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- Style : Glenmor, Hubert Felix Thiefaine , Bernard Lavilliers

Léo FERRE - Paris Canaille (1953)
Par LE BARON le 5 Janvier 2017          Consultée 536 fois

La discographie de Léo FERRE est abondante, elle débute dès 1950 par une série de 78 tours édités par Le Chant du Monde. Après, l’histoire se complique un peu : passé chez Odéon, FERRE publie un premier 33 tours, mais Le Chant du Monde lui réclame une douzaine de chansons, conformément à son contrat. FERRE s'en sortira en réenregistrant les chansons des premiers 78 tours, pour publier un 33. Un 33 qui sera son deuxième disque, contenant des chansons sorties avant le premier. Vous êtes encore là ? Le disque chroniqué ici correspond donc au premier 33 tours édité par Odéon. On reviendra sur les premières chansons ensuite.

Poursuivons les précisions nécessaires à la compréhension d’une œuvre démarrant aussi tôt : ce disque ne s’appelle pas Paris Canaille. Comme beaucoup de 33 tours de l’époque, il n’a pas de titre. Les éditeurs publiaient des 78 ou des 45 tours, puis les compilaient en 33, pas forcément très soucieux d’une cohérence d’ensemble. La notion-même d’album viendra plus tard, dans les années 60. On parle toutefois de Paris Canaille parce que c’est le titre qui rencontra le plus de succès et permit à FERRE de commencer à sortir de la mistoufle, lui qui, à presque 40 ans, en est toujours à courir les cabarets d’un soir l’autre pour gagner de quoi manger. La bohème, quoi !

Bien que FERRE soit déjà un auteur confirmé, il démarre ce disque par deux textes qui ne sont pas de lui et qui marqueront son œuvre : « Monsieur William », de Jean-Roger CAUSSIMON, dont on reparlera, et « La Chambre », de René Baer.

« Monsieur William » est une pépite d’humour noir. Il s’agit de la dérive lamentable et finalement tragique d’un « employé modèle » parvenu « jusqu’à la quarantaine, sans fredaines », partant d’un coup s’encanailler dans les bas-fonds de la treizième avenue. Le texte n’a pas pris une ride, il est toujours aussi méchamment drôle. FERRE, qui n’a jamais aimé la médiocrité, s’en donne à cœur joie dans son interprétation, et semble littéralement cogner sur le petit employé avec une délectation communicative.

« La Chambre », c’est la description ironique et en creux d’une certaine misère : le narrateur décore la pièce « des diplômes [qu’il] a manqués », des « photos de celles qui se refusèrent », des « Chambertin et des Margaux dont [il] ignore jusqu’à l’arôme », etc. Ces deux textes rencontreront un réel succès d’estime. Le fait qu’ils ne soient pas de FERRE n’a pas grande importance au fond parce qu’ils font complètement partie de son univers, mais également parce que son interprétation, si personnelle, lui permet de les rendre siens. FERRE n’a d’ailleurs jamais hésité à chanter les textes d’autres auteurs, pourvu qu’il soient conformes à la qualité des siens.

Les autres chansons sont également bonnes pour la plupart. Se détachent de l’ensemble « Les Vitrines », charge anticonsumériste plutôt étonnante pour l’époque*, « Judas » ou « ...Et Des Clous ». Puis vient « Paris Canaille », qui connaîtra le succès notamment grâce aux interprétations de Catherine SAUVAGE ou Juliette GRECO. Je dois avouer que je n’aime pas beaucoup ce titre qui me paraît plus banal, quoique très bien écrit. La gouaille, les flonflons, la posture de Gavroche et de fleur de bitume semblent artificiels, plaqués. FERRE est ici victime de son propre talent littéraire qui le rend capable d’écrire avec une facilité certaine, même lorsqu’il ne s’incarne pas entièrement dans son texte.

Il faut également mentionner de vraies faiblesses : « Les Cloches de Notre-Dame », pompeuses et démagogues, « Notre Amour », larmoyant, et « Le Pont Mirabeau », sur un texte de Guillaume Apollinaire. Si ce dernier est un des poètes préférés de FERRE, avec Baudelaire, on ne peut pas dire que cette première mise en musique soit réussie. FERRE en fait des tonnes, semble engoncé dans une solennité qui rend l’ensemble vieillot, et même ridicule. Passons, FERRE retrouvera ses poètes préférés tout au long de sa carrière, et parfois pour le meilleur.

Premier disque d’une copieuse discographie, cet album est déjà bon. A près de 40 ans, Léo FERRE est déjà un auteur/compositeur/interprète accompli, à défaut d’être encore majeur. Les textes sont pour certains excellents. La musique, plus banale** et la piètre qualité des enregistrements de l’époque donnent un côté un peu suranné à l’ensemble. Mais, ne serait-ce que pour « Monsieur William », cet album est important.


* « La Complainte du Progrès », de Boris Vian, ne sera créée qu’en 1955.
**A l’exception de « Monsieur William », dont la musique accompagne merveilleusement le texte.

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   LE BARON

 
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- Léo Ferré (voix)
- Jean Faustin (arrangements)


- léo Ferré (paris Canaille)
1. Monsieur William (j-r. Caussimon)
2. La Chambre (r. Baer)
3. Les Vitrines
4. Le Pont Mirabeau (g. Apollinaire)
5. Judas
6. Notre Amour
7. ...et Des Clous
8. Les Cloches De Notre-dame
9. Paris Canaille



             



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