Recherche avancée       Liste groupes



      
CHANSON FRANçAISE  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : Glenmor, Hubert Felix Thiefaine , Bernard Lavilliers

Léo FERRE - 1916-19... (1966)
Par LE BARON le 11 Mai 2018          Consultée 1775 fois

1916-19..., voilà un titre convenant remarquablement à FERRE : ironique, provocateur, mais non dénué d’orgueil, avec son petit côté fier-à-bras : le genre à défier la Camarde, et à prétendre lui casser la gueule malgré l’évidente issue du combat.

Mais regardons un peu en arrière : 11 albums précèdent ce 1916-19… 11 albums, cela peut justifier un bilan, en attendant l’épitaphe. Et c’est d’autant plus vrai que FERRE a désormais 50 ans, une vie personnelle qui se délite, et qu’il n’a, au fond, publié que deux albums sortant vraiment du lot : Les Chansons d’Aragon en 1961, puis Verlaine et Rimbaud en 1964. En déduire que FERRE serait interprète avant d’être auteur serait toutefois aller vite en besogne. Car chaque album (ou presque) a son lot de pépites, malheureusement éparpillées dans des ensembles parfois moins réussis. Or, pour la première fois peut-être, FERRE semble avoir été inspiré de bout en bout.

« La Poésie » ouvre le disque. Cette poésie, c’est celle qui sauve d’un monde dit moderne, où tout n’est que consumérisme, mais c’est également une gourmandise pour les amateurs de jeux de langage. Sacrifiant à son goût des listes, FERRE égrène des objets plus ou moins réalistes (mention spéciale au « soutien-gorge à piles qui n’s’allume qu’aux beaux yeux ») Cela fonctionne étonnamment bien. Pourquoi donc ? Peut-être parce-que malgré l’aspect « liste », il y a de vraies trouvailles, et que FERRE ne cède pas à son goût des calembours, qui ont parfois semblé faciles.

On enchaîne sur « Le Palladium », celui de la rue Fontaine, également chanté par GAINSBOURG en cette année 1966. On aurait pu croire que FERRE s’en moquerait ouvertement, du Pepsi et des MONKEES, mais il semble plutôt amusé par le phénomène, déjà attiré par une jeunesse qui bouillonne, même si c’est davantage par effet de mode (« Qui est in / Qui est out ?») que pour réclamer le Grand Soir. Texte léger sur un Jerk endiablé (pour du FERRE), cela annonce les années à venir, la déclamation, le groupe ZOO.

« La Faim », « La Complainte de la Télé » suivent, d’autres encore. Tout l’univers de FERRE est là : l’amour, la critique de la société, l’ironie, la poésie, et la Mort bien évidemment, avec un M majuscule, qui hante le poète et remet chacun à sa place. Difficile de ne pas mentionner cette chanson, évident plat de résistance du disque au vu de son titre, mais également exercice d’équilibriste de FERRE, qui avance mieux que jamais sur l’étroit chemin séparant l’émotion du ridicule. Emphatique, lyrique, FERRE vous prend toutefois aux tripes, scandant « La Mort » avec une effrayante conviction, en en faisant des tonnes mais comme pour parvenir à un complet dénuement.

Alors, grand album ? Il faut tout de même lui reconnaître deux défauts : des références culturelles parfois datées (The MONKEES*, Guy Lux), et un goût jamais démenti pour les chœurs de femmes emplissant certaines chansons de « ououououououou » inutiles. Mais pour le reste, c’est impeccable, et surtout : l’équilibre atteint dans les chansons est également perceptible dans la structure du disque. FERRE a – enfin ! – composé un album, et non une suite de textes qu’il aurait assemblé au petit bonheur.

Comme interprète et compositeur, FERRE nous avait déjà conquis. Mais avec 1916-19… FERRE prouve qu’il est également un excellent auteur, et non un simple versificateur ayant de temps à autres de vrais moments d’inspiration. Ici, les textes sont maîtrisés de bout en bout, semblent avoir été écrits avec aisance, mais jamais avec facilité. FERRE, qu’il raille les travailleurs électeurs (« La Grève ») ou les romantiques, balance son admiration pour un « Beau Saxo » ou s’attaque à la Faucheuse, montre enfin ce qu’il est : un artiste haut en couleurs, et dont la langue peut côtoyer les celle des plus grands.


*Oui, je sais, les MONKEES existent toujours. Mais je ne suis pas sûr que leur nom évoque grand-chose chez nos plus jeunes lecteurs.

A lire aussi en VARIÉTÉ FRANÇAISE par LE BARON :


Léo FERRE
Verlaine Et Rimbaud Chantés Par Léo Ferre (1964)
Léo, le Saturnien et le Voyant.




Léo FERRE
Amour Anarchie (vol.1) (1970)
Ferré s'offre une deuxième jeunesse


Marquez et partagez





 
   LE BARON

 
  N/A



Non disponible


- 1916-19...
1. La Poésie
2. Le Palladium
3. La Faim
4. La Complainte De La Télé
5. La Mort
6. Beau Saxo
7. On S'aimera
8. Les Romantiques
9. C'est La Vie
10. La Grève
11. Paris-spleen
12. L'Âge D'or



             



1999 - 2024 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod