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VANGELIS - El Greco (1998)
Par AIGLE BLANC le 2 Décembre 2015          Consultée 1217 fois

Plusieurs parutions sur disque portent le titre El Greco, toutes signées de VANGELIS. Eclaircissons un peu l'histoire de ces albums homonymes.

Le premier date de 1995 et s'intitule (dans sa traduction anglaise) A Tribute to El Greco. Il s'agit d'un album paru en tirage ultra-limité (3000 CD) et vendu exclusivement au bénéfice de la National Art Gallery et du musée Alexandros Soutzos d'Athènes, opération marketing censée aider ces deux musées à collecter des fonds en vue d'investir dans l'achat d'une toile du peintre Domenikos Theotokopoulos (alias El Greco) intitulée "St.Peter". Chaque CD au prix initial de 127 dollars portait la griffe de VANGELIS et affichait un unique numéro de série.

Trois ans plus tard, une édition officielle de cet album a vu le jour dans une version augmentée de trois pistes inédites : c'est la version qui intéresse ladite chronique.
Pour accroître encore la confusion, est sorti dans les salles grecques en 2007 un documentaire de Yannis Smaragdis, adaptation cinématographique de la biographie romancée "El Greco, le peintre de Dieu" de Dimitris Siatopoulos. Il a bénéficié en France d'une sortie officielle dans les salles en 2010. La Bande Originale de ce film en costumes est signée aussi de VANGELIS, mais n'a toujours pas eu l'honneur d'une édition discographique.

El Greco, l'album officiel de 1998, marque la fin d'une époque pour le compositeur grec dans la mesure où ses travaux postérieurs (à l'exception du concert Mythodea et de son hymne composé pour la coupe du monde de football en 2002) n'ont plus joui d'une diffusion à la mesure de la réputation internationale de l'artiste. Pour le grand public, dont je fais partie, El Greco et Mythodea sont en quelque sorte ses dernières créations en date. Bien sûr, il y a eu le CD3 du coffret paru à l'occasion des 25 ans de Blade Runner (2007) et qui contenait de nouvelles compositions inspirées du chef-d'oeuvre de Ridley Scott ainsi que la nouvelle version des Chariots de Feu que VANGELIS a composée pour une adaptation théâtrale du film de Hugh Hudson. Mais tout cela n'a guère remué les foules. C'est bien simple, aucune de ses musiques composées pour des documentaires récents n'a connu de publication.

Le caractère globalement sombre de El Greco éclabousse chaque minute de l'oeuvre en y projetant presqu'une ombre testamentaire. Bien que les sonorités déployées ici soient familières aux amateurs de la BO de 1492, leur palette s'avère si drastiquement réduite qu'il en ressort un ascétisme étonnant de la part du compositeur. Les couleurs sonores de El Greco, particulièrement limitées, risquent de rendre la première écoute du disque fort monotone. Ne pas approfondir cette écoute serait pourtant ne pas rendre justice à l'un des plus grands opus de VANGELIS.
Les beautés de El Greco ne s'offrent pas aisément : une fois n'est pas coutume, l'album ne contient quasiment pas de titre porteur facilement mémorisable, en un mot aucun tube de la trempe du "Main Theme" des Chariots de Feu ou du "Conquest of Paradise" de 1492.

Les 10 pistes enchaînées portent toutes le patronyme anonyme de "Movement". Si l'on excepte l'épilogue ("Movement X"), les "Movements I et IX" ouvrent et clôturent cette symphonie électronique par deux amples compositions aux lents développements mélodiques qui comptent parmi les plus grandes réussites de VANGELIS. Ne nous trompons pas : ce n'est pas la puissance que nous offrait le musicien à l'époque très emphatique de son célèbre Heaven & Hell (1975), opus spectaculaire certes, mais plombé par une volonté de démonstration un rien datée aujourd'hui. La manière de VANGELIS ici trouve sa pleine maturité, le juste équilibre entre le lyrisme échevelé dont il est coutumier et l'ascétisme inoculé par les passages ambient très nombreux et fort réussis. Plus besoin de sortir l'armada des percussions et des choeurs pour émouvoir. Dans les mouvements d'ouverture et de clôture de El Greco, les frissons suscités par la musique sont inversement proportionnels à la relative retenue des effets dramatiques déployés.

Il y a bien trois titres chantés, ou plutôt vocalisés (les "movements IV, VI et VII"), le premier par la soprano espagnole Montserrat CABALLE (la plus pop des cantatrices : rappelez-vous son duo avec Freddy MERCURY et surtout sa superbe version de "Hijo de La Luna" du groupe MECANO), le second par le ténor grec Konstantinos Paliatsaras, le troisième par un choeur proche dans ses timbres et son style de celui de "Conquest of Paradise". Ces passages grandioses rappellent bien évidemment les courants lyrique et choral de VANGELIS, et notamment son sublime opus Mask. Mais ici la formule semble avoir trouvé une sorte d'apothéose, la maîtrise d'un artiste en pleine possession de ses moyens et qui accède à une forme de sagesse.

Cependant, quoique très réussis (surtout le "Movement VI"), ils ne sont pas ce que le disque propose de plus surprenant. La vraie surprise de El Greco réside dans les mouvements intermédiaires ("Movements II, III, V et VIII)" où se déploie une musicalité en constante évolution d'autant plus éblouissante que le claviériste grec donne l'impression de créer sa musique en même temps qu'il la joue (c'est dire le haut degré de son inspiration). La beauté des arrangements n'a d'égale que leur sombre majesté. Des roulements de tambour menaçants, des cloches ponctuelles à des moments-clé, des nappes de clavier qui s'élèvent jusqu'à atteindre une sombre solennité, confondues souvent avec celle d'une chorale, tout concourt à ancrer chez l'auditeur les émotions du film intérieur que diffuse la musique.

Le dernier mouvement qui sert donc d'épilogue voit le retour du VANGELIS au piano comme à l'époque de Voices et autre Lune de Fiel où l'on retrouve son art à trousser une mélodie aussi simple que limpide dans sa beauté mélancolique. Une façon de refermer la page d'un opus majeur : Requiem où souffle l'épouvante tempérée d'une ensorcelante beauté.

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   AIGLE BLANC

 
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- Vangelis (tous les instruments électroniques, batterie et pe)
- Montserrat Caballe (chant : movement iv)
- Konstantinos Paliatsaras (chant : movement vi)
- Chœur (non crédité : movement vii)


1. Movement 1
2. Movement 2
3. Movement 3
4. Movement 4
5. Movement 5
6. Movement 6
7. Movement 7
8. Movement 8
9. Movement 9
10. Movement 10



             



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