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Aretha FRANKLIN - This Girl's In Love With You (1970)
Par LE KINGBEE le 11 Janvier 2020          Consultée 124 fois

Seizième album studio d’Aretha FRANKLIN, « This Girl’s In Love With You » sort au milieu du mois de janvier 1970. Lady Soul se remet de son laborieux divorce avec Ted White et entame une cure de désintoxication contre l’alcool. Non content de battre sa femme, White a plongé petit à petit dans les méandres de la bibine. Autre changement, son frère Cecil devient son manager en lieu et place de l’ancien mari. Comme on dit aujourd’hui, la chanteuse se reconstruit.

Cet album est issu de quatre sessions datant des 8-9 janvier et du 30 octobre à New York, alors que la moitié des titres sont mis en boite à Miami le 3 octobre. On a l’impression que l’année 69 a donné lieu à un vrai embrouillamini, tant au niveau des représentations que des sessions d’enregistrements et du répertoire : il n’y a dans ce disque qu’une unique chanson provenant de la plume de la chanteuse : « Call Me », une guimauve avec une bonne coulée de violon incorporée en avant-dernière piste. Le titre servira à lancer la carrière solo de Phil Perry (ex-chanteur des Montclairs et du duo Perry & Sanlin) et notre chanteur n’oubliera pas de rajouter une tonne de sucre à ce berlingot bien collant.

Passons maintenant aux reprises, au nombre de 9. Rappelons qu’à l’époque le fait de reprendre les morceaux des autres était monnaie courante, certains étaient repris à toutes sauces parfois à la demande des maisons de disques, croyant pouvoir toucher sa part du gâteau à moindre frais. Afin de bien décortiquer ce patchwork de covers, nous avons classé ces titres, non pas par réussite, celle-ci restant comme toujours subjective, mais par notoriété.
Au rayon des titres n’ayant pas fracassé les ondes radio ni les hit-parades, elle reprend, probablement en guise d’hommage, un vieux titre de Bobby BLAND : « Share Your Love With Me ». La chanson, si elle prend un petit coup de jeune, gorgée de violonades et de chœurs devient vite soûlante. Aretha ne sera pas la seule à s’attaquer au morceau. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est le chanteur de Country Kenny Rogers qui obtiendra le meilleur résultat avec une 5ème place dans les charts Country. Les charts étant ce qu’ils sont, nous conseillerons les interprétations de Lonnie MACK, de The BAND ou celle plus récente de Van MORRISON.
C’est bel et bien « It Ain’t Fair », un inusité de Ben E KING, qui transperce carrément l’album. La lenteur de la mélodie, un chant terriblement expressif, une rythmique groovy et la guitare aussi tranchante que sobre de Duane ALLMAN font de ce titre la chanson phare de la galette. Le titre sera repris par l’Américaine Cat Power. On conseille la version de Cat Myles & The Possessions. Franklin achève son disque avec une bonne pioche, « Sit Down And Cry », un inusité de Clyde Otis. Toute la puissance et les influences Gospel se retranscrivent ici, une fin en apothéose, avec un bref passage de chœurs qui agissent et chantent comme des anges. On conseille cependant les versions antérieures d’Ella Washington ou de Jean Wells orientées vers une Deep Soul plus authentique et moins ampoulée.

Au rayon des titres classés dans les charts, il est étonnant de voir la flambée distillée par « This Girl’s In Love With You », une compo de la brochette Bacharach/David popularisée par Herb Alpert lors d’une émission télé. Il s’agissait au départ d’une soupe sentimentale que le trompettiste dédiait à son épouse. Repris plus de 270 fois aussi bien par des formations instrumentales que des artistes de tout horizon, cette déclaration d’amour ne donne pas ici l’envie d’aller plus loin. Une soupe reste une soupe !
Si, pour de nombreux amateurs de Rock, « The Weight » reste attaché au répertoire de The BAND, avouons que l’idée de transposer le titre à la sauce Soul avait de quoi susciter des interrogations. La reprise d’Aretha avait fait l’objet d’un single onze mois plus tôt. Les STAPLE SINGERS avaient assaisonné le titre à la sauce Gospel Soul Folk quelques mois avant. Encore une fois, si la chanteuse se montre excellente, c’est la guitare d’ALLMAN qui attire invariablement l’oreille. Le titre sera repris et souvent honteusement massacré par de nombreux groupes Soul et Disco. Pour l’anecdote, le texte évoque Nazareth, rien à voir avec une quelconque trame mystique ou religieuse ou la foi divine, il s’agit simplement de l’endroit où on fabriquait les guitares Martin.
La pianiste s’attaque au « Let It Be » des BEATLES dont le single qui ne sera publié qu’en mars de la même année. On pense qu’Aretha aurait découvert le titre suite à une démo apportée par Paul McCartney. Toujours est-il que le titre issu de la locution anglaise « Ainsi soit-il » colle parfaitement au répertoire, on regrette juste le passage de sax qui gomme l’effet crépusculaire de l’orgue. Si « Let It Be » est le dernier titre produit en single par George Martin, il sera repris 33 fois entre mars et décembre 1970. Parmi tous ces essais souvent serviles, nous recommandons la version de Roscoe Shelton éditée par Sound Stage 7, un label de Nashville spécialisé en Southern Soul, ainsi qu'éventuellement celle de Nicole Rieu qui dépasse dans l’intensité de nombreuses interprétations anglo-saxonnes. Second emprunt aux BEATLES avec « Eleanor Rigby », chanson sur la solitude et la vieillesse, reprise à toutes les sauces à plus de 500 reprises. Le titre édité en single quelques mois plus tôt est correct, mais Aretha Franklin n’apporte pas grand-chose au morceau. Une partie du texte perd même de sa puissance poétique et métaphorique. Rien à voir avec la version complètement remodelée et barrée de Don « Sugarcane » Harris ave Harvey Mandel à la guitare. Tété avec sa version folk acoustique apportait plus d’attendrissements, comme quoi la simplicité a souvent du bon. C’est donc une impression mitigée que nous procure la Diva sur ce titre. Autre titre en demi-teinte avec « Dark Street Of The Street », prototype parfait de Soul sudiste popularisé par James Carr puis Joe Tex. Aretha donne l’impression de trop pousser les nuances vocales. De plus, les claviers de Barry Beckett couvrent beaucoup trop les guitares de Jimmy Johnson et d’Eddie Hinton. Nous nous permettons d’attirer l'attention du lecteur sur la récente version chantée en duo par Joan OSBORNE et le guitariste Sherman Holmes, seul survivant des Holmes Brothers.
Terminons cette rétrospective avec le titre d’ouverture « Son Of A Preacher Man », gravé en septembre 68 par Dusty Springfield, l’une des meilleures chanteuses blanches de Soul. Ici, la prise de son donne trop dans les graves, la guitare semble excessivement en retrait, mais la chanteuse s’en sort plutôt pas mal. Si la version d’origine est entrée dans l’inconscient collectif depuis de longues années, il existe d’excellentes versions à commencer par celles d'Erma, sœur d’Aretha, et de Mavis Staple. La chanson avait été proposée dans un premier temps à Aretha qui jugeait que les paroles ne cadraient pas avec son répertoire ni avec son image, preuve qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Cet album composé à 90% de reprises parfois judicieusement choisies ne correspond pas à l’attente qu’on pouvait en avoir à l’époque. Certains titres dégagent comme une surenchère de production et Aretha a parfois tendance à en faire un peu trop, n’hésitant pas à tomber dans le mélo. Autre bémol, la prise de son n’est pas aussi limpide et claire que ce que les disques Atlantic avaient l’habitude d’offrir à sa clientèle. Une note entre 2,5 et 3 nous paraît cependant justifiée.

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- Aretha Franklin (chant, piano)
- Jimmy Johnson (guitare 1-2-3-5-6-7-8-9-10)
- Eddie Hinton (guitare 1-2-3-5-6-7-8-9-10)
- Duane Allman (guitare 7-8)
- David Hood (basse 1-2-3-5-6-7-8-9-10)
- Roger Hawkins (batterie 1-2-3-5-6-7-8-9-10)
- Barry Beckett (piano électrique, orgue 1-2-3-5-6-7-8-9-10)
- King Curtis (saxophone 2-7-8-10)


1. Son Of A Preacher Man
2. Share Your Love With Me
3. Dark End Of The Street
4. Let It Be
5. Eleanor Rigby
6. This Girl's In Love With You
7. It Ain't Fair
8. The Weight
9. Call Me
10. Sit Down And Cry



             



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