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CHANSON GRANDE CLASSE  |  STUDIO

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- Style : Francis Cabrel , Maxime Le Forestier , Brassen's Not Dead

Georges BRASSENS - Trompe La Mort (1976)
Par RAMON PEREZ le 28 Décembre 2018          Consultée 501 fois

Que n’a-t-on entendu sur le piratage de la musique au fil des innovations numériques qui se sont succédées ? Pourtant, il n’y avait rien de neuf. Durant plus de deux décennies, si l’on voulait copier les disques des uns et des autres à moindre frais, il suffisait d’enregistrer des cassettes. Et lorsque cette avancée technologique décisive débarqua, que n’a-t-on entendu sur le piratage ? La même chose. A un détail près. A ma connaissance aucun poids lourd de l’industrie musicale n’a défendu le piratage numérique. Alors qu’à l’époque un certain Georges BRASSENS, poids lourd de chez lourd, avait tranquillement affirmé face caméra utiliser lui-même ces nouvelles cassettes et n’avoir donc rien à dire sur celles ou ceux en faisant autant. Et j’ai une preuve que certains ne se gênaient pas : chez moi il n’y avait du Sétois qu’une série de cassettes que mon père avait pompé des années auparavant. C’est au cours des trajets de vacances que je suis entré petit à petit en contact avec le grand homme, au hasard de la cassette embarquée.

Bien plus tard, lorsque j’eus dépassé ma réserve sur son style vocal et musical (pendant longtemps je préférais largement BRASSENS quand il était interprété par d’autres), j’ai réétudié l’œuvre de plus près et je me suis rendu compte que dans ces cassettes, il y avait un manque : le dernier album. Est-ce pour cela que je n’ai jamais réussi à créer avec ces chansons la même intimité qu’avec les autres ? Pas certain, car je ne semble pas être le seul dans ce cas. Déjà, rien qu’à voir le visuel de la série avec laquelle j’ai exploré cette discographie, je me suis dit qu’il y avait un truc qui clochait. Cette série, c’est celle avec les photos de guitares en fabrication, elle-même réédition de la série aux pochettes avec le fond bois (mais numérotée en chiffres arabes). Elle a pour originalité, outre ses pochettes, de donner un titre à chaque galette, alors qu’à l’origine aucune n’en n’avait. Et ce titre n’est pas forcément celui qui a été attribué aux albums par l’usage (celui de la première chanson, d’où Trompe la mort). Don Juan ici, La religieuse pour Misogynie.

Bref, la pochette de Don Juan (qui n’est donc pas celle de Trompe la mort, deux noms pour un album) détonne par rapport aux autres avec ce côté flou et verni arty quand le reste de la série sent l’artisanat et la sciure. Anecdotique d’accord. Moins le fait qu’aucune de ces chansons ne se soit imposée durablement au grand public, et pas beaucoup plus au public sympathisant du chanteur (je crois que j’avais entendu « Tempête dans un bénitier » ainsi que « Cupidon s’en fout » avant de mettre la main sur le disque). Pourtant pas de bide à signaler, le disque a occupé sans souci la première place des ventes. Il faut dire qu’il y avait eu une période d’attente plus longue que d’habitude, propice à de nouvelles rumeurs sur la santé du chanteur. Celui-ci, fanfaron face à la mort, nous refait le coup du bulletin de santé en ouverture du disque. Mais la suite de l’histoire étant connue, ce titre ne peut sonner autrement que bizarrement. « C’est pas demain la veille de mes adieux » dit-il. Pourtant les adieux n’ont pas tardé, cinq mois plus tard. Il ne remonta plus sur scène et ne fréquenta pratiquement plus les studios durant les cinq années suivantes, aux termes desquelles il finit par casser sa pipe.

Bon d’accord. Et ce disque alors ? Tu vois comme j’ai du mal à en parler. Pourtant il y a du bon. Prises séparément, chaque chanson se défend (ou presque, puisqu'il y a « Montélimar » dans la liste), mais il manque quelque chose à l’ensemble pour en faire un grand disque. Je ne sais pas quoi. Peut-être un manque de confiance. A la suite de l’excellent Fernande, Georges BRASSENS avait de temps à autres lâché en interview sa difficulté grandissante à écrire des choses qui le satisfaisaient, ayant déjà fait à peu près le tour. Difficile de trouver de nouvelles idées mélodiques, de nouveaux angles sur ses quelques thèmes de prédilection. A l’écoute de l’album, on l’imagine assez facilement avoir lâché l’affaire sur une partie des morceaux, histoire de sortir le disque et de passer à autre chose. Pas mal de choses anecdotiques donc. D’autres un peu brumeuses, comme « Tempête dans un bénitier », mécréance assez étrange à propos de Vatican II, qui a déjà une bonne dizaine d’année au moment de la chanson.

Dans le prolongement de ses dernières livraisons, c’est sur son côté philo que l’homme à la pipe se fait le plus convaincant. Sur les rapports entre les générations (« Le boulevard du temps qui passe ») ou encore et toujours sur l’amour (« Don Juan », « Cupidon s’en fout »). « Le modeste » me parle vraiment, sans compter qu’on y entend en creux une sorte d’autoportrait. Mais ma préférée reste sans doute la farce féroce des « Patriotes ». Cible déjà visée à quelques reprises, la masse des va-t-en guerre est caricaturée au vitriol, avec une ironie jubilatoire. Il est intéressant de voir quels engagements le chanteur aura porté jusqu'au bout. Ainsi, l’une de ses plus anciennes causes (entendue au détour du « Gorille », dans le premier disque) est à nouveau le sujet d’une de ses chansons : « La messe au pendu ». Peut-être pas pour rien, puisqu'il verra trois semaines avant son décès la peine de mort enfin abolie. Comme quoi, il pouvait être actuel lorsqu'il le voulait.

Certains artistes ont connu des circonstances favorables pour que leur dernier disque prenne un côté mythique, mystique. Sans venir chercher des exemples récents, on peut simplement parler de la concurrence avec Jacques BREL. Tel n’est pas le cas pour Georges BRASSENS, qui ne se doutait pas à l’époque faire son dernier album et n’y a donc pas mis son chant du cygne. Quand bien même l’aurait-il su qu’il n’en n’aurait sans doute pas fait un plat. Il faut dire qu’il avait déjà bien creusé le sujet avant. Et puis, nous savons depuis 1982 qu’un dernier album était prêt mais qu’il n’a pas pu l’enregistrer. C’est son ami Jean Bertola qui l’a fait après sa disparition. Ce dernier publia également en 1985 un autre disque à partir de titres inachevés. Et dans cette trentaine de morceaux, nulle grandiloquence pré-mortem. Seulement du BRASSENS, encore et toujours. En toute modestie, à l’image de sa dernière demeure. A son image, en fait.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Georges Brassens (chant, guitare)
- Pierre Nicolas (contrebasse)
- Joël Favreau (guitare)


1. Trompe La Mort
2. Les Ricochets
3. Tempête Dans Un Bénitier
4. Le Boulevard Du Temps Qui Passe
5. Le Modeste
6. Don Juan
7. Les Casseuses
8. Cupidon S'en Fout
9. Montélimar
10. Histoire De Faussaire
11. La Messe Au Pendu
12. Lèche-cocu
13. Les Patriotes
14. Mélanie



             



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