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Al JARREAU - This Time (1980)
Par BAKER le 16 Novembre 2018          Consultée 153 fois

Fini de rire, les gueux. Jusqu'ici, on vous avait montré des petits essais, des bribes, du Al JARREAU débutant, tentant de trouver son style, naviguant à vue entre jazz pur, ballades soul, scat et bossa nova. Avec pas mal de réussites, franches mêmes, mais aussi des tâtonnements. This Time, c'est la fin de la récré. Il y aura un avant et un après ; et après quelques petites écoutes de ce chef-d'oeuvre, la génuflexion devant le Roi du jazz vocal est imposée. Car en réunissant, non pas de bons musiciens mais LES musiciens, ceux qu'il faut où il faut, Al JARREAU frappe fort et livre un disque fascinant, de propreté, de générosité, de soin.

Visez un peu ce tableau de chasse. Quand on parle de la crème, de l'élite des musiciens de studio, vous en avez ici un annuaire. Gadd, Duke, Parks, Findley, quasi tout le casting est constitué de grands noms, qui se répartissent harmonieusement les tâches. Il y a cependant un artiste qu'on remarque plus que les autres : Jay Graydon. Guitariste sous-estimé, qui est à David FOSTER ce que feu Walter Beckett était à Donald FAGEN, il semble avoir influencé JARREAU dans ses choix ; par-dessus se greffent les compositions de Tom Canning qui a véritablement pris le coup de main, et dès le premier titre, on est happés par la puissance mélodique phénoménale.

Car les errances stylistiques sont finies. JARREAU tape dans la variété ultra haut-de-gamme ou le jazz fusion hyperpoppisant, selon vos affinités, et met son organe vocal extraordinaire au service de chansons finement ciselées, de l'orfèvrerie 36 carats. Chaque son, chaque instrument, chaque note est pensée en amont, et tandis qu'Al chante des mélodies souvent accrocheuses, et dans leur majorité accessibles, la musique elle dresse un tapis harmonique délicieusement compliqué. Mais écoutez-moi donc cette intro de disque ! Il n'y a pas un seul accord "normal", que des sixtes, des neuvièmes, des 13èmes, des diminués... du jazz quoi ! A rendre le père Blaise cardiaque. Mais avec un son si enveloppant, une conviction instrumentale si fière, que même les réfractaires aux musiques complexes ne pourront que se laisser entraîner.

Là est la magie de cet album : présenter une musique foncièrement savante, sous des atours les plus populaires possibles. Le titre d'ouverture est donc, à lui seul, un chef-d'oeuvre méritant l'achat : savourez donc, après un pont romantique, cette guitare électrique déboulant dans l'arène à cent à l'heure pour introduire, mais oui messieurs dames, une transpose, une belle transpose bien grasse et bien dodue ! A en défaillir de bonheur. Et d'autres titres, comme "Love is Real" (ce que le disco aurait été s'il avait eu de la classe), "Change Your Mind" (entre LEVEL 42, Alan PARSONS et l'album suivant), ou le délicieusement putassier "Your Sweet Love" (médaille d'argent de l'ouverture de braguette 1980, perdant de peu face au challenger George BENSON), voilà des chansons "simples", catchy, que vous pouvez siffloter sous la douche le matin, et décortiquer note après note le soir.

Et vous avez aussi les titres moins évidents mais tout aussi fantastiques. "Alonzo" par exemple, très original pour du JARREAU, presque minimaliste, au final un peu prog psyché planant, et à la voix digne, comme réprimant un sanglot. Ou la chanson de clôture, calme, apaisante, plus acoustique, presque folk - avec à la batterie un beat de double rimshot, effet de style souvent utilisé sur une caisse claire mais à ma connaissance jamais en rim ! Et que dire de "Spain" pour réellement lui rendre hommage, à cette chanson en forme de défi, prenant un standard de Chick COREA pour en faire une vraie chanson - inchantable par aucun humain normalement constitué, mais passée par JARREAU les doigts dans le nez, avec en cadeaux bonus une leçon de scat à se pâmer et un petit solo de synthé de Larry Williams pas piqué des vers.

Brillant, ce disque l'est à plus d'un titre. D'une technicité hors du commun, il possède pourtant cette grâce tant recherchée qui donne l'impression que les musiciens jouent sans effort. Les chansons moindres sont déjà très bonnes, les meilleures sont stratosphériques. Surtout, bien que les sentiments varient - et heureusement, on sent que "le" son a clairement été trouvé. Un très grand disque d'un artiste qui s'apprêtait pourtant à aller encore un petit cran plus haut, comme si cela n'était pas déjà assez incroyable.

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   BAKER

 
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- Al Jarreau (chant)
- Jay Graydon (guitare, prog)
- Dean Parks (guitare)
- Greg Mathieson (claviers)
- Tom Canning (claviers)
- David Foster (claviers)
- Michael Omartian (claviers)
- Larry Williams (claviers)
- George Duke (claviers)
- Steve George (claviers)
- Abraham Laboriel (basse)
- Carlos Vega (batterie)
- Ralph Humphrey (batterie, percussions)
- Steve Gadd (batterie)
- Jerry Hey (cor, trompette)
- Bill Reichenbach (trombone)
- Chuck Findley (trompette)
- Lon Price (saxophone)
- Les Thompson (harmonica)
- Oscar Castro Neves (guitare)
- Earl Klugh (guitare)


1. Never Givin' Up
2. Gimme What You Got
3. Love Is Real
4. Alonzo
5. (if I Could Only) Change Your Mind
6. Spain (i Can Recall)
7. Distracted
8. Your Sweet Love
9. (a Rhyme) This Time



             



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