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Etta JAMES - Blues To The Bone (2004)
Par LE KINGBEE le 2 Septembre 2022          Consultée 258 fois

Dix ans après sa disparition, Etta JAMES fait toujours recette, le label Tipitina’s Records vient de publier un Live capté dans son antre de la Nouvelle Orléans. En 2003, la chanteuse décrochait un Grammy pour l’ensemble de sa carrière. L’année suivante, le magazine Rolling Stone lui attribuait la 62ème place parmi les cent plus grands artistes de tous les temps. Ne me demandez pas comment on peut arriver à établir de telles données, l’art sonore étant selon moi difficilement calculable, mais les médias et certains journalistes sont souvent rapides à dégainer, surtout quand il s’agit de sortir des conneries capables de faire le buzz, mais c’est là un autre débat.

En 2004, alors que Ciara, une jeune inconnue de 19 ans, publie "Goodies", son premier single qui se vend du jour au lendemain à plusieurs millions d’exemplaires, Etta JAMES signe un bon contrat avec la RCA, firme qui lui permet de revenir sur le devant des grandes scènes.

La RCA qui décide de ne pas chambouler l’univers de la chanteuse fait appel au guitariste-producteur-arrangeur Josh Sklair. Autre décision, le Roots Band, orchestre qui épaule Etta JAMES depuis de longues années, est reconduit avec la présence des guitaristes Bobby Murray (ex-Robert CRAY, Albert KING, Lowell Fulson) et Brian Ray (Paul McCartney, Willy DeVille) sans oublier les deux rejetons Sametto à la basse et Donto aux baguettes. Pour donner plus de consistance, le claviériste Mike Finnigan (CROSBY STILL & NASH, Tracy CHAPMAN, Taj MAHAL) et l’harmoniciste John 'Juke' Logan (John MAYALL, Ry COODER) viennent prêter main forte.

Si la pochette ne renseigne guère sur le contenu avec une Etta JAMES regardant le parquet peut-être en signe de rédemption, le titre met clairement les choses au point. Traduisible par "Blues jusqu’à l’os", l’orientation est aussi claire que de l’eau de roche. Si vous n’êtes pas convaincu par le titre, le visuel dorsal composé par Martin Scorsese, auteur de la série de documentaires "Martin Scorsese Presents … The Blues", devrait mettre les choses en ordre de marche. Etta reprend ici douze titres de bluesmen reconnus dont pas moins de onze standards.

En ouverture, Etta s’attaque à "Got My Mojo Working", souvent accrédité par erreur à Muddy WATERS. En réalité, il s’agit d’une compo de l’acteur Preston Foster ("I Am a Fugitive From a Chain Gang", "Guadalcanal Diary", "Tomahawk") offerte à la chanteuse Ann COLE, nièce des Coleman Brothers, un quartet de Gospel dont Foster était fan. Muddy WATERS, bon vieux grigou, entendit la chanson lors d’un concert d’Ann Cole et décida de la mettre à son répertoire, malgré des paroles mal recopiées. Foster aurait pris le taureau par les cornes et un arrangement à l’amiable aurait vu le jour, Waters reconnaissant les faits comme tout bon gentleman. La chanson a bien évidemment été mise à toutes les sauces (MANFRED MANN, SHADOWS OF KNIGHT, PRESLEY) mais trois versions émergent du lot : l’originale d’Ann Cole et les reprises Live de NINE BELOW ZERO et DR FEELGOOD. Là, malgré l’harmonica de 'Juke' Logan qui tente de mettre du punch, Etta se montre trop sage. Certains préfèreront la maturité et la sagesse d’Etta, d’autres le peps et l’espièglerie d’Ann Cole. Rarement repris par la gente féminine, "Don’t Start Me Talkin’" grand classique de Sonny Boy Williamson (Rice Miller), se révèle punchy juste comme il faut, chaque membre plaçant la chanteuse sur un piédestal avec une mention à 'Juke' Logan dépositaire d’un phrasé plein de sobriété.

Du Blues, il en est clairement question avec "That’s Alright" *, standard de Jimmy Rodgers qui nous expédie derechef dans le ghetto de Chicago. Changement de cap avec "Crawlin’ King Snake", Etta nous invitant à nous immerger dans les rives boueuses du Delta. Avec cette Œuvre de John Lee Hooker inspirée d’un titre de Big Joe Williams, Etta fait la jonction entre la version d’origine, celles de Tony Hollins et d’Eddy Taylor Jr. Sous une rythmique minimaliste, une slide menaçante, le roi des serpents rampe en direction de la tanière de l’infidèle bien décidé à en découdre. On vous le dit souvent, les bluesmen se piquent souvent les uns les autres des morceaux, n’hésitant pas à se gargariser de leurs emprunts. En réalité, il convient de mesurer le propos, certains musiciens à une époque ancienne pompaient involontairement des chansons. Inspiré d’un titre de Robert JOHNSON ("I Believe I’ll Dust My Broom") lui-même pris pour modèle sur "I Believe I’ll Make a Change" (Leroy Carr) et sur le "Sagefield Woman Blues" de Kokomo Arnold, "Dust Mu Broom" doit sa popularité à Elmore JAMES. Etta nous en délivre une version attrayante s’inspirant autant du Blues de Chicago que du Swamp de Slim HARPO. Sous couvert d’un fond d’harmonica et d’une rythmique de métronome, le bottleneck se révèle aérien et n’en rajoute pas trop contrairement à certains guitar-heroes. Second emprunt à Elmore James avec "The Sky Is Crying", titre intense et plein de poésie repris à la fois par Freddie et Albert KING et George THOROGOOD. Etta nous en délivre une bonne version imposant un dramatisme prononcé. Les plus jeunes reconnaitront le titre via la reprise de Stevie Ray VAUGHAN & DOUBLE TROUBLE. Les amateurs d’HENDRIX se diront que leur idole s’en est inspiré à l’écoute de "Red House".

Le tempo se ralentit nettement avec "Hush-Hush", compo de Jimmy REED proche du Swamp Blues. La rythmique impose un rythme de sénateur bien dans l’esprit du Mississippien. Si Logan flirte délicieusement dans les aigus, Bobby Murray marche sur les traces d’Eddie TAYLOR. "Lil Red Rooster" fait partie des nombreuses créations de Willie DIXON enregistrées par Howlin’ WOLF. L’histoire de ce petit coq à crète rouge voulant devenir roi de la basse-cour prend sa genèse sur deux chansons de Charlie Patton et Memphis Minnie, le tout subtilement arrangé par DIXON. Si les STONES transformeront plus tard la chanson en carton, les chanteuses ne pouvaient visiblement pas échapper au charme de ce petit coq conquérant. Big Mama THORNTON avec imitation imparable du volatile, Carla THOMAS, Marva Wright, Big Time Sarah ou dernièrement Lucinda WILLIAMS dans une version déjantée ont tenté d’appâter ce petit coquelet. Ici, pas d’imitation rigolote pour détendre l’atmosphère, Etta a passé l’âge de faire le pitre, mais une ambiance alanguie proche du sulfureux, Brian Ray nous gratifiant de bons passages de slide. Quand on vous disait qu’Etta avait passé l’âge des pitreries, elle se livre à quelques facéties, n’hésitant pas à imiter le loup (c'est raté mais qu'importe) sur "Smokestack Lightning". Une version tempérée mise en relief par les jeux des deux guitares électro-acoustiques et en arrière-plan un harmonica hyper pondéré. Autre titre au tempo plein de sagesse avec "You Shock Me", compo de JB Lenoir et Willie DIXON popularisée par Muddy WATERS. Sous les fondations d’un Slow Blues, le titre demeure connu pour figurer sur le premier disque de LED ZEP. La frontière entre la Soul et le Blues est parfois aussi mince qu’une feuille de papier à cigarette. La preuve avec "Drivin’ Well", une vieille compo de Roosevelt Sykes et futur succès de Junior PARKER. La dualité entre la slide et la guitare met Etta sur de bons rails pour un titre qui ne s’éternise pas. Terminons ce panorama avec le titre de fermeture, le seul a ne pas bénéficier de la norme standard avec "Honey, Don’t Tear My Clothes". Si la chanson est accréditée à Big Bill Bronzy, alors membre du State Street Boys, d’autres noms viendront fleurir les rondelles de disques au vu des multiples publications. Ici, c’est d’ailleurs le nom de Lightnin’ HOPKINS qui apparaît, le griot texan reprenant le morceau en 62. Mais les faits sont parfois trompeurs, la mélodie de cette chanson a été utilisée à vergogne, à tel point que la chanson pourrait être qualifiée de classique. Jugez plutôt, Bob DYLAN l’a transformée en "Baby Let Me You Follow Down", le pianiste Professor LONGHAIR a fait danser la Nouvelle Orleans avec "Baby Let Me Take Your Hand" tandis que Blind Boy Fuller, pasteur itinérant, chantait" Mama Let Me Lay It On You", devenu "Change Your Mind" par l’intermédiaire de Sue Foley. Toujours est-il qu’Etta clôt l’album sur une touche de Delta Blues, la guitare acoustique et la slide mettant encore la chanteuse sur orbite.

Si Etta JAMES oriente son album en privilégiant le dépouillement (absence de cuivres), on aurait aimé un peu plus d’originalité sur ces douze titres qui sonnent tout de même un peu bateau. On apprécie en premier lieu le jeu de 'Juke' Logan à l’harmonica et la complémentarité des guitaristes, deux fidèles accompagnateurs. De part le répertoire et l’orchestration, cet album sera classé sur l’étagère du Blues.


*Titre homonyme à ceux d’Arthur 'Big Boy' Crudup et Fleetwood Mac.

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- Etta James (chant)
- Josh Sklair (guitare 1-2,3-6-7-9-10-12, dobro 4-11-12)
- Bobby Murray (guitare 1-2-3-4-5-7-10-11)
- Brian Ray (guitare 5-8)
- Sametto James (basse 1-2-3-4-5-6-7-9-10-11)
- Donto Metto James (batterie 1-2-3-4-5-7-9-10-11)
- John 'juke' Logan (harmonica 1-2-4-5-7-9-10-11)
- Mike Finnigan (piano 2)
- Steve Davis (chœurs 1)
- Yoshann Rush (chœurs 1)


1. Got My Mojo Working
2. Don't Start Me Talkin'
3. Hush Hush
4. Lil' Red Rooster
5. That's Alright
6. Crawlin' King Snake
7. Dust My Broom
8. The Sky Is Crying
9. Smokestack Lightnin'
10. You Shook Me
11. Driving Wheel
12. Honey, Don't Tear My Clothes



             



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