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- Style : Francis Cabrel , Maxime Le Forestier , Brassen's Not Dead

Georges BRASSENS - Brassens-moustache Jouent Brassens En Jazz (1979)
Par RAMON PEREZ le 7 Janvier 2019          Consultée 872 fois

Georges BRASSENS fut l’un des chanteurs français les plus respectés de son vivant, puis par les générations suivantes. Par conséquent, il est l’un de ceux (si ce n’est celui) auquel il a été le plus souvent rendu hommage. Par des artistes reprenant ici ou là une chanson, par d’autres lui consacrant un album, voire une œuvre entière. Ou encore un spectacle. Sans oublier un certain nombre d’enregistrements collectifs. L’un de ces premiers hommages eut lieu du vivant du chanteur. Non seulement du vivant, mais aussi avec sa bénédiction, puis sa participation. Le Sétois avait croisé au début des années 50 le batteur de jazz MOUSTACHE. Celui-ci étant devenu par la suite un pilier du milieu jazz parisien que BRASSENS fréquentait, les deux hommes se recroisèrent de temps à autres. Petit à petit, l’idée d’enregistrer un disque de ce style à partir des compositions du père du gorille prit corps. Ce dernier, après avoir donné son assentiment, demanda régulièrement des nouvelles du projet jusqu’au jour où Moustache lui proposa de jouer. L’enregistrement se fit donc. Il s’agit du dernier auquel participa le grand Georges (laissons de côté les deux phrases d’Emilie Jolie ainsi que la trentaine de reprises qu’il interpréta à l’arrache en deux jours pour une diffusion radio et que sa maison de disque s’empressa de sortir sur vinyle sitôt notre homme refroidi, sous le titre « Brassens chante les chansons de sa jeunesse »).

Le fumeur de pipe chante pour la première fois avec un orchestre derrière lui sur la chanson d’ouverture (un hommage à la femme de MOUSTACHE disparue quelques mois auparavant). Mais on a la surprise au second morceau de comprendre qu’il s’agit d’un disque exclusivement instrumental, lorsque la trompette s’élève et se substitue au chanteur pour la ligne de chant. Dès lors, la participation de ce dernier est surtout musicale. Il y tient la guitare rythmique, sur pratiquement l’ensemble des titres, en tant que simple musicien d’orchestre. Un retour à ses premières heures où il jouait de la batterie dans un ensemble local. On s’aperçoit en tendant l’oreille qu’il fait plus que tenir la route, tant certaines parties sont bluffantes. Il n’aurait pas été loin de pouvoir tenir la pompe derrière DJANGO, on l’entend nettement sur les morceaux à la manouche sur lesquels il se fait le plaisir de mettre son guitariste Joël Favreau en avant (« Le pornographe », « Le vent »). Son contrebassiste Pierre Nicolas est aussi de la partie et impressionne par moments, par exemple sur « Chanson pour l’Auvergnat » où il parvient à suivre la brute au piano, l’américaine Dorothy Donegan.

Celle-ci est juste incroyable et elle n’est pas la seule sur ce disque. Moustache avait réussi à débaucher quelques solistes français autant qu’américains pour l’enregistrement. La pianiste détonne car c’est la seule à ne pas faire dans le vent et à tenir seule un morceau (« Le femme d’Hector »), révélant à fond le travail harmonique de cette composition. C’est d’ailleurs le grand intérêt de ces interprétations, qu’outre permettre à Georges le musicien de se montrer, il rende hommage à BRASSENS le compositeur. On sait que si celui-ci avait un regret artistique, c’était de ne pas être pris autant au sérieux pour son travail de composition que pour son travail d’écriture. Il disait à qui voulait l’entendre que le texte était un prétexte à faire écouter une mélodie et que les deux étaient d’égales importances. Privées des paroles, excellemment arrangées par Michel Attenoux (le saxophoniste de l’orchestre de Moustache), ces musiques dévoilent toutes leurs richesses, qui avaient déjà tapé dans l’oreille d’un certain Sidney BECHET des années auparavant (trois enregistrements en témoignent).

Georges BRASSENS revendiquait deux maîtres qui le rattachaient au jazz (TRENET et DJANGO), lequel était logiquement sa musique préférée. Il reconnaissait sans peine être plus amateur de jazz classique que de moderne, donc plus ELLINGTON que BECHET. Moustache étant globalement du même avis, l’album a donc une couleur très New Orleans. Avec des styles différents malgré tout. Chaque soliste, dont certains ont joué d’ailleurs pour Duke Ellington, amène sa sensibilité. Si les Français connaissaient évidemment le Georges, tel n’était pas le cas des Américains dont la légende du disque dit qu’ils n’ont eu besoin que d’une écoute des chansons avant de les sortir à leur sauce de leurs trompettes. S’il fallait une dernière preuve de la qualité mélodique du chanteur, vous l’avez. Il y a Cat Anderson, tout droit sorti des Aristochats (dont « Le temps ne fait rien à l’affaire » - ce kif !, « Maman, papa »), Joe Newman, un peu plus tragique (« La marche nuptiale », « Histoire de faussaire ») et la paire Harry Edison/Eddie Davies (saxo pour ce dernier) qui dialogue avec élégance sur quatre chansons (dont « Le temps passé » ou « La ronde des jurons »). N’oublions pas l’orchestre de Moustache, LES PETITS FRANÇAIS dans lequel figure ZANINI, celui de « Tu veux ou tu veux pas », qui se fait méchamment plaisir à la clarinette sur « J’ai rendez-vous avec vous ». Il joue sur l’essentiel des titres en arrière ou devant, avec des couleurs enthousiasmantes. De la joie légère à la plus grande mélancolie. Tout ce beau monde suit de près les mélodies originales (sauf dans la quatrième face qui est plus libre) et arrive largement à partager le bonheur qu’il a à jouer ce répertoire.

Un bonheur qui, les témoins le relatent, fut aussi celui de Georges BRASSENS, pour une fois ravi d’aller au studio d’enregistrement. L’enthousiasme lié à ce joli disque (sorti en de nombreuses éditions, double simple ou double tout court, sous le nom de « Giants of jazz play Brassens » pour certaines éditions CD) fut partagé par le public et la critique, tant de chanson que de jazz, séduite par la camaraderie se dégageant de ces morceaux. Moustache poussa par la suite le chanteur à sortir un disque de reprises de standards de jazz anglophone et les deux parlèrent de remettre le couvert. Mais la santé du Sétois déclina avant de pouvoir concrétiser quoi que ce soit. Un an après sa disparition, son ami chef d’orchestre profita d’un séjour à Nice, où se trouvaient également quelques autres pointures, pour ajouter un troisième disque à ces premiers enregistrements (avec Henri SALVADOR en remplacement de BRASSENS à la guitare). Mais celui-ci n’eut pas le même destin et tomba dans un relatif oubli. Il inaugura cependant la tradition, régulièrement poursuivie depuis, de sortir des disques d’arrangements jazz en hommage au disparu. A ce jour, aucun n’a toutefois fait de l’ombre au premier du genre. En même temps, comment pourraient-ils le faire ? Moustache et Brassens nous ont fait du bien beau travail, incontournable pour tout amateur de l’œuvre du bon maître.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Georges Brassens (guitare rythmique)
- Pierre Nicolas (contrebasse)
- Joël Favreau (guitare soliste)
- 'les Petits Français'
- Moustache (batterie)
- Michel Attenoux (saxophone)
- Geo Daly (vibraphone)
- Christian Donnadieu (piano)
- Irakli (trompette)
- Teddy Martin (violon)
- Marcel Zanini (clarinette)
- Solistes :
- Jean-gabriel Bauzil, Cat Anderson, Harry (trompette ; françois guin, benny vasseur )


- disque 1
1. Élégie à Un Rat De Cave
2. Au Bois De Mon Cœur
3. P... De Toi
4. La Femme D'hector
5. La Marche Nuptiale
6. Le Temps Ne Fait Rien à L'affaire
7. Le Temps Passé
8. Chanson Pour L'auvergnat
9. La Chasse Aux Papillons
10. Le Pornographe
11. La Prière
12. Les Copains D'abord

- disque 2
1. Histoire De Faussaire
2. Embrasse-les Tous
3. Maman, Papa
4. La Non-demande En Mariage
5. Je Me Suis Fait Tout Petit
6. J’ai Rendez-vous Avec Vous
7. Bonhomme
8. Le Vent
9. La Ballade Des Cimetières
10. La Ronde Des Jurons
11. Cupidon S'en Fout



             



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