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Alan STIVELL - Symphonie Celtique / Tir Na Nog (1979)
Par MARCO STIVELL le 10 Septembre 2010          Consultée 4538 fois

Voici donc le fameux album Symphonie Celtique / Tir Na N-Og, douzième d'Alan, neuvième enregistré en studio. Neuf et douze (en comptant les lives), des multiples de trois. Ca tombe bien car ce disque est divisé en trois parties, qui sont en fait des actes, ou plus exactement et celtiquement parlant, des "cercles". Un lien avec le Triskell, la croix celtique ? Sans doute. Le tout pour arriver jusqu'au Tir Na N-Og.

Mais qu'est-ce que le Tir Na N-Og ? Tout simplement la terre de l'éternelle jeunesse, paradis gaélique. Une profession de foi celtique, d'une certaine manière ? Mais Alan ne s'en est quelque part jamais caché. Son nom d'artiste ne veut-il pas dire "source" ? Ce qui voudrait dire, en plus lorsque l'on sait que l'écriture de cette Symphonie Celtique a été commencée alors que le Barde était encore adolescent, que le but ultime a été atteint, que le mythe est devenu réalité... C'est tout à fait ça, et il convient de dire que cette oeuvre aussi mûrement réfléchie entraîne avec elle des moyens assez colossaux, à tous les niveaux, en priorité :
- la composition : les oeuvres non inscrites dans les courants divers de la Grande Musique et constituées de trois mouvements sur plus d'une heure ne courent pas les rues. On est bien là en présence d'un disque exceptionnel rien que pour cela.
- les arrangements : Alan n'est plus tout seul. Ont participé à cette réalisation son flûtiste-percussioniste de l'époque Chris HAYWARD ainsi que le pianiste-claviériste Michel PREZMAN. On aurait presque envie de dire que la symétrie ternaire est respectée.
- les musiciens : avec tout cela, comment penser autrement que par "grandeur" ? Tous les alibis sont bons pour justifier une forte affluence de musiciens, et si possible venus d'horizons divers. Il y a le groupe d'Alan, bien sûr, des musiciens classiques, des élements cordes-bois-cuivres, et... des musiciens issus d'autres cultures telles que l'Inde (Narendra BATAJU, sa femme) et l'Amérique du Sud (Uña RAMOS). Il y en a près de 75 en studio, mais cette oeuvre (j'ai presque envie de dire l'Oeuvre...) sera jouée en live, une fois au Festival Interceltique de Lorient avec cette fois pas moins de 300 intervenants !
Mais laissons place à la musique à présent...

Le silence pesant. Des bourdons de contrebasses remontent, un grincement, des coups sourds sur des percussions se font entendre... Nous sommes en réalité petit à petit conviés à une sorte de méditation, ou un voyage au plus profond de nous-mêmes... Avant que n'arrive la lumière, par les quelques notes de piano, de harpe, ainsi que le reste de l'instrumentation, tout à fait resplendissante. Alan chante dans un registre allant du grave au médium, secondé par une voix féminine qui, après avoir déclamé un texte s'élève en vocalises du plus bel effet. Petit fade-out très vite rattrapé par le piano à nouveau, et Alan qui fredonne doucereusement par-dessus. "Loc'h ar Goulenn", le lac de la question en français, nous propose une promenade au bord de cette eau pure, et la musique puise dans cette richesse naturelle : Alan se dédouble avec d'un côté les interrogations chuchotées (en algonquin s'il vous plait), de l'autre l'instrumentation menée par les fortissimo au piano et la cornemuse écossaise. Les notes du tamboura de Mrs BATAJU introduisent "Divodan". Alan chante seul, vite rejoint par des choeurs essentiellement féminins. Il va se passer quelque chose, c'est sûr... Arrive la cornemuse, puis la guitare électrique de Marc PERRU qui se fait cinglante, jouant sur ses notes graves, Roger SECCO fait vibrer ses cymbales, l'ambiance se fait de nouveau pesante, toute en crescendo avec les bourdonnements des cuivres en fond... Alan récite cette fois un texte en quetchua, avant d'être interrompu par la cornemuse, de reprendre la parole avant plus de véhémence.... Ce qui s'ensuit est un grand, très grand moment musical (même si ce qui est avant ne l'est pas moins) : les choeurs héroïques, les cuivres qui envahissent tout, la cornemuse qui essaie de se frayer un chemin sur tout cet ensemble lourd qui amène parfois des dissonances, et c'est après avoir suffoqué pendant plusieurs dizaines de secondes que la batterie vient tout briser, pour une cassure musicale qui arrive à point pour relâcher le tout, même si le break rock, mené par le riff de guitare électrique est puissant. La suite est nuancée, avec un pont qui ne sert qu'à ramener de plus belle cette joyeuse pagaille qui virerait presque à la cacophonie, mais finalement c'est la cornemuse qui, revenant au premier plan musical, vient tirer la sonnette de fin, avec un thème simple, on ne peut plus celtique et qu'il convient de garder en tête, tandis que la guitare cherche à avoir le dernier mot. Fin du premier cercle.

"Emskiant" est basé sur une progression d'accords tout à fait inattendue, même en ayant en tête le mot "symphonie" qui orne la pochette de l'album. C'est pourtant justement bien le type de morceau qui nous rappelle que nous sommes au coeur d'une symphonie particulière. "Emskiant" n'est pas démonstratif en matière d'esprit celtique, bien que l'on pourrait penser qu'une gwerz bretonne se grefferait bien par-dessus la musique. L'ambiance est quelque peu glauque, les accords d'orgue tissent une atmosphère inédite qui n'est en passant pas sans évoquer celle d'un titre comme "The Wind of Keltia", les instruments celtes en moins. A la fin, l'orgue s'efface, les cordes s'installent petit à petit. On pourrait imaginer que "Kendasrken" est un autre genre d'interlude classique dont le propos n'a rien à voir avec de la musique celtique, il n'en est rien. En dehors de l'harmonie, c'est précisément le retour de la harpe au milieu du morceau (qui reste sacrément beau) ainsi que du chant d'Alan qui nous convie à une vraie gwerz cette fois. Lorsque les cordes ont terminé leur discours, la harpe pose un thème mélodique qui est repris en intro du morceau suivant, "Imram" (la queste de l'île). Ce dernier marque un retour à la lumière. Que dire sinon qu'en plus de s'imposer comme le seul titre susceptible de (et idéal pour) faire un single, "Imram" est une véritable merveille mélodique, avec un côté "chanson dans la chanson" qui la rend encore plus fascinante. De même, c'est tout naturellement que "Dilestrañ" arrive ensuite, avec grand renfort de cornemuses (parmi lesquelles le sonneur bien connu Bruno LE ROUZIC), de bombardes (parmi lequelles Youenn SICARD, compagnon de longue date d'Alan), d'orchestre et de choeurs, avec des mélodies à la fois puissantes, optimistes, enivrantes, tout simplement belles... Fin du deuxième cercle.

Le troisième est divisé en deux parties, pour les besoins du disque à l'époque (le CD a heureusement permis d'avoir tout à la suite). Les trois premiers morceaux forment un seul ensemble, les sensations que procure la musique sont toujours très fortes, voire plus encore qu'avant... Au début de "Ar C'Hammou Kentan", on ne se doute de rien pourtant. On se laisse porter par le son des harpes, celle d'Alan et les éoliennes (sans doute l'oeuvre de Chris HAYWARD). L'ensemble est paisible, même la cornemuse qui arrive au milieu ne vient rien perturber, on sent cependant que les éoliennes s'emballent petit à petit. Le piano vient nous surprendre, ouvrant "Ar Geoded Skedus" à la manière de "Gwerz I" mais en roulements cette fois. Alan chante magnifiquement bien, vite rejoint par les choeurs féminins et la flûte pour les refrains. Ils font une tourne ainsi, puis le thème change... Et alors là mes amis, je dois dire que les mots me manquent pour décrire la beauté de ce qui suit, précisément à partir du moment bref où les femmes chantent seules. C'est cet instant-là où ce qui semblait sous jacent jusqu'à maintenant, à savoir une seule et même quête, devient évident, dans la mesure où l'on se dit qu'elle arrive à son terme. En effet, Alan et le choeur chantent "Tir Na N-Og" d'une manière incantatoire, avec la plus grande béatitude (sur nappes de synthé-orgue en plus), mais ce chant-là, c'est le cantique des cantiques... Les portes du sanctuaire de l'éternelle jeunesse, du paradis gaélique s'ouvrent. Et ce n'est pas terminé, il y a encore "Ar Bale"... Ah vraiment... "Ar Bale" c'est un peu le même commentaire, mais avec les instruments rock en plus, le rythme léger, les hautbois, cornemuse et cordes caressants, tout particulièrement vers le final, lorsque ces mêmes cordes remontent. Ce passage si ravissant et merveilleux m'arrache les larmes des yeux à chaque fois. Malgré tout ce que je connais en musique, je reste ici encore plus admiratif que jamais : oui, un homme peut écrire quelque chose d'aussi beau, et ce n'est pas n'importe quel homme, c'est Alan STIVELL. Après s'être envolé aussi haut, la redescente sur terre n'est pas des plus déplaisantes, loin de là. "Gouel Hollvedel", est une suite qui porte bien son nom car il signifie fête universelle. Effectivement, je ne détaillerai pas tout ici, mais sur près d'un quart d'heure, on a droit à un joyeux et savoureux melting-pot rassemblant plusieurs influences, une succession de thèmes différents à la minute, aussi bien entraînants qu'archi-mélodiques... Et cela en partant du bourdon de la cornemuse irlandaise en passant par les jerk de bombardes, le pop-rock, le sitar indien... Jusqu'au glorieux et grand final qui nous transporte à son tour haut, très haut dans le monde du bonheur. Mais il faut bien un retour et c'est la cornemuse qui le permet, reprenant le final de "Divodan" en fade-in puis fade-out... Fin du troisième cercle, fin de l'Oeuvre.

Vous me direz, l'Oeuvre avec une majuscule, ça peut faire trop, surtout que ce disque est plutôt difficile d'accès (certains auditeurs ne jurant que par la suite "Gouel Hollvedel" car c'est le seul titre qui "bouge"), mais c'est dit ainsi car le fait qu'elle ait été entièrement écrite par Alan et mûrie pendant des années voire des décennies, que cette expérience soit inédite lui donne une place particulière dans l'ensemble de l'oeuvre du Barde. Et dans mon coeur aussi...

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Alan Stivell (chant, harpes, cornemuse écossaisse, flûte irlanda)
- Chris Hayward (flûtes traversières et à bec, percussions et autre)
- Robby Finkel, Michel Prezman, Dominique (claviers)
- Marc Perru (guitares)
- Mikael Ar Valy (basse)
- Roger Secco (batterie)
- Padrig Kerre (fiddle, mandole, bodhran)
- Daniel Hervé (cornemuse irlandaise)
- Youenn Sicard, Domonique Boucher, Christ (bombardes)
- Hervé Renault, Bruno Le Rouzic, Armel De (cornemuses écossaises)
- Yann-fañch Ar Merdy, Loeiz Roujon (batteries écossaises)
- Roger Berthier, Michel Cron, Pierre Defa (violons)
- Christos Michalakakos, René Brisset, Cla (altos)
- Michel Lacrouts, Jean Lamy, Jacques Wied (violoncelles)
- Willy Lockwood, Yves Chabert (contrebasses)
- Emile Mayousse, Michel Descartin, Claude (hautbois)
- Pierre Gossez (saxophone soprano)
- Daniel Neuranter, Michel Aucante, Marc R (bassons)
- Michel Tavernier, Francis Pottrez (contrebassons)
- Jean-jacques Justafre, Yves Valada, Patr (cors)
- Bernard Marchais, Guy Bardet (bugles)
- Ensemble Vocal Dirigé Par Christine Legr
- Marie-josé Cochevelou (texte dit)
- Djurdjura (choeur de femmes algériennes)
- Maire Fenton (chanteuse irlandaise)
- Uña Ramos (kena)
- Narendra Bataju (sitar)
- Vidya Bataju (tamboura)


- kelc'h Unan (premier Cercle)
1. Beaj
2. Gwerz I
3. Loc'h Ar Goulenn
4. Divodan

- kelc'h Daou (deuxième Cercle)
1. Emskiant
2. Kendaskren
3. Imram
4. Dilestrañ

- kelc'h Tri (troisième Cercle)
1. Ar C'hammou Kentan
2. Ar Geoded Skedus
3. Ar Bale
4. Gouel Hollvedel Part 1
5. Gouel Hollvedel Part 2
6. Gouel Hollvedel Part 3
7. Gouel Hollvedel Part 4
8. An Distro



             



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