat qui lance un magnifique thème caractéristique de son jeu, très élaboré et lyrique, soutenu par les voix. Et soudain, après 1’34 du morceau, le miracle se produit : l’orchestre s’arrête, et Pat se lance seul dans une incroyable saillie guitaristique, parfaite synthèse de son expressivité, de sa virtuosité et de son impeccable placement rythmique. Ces quelques secondes, et le fantastique solo qui s’ensuit sont entrés directement au panthéon des grands moments du Jazz. Le morceau se poursuit avec une belle mise en évidence des mélodies du trio vocal, du jeu de caisse claire de Paul Wertico et du sens harmonique et rythmique de Lyle Mays, avant que la guitare synthé de Pat ne s’empare de l’espace jusqu’au coda. Magistral !
"Distance" est une pièce instrumentale de transition concoctée par Lyle Mays : le crépuscule du disque quand les oiseaux de nuit s’éveillent et les ombres s’étendent. Ce titre est un parfait prélude à "In Her Family", un superbe retour au foyer à la mélodie profonde et mélancolique orchestrée par Lyle et Pat, bientôt rejoints par le groupe au complet qui démontre une dernière fois son homogénéité et son formidable sens narratif.

Que dire finalement de plus d'un tel disque ? Pat Metheny, à force de recherche, de rencontres et de travail acharné, a fini par trouver le graal, la formule magique après laquelle il courait depuis le début de sa carrière. La reconnaissance du public fut massive : rarement autant de fans de tous âges se précipitèrent pour écouter du Jazz, du moins une musique aussi élaborée et savante. Pour ceux qui eurent la chance de voir le groupe en concert à cette période (dont je fais partie), le souvenir en reste vivace tant leurs shows étaient éblouissants. Bien évidemment, Pat ne se reposera pas sur ces acquis et, tout en continuant avec le P.M.G. à creuser le sillon ouvert par Still Life Talking, il tournera son insatiable quête de découvertes vers d’autres projets tout aussi spectaculaires.

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- Pat Metheny (guitare acoustique et électrique, guitare synthéti)
- Lyle Mays (piano, claviers)
- Steve Rodby (basse électrique, contrebasse)
- Paul Wertico (batterie)
- Armando Marçal (percussions, voix)
- David Blamires (voix)
- Mark Ledford (voix)


1. Minuano (six-eight)
2. So May It Secretly Begin
3. Last Train Home
4. (it's Just) Talk
5. Third Wind
6. Distance
7. In Her Family



             



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