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VARIÉTÉ FRANÇAISE  |  STUDIO

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Claude NOUGARO - Pacifique (1989)
Par RAMON PEREZ le 31 Mars 2025          Consultée 150 fois

En France c’est la folie furieuse. "Nougayork" fait un malheur, Claude est redevenu une vedette. Et même une star. Il a le bon goût d’en profiter, mais la sagesse de sentir que cela n’a rien de normal ; ce n’est plus de son âge. Alors, assez vite, il aspire au calme. Et il se dit que le meilleur moyen de le trouver est sans doute de traverser à nouveau l’océan. Il s’installe cette fois à Los Angeles, face à l’autre océan. Ce Pacifique qui va lui inspirer une sérénité qui sera bientôt la matière première de l’album du même nom, ainsi que le suggère le bleu de la photo qui résume bien l’ambiance du disque : calme, lumineux, avec un habillage bien d’époque.

Nougayork était déjà allé assez loin dans le son du moment, son successeur fait encore un pas de plus. Un pas qui a tendance à me perdre. Je n’y peux rien, je déteste viscéralement le son des années 80. Ce dégueulis ignoble de claviers pouraves, de cuivres en plastiques, de batteries électroniques inqualifiables… Le tout servi avec une production écœurante, à croire qu’ils avaient perdu tous les autres potars que celui de la réverb. Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Cette question me laissera à jamais perplexe je pense. Seulement voilà, on y est. Et pas qu’un peu. En attendant que NIRVANA vienne sauver nos oreilles, il faut bien faire avec. Sur l’album d’avant il y avait une énergie, une vitalité, qui faisait passer plus facilement cette pilule. Mais, comme ici le geste se veut plus contemplatif, on a justement le temps de contempler. Malheureusement. Pacifique est sans doute l’album de NOUGARO que j’ai le plus de mal à écouter.

D’ailleurs, on en resterait à la première face qu’il se récolterait probablement la pire note tant il n’y a de prime abord pas grand-chose à sauver. Etant à LA, Claude s’est trouvé des complices d’un genre particulier : des français qui font leur beurre avec des musiques de films ou d’autres productions audiovisuelles. Or il devrait y avoir un gap entre un album de NOUGARO et une bande originale de téléfilm, mais cela ne saute pas précisément aux oreilles ici. Derrière cette première moitié d’album il y a un compositeur du nom de Claude Gaudette (il a finalement composé six titres et réalisé la moitié de l’album). Mis à part "Energie", c’est quand même assez plat. Je ne dis pas qu’il faut lui faire chanter La Traviata à chaque titre, mais quand on a un chanteur du calibre de NOUGARO c’est quand même dommage de lui refourguer des partitions aussi faibles mélodiquement.

Mais, et c’est la grande force de cet album, Pacifique a justement été pensé comme un album. Prises à part, ces premières chansons ont peu de sens. En les rapportant à ce qui suit, cela en a déjà beaucoup plus. Car, quelles que soient mes réserves sur le style, elles prennent le temps de nous installer dans ce jus. Et c’est ainsi que l’on peut particulièrement profiter de ce qui vient ensuite, quand on a visualisé tous les repères, qu’on les a bien en main. Et puis, n’exagérons rien, il y a quand même une vraie tendresse dans les deux chansons évoquant son amour pour Hélène ("Kiné" et "Quatre ou cinq jours"), une certaine efficacité dans "Los Angeles, Eldorado" (réplique west et low cost du gros tube made in NYC) et surtout un très bon morceau, qui est le deuxième, pour lequel l’intitulé parle de lui-même.

Toutefois c’est en retournant le vinyle que cela commence à devenir vraiment bon. Ca débute par un titre à la production certes putassière, mais dans lequel Claude retrouve sa vigueur avec un texte qui lui ressemble franchement. Cet hommage en terre étrangère à la langue française le met dans son élément, on sent qu’il s’amuse. Avec en petit bonus l’accent ricain des choristes à qui l’on fait dire "Vive l’alexandrin"… Délicieux ! Puis c’est l’entrée de celui qui à mon sens sauve véritablement le disque, à savoir Michel Colombier ; un cador. Il avait déjà croisé NOUGARO une vingtaine d’années avant (c’est lui qui avait entre autres orchestré l’iconique "Petit taureau"), on le retrouve à la composition de trois titres ainsi qu’à leur réalisation. On sent bien que c’est quelqu’un qui comprend bien plus intimement l’artiste qu’est le toulousain, sans doute car il est générationnellement plus proche et qu’il a connu un parcours comparable.

Pourtant le premier titre qu’il propose est loin d’être le plus évident. Notre chanteur arrive avec un texte qui fait la synthèse de son parcours, des Minimes à New York. C’est "Toulouse to win" que Colombier transforme en blues nocturne. Il y a tout dans ce morceau : des couleurs saisissantes, du groove, de l’ampleur, de l’ambition et même des détails comme cette subtile référence mélodique à l’hymne français. Et, surtout, il y a enfin une vraie batterie - ce qui change tout ! Parce que si le morceau reste dans le ton général de l’album, le fait de l’avoir correctement produit le transcende immédiatement. Il y a tellement peu d’exemples de morceaux typiquement eighties bien faits que d’en trouver un dans l’un de ses albums constitue à mon sens une marque supplémentaire de la grandeur de NOUGARO. Cette chanson, la plus longue du disque, en est de loin la meilleure et même l’une des meilleures de cette discographie.

Elle lance le feu d’artifice final avec ensuite une autre piste typiquement nougarienne par son onirisme ouvert au monde. "Le cri de Tarzan" fait penser à d’autres morceaux comme "Locomotive d’or" (auquel il fait d’ailleurs référence), avec pour cette fois un texte brutal sur le comportement de l’homme face à la nature et plus particulièrement aux animaux. Et puis, sans crier gare, la claque du disque. Les quelques innocentes notes introductives à l’orgue électrique semblent attendre quelque chose, mais certainement pas cet incipit : "Le bon Dieu, vous y croyez, vous ? Moi parfois pas beaucoup. Mais mon père y croyait ; alors, comme mon père est mort, je prie mon père". NOUGARO nous prend à contre-pied pour nous ajuster d’une chanson dans le cœur. Il n’a guère besoin de plus d’une minute pour devenir absolument bouleversant atteignant alors un état sublime, suspendu, où il nous achève par un dernier poème magnifiquement déclamé. "Stances à New York" se fait à la fois conclusion de toute cette épopée américaine et prélude à la suite, puisque c’est avec lui qu’il reprendra contact avec son public (voir Made in Nougaro). A la longue, ce Pacifique a calmé la fièvre ; il est temps de rentrer.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Pacifique
2. Énergie
3. Kiné
4. Los Angeles, Eldorado
5. Quatre Ou Cinq Jours
6. Vive L'alexandrin
7. Toulouse To Win
8. Le Cri De Tarzan
9. Toi Là-haut
10. Stances à New-york



             



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