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Al JARREAU - Tenderness (1994)
Par BAKER le 14 Mars 2019          Consultée 53 fois

Ou comment revenir de loin, prendre le taureau par les cornes, ce que vous voulez comme expression désignant le come-back magnifique d'un survivant. En studio, Al JARREAU se perd un peu. Lui qui vient du jazz pur et dur, sa tendance à largement ouvrir son horizon musical a été couronnée de succès, mais à quel prix ? En 1994, cela fait désormais 10 ans pile qu'il fricote avec les machines, et il sent bien qu'icelles commencent à dévorer son âme. Il prend alors une décision radicale : son prochain album ne sera pas un studio mais un "live in the studio", bestiole hybride qui ne fonctionne pas toujours. Ce serait sous-estimer la bête.

In the studio, comme ça pas de panique, "environnement contrôlé" qu'on appelle ça. Mais live, oh que oui, bien live, très live, vivant, respirant, transpirant. S'appuyant sur des musiciens au top niveau - MILLER, Saisse, Sample, SANBORN et d'autres titans de la scène américaine - JARREAU donne son tout-va dans une prestation fantastique, à la hauteur de son immense réputation. Se basant majoritairement sur des reprises - des reprises déjà testées en studio d'ailleurs, JARREAU est en quête d'une nouvelle crédibilité, de ses racines et il ne met pas longtemps pour les retrouver : 5 pauvres petites minutes.

"Mas Que Nada", reprise du standard de Sergio MENDES, est peut-être l'un des meilleurs openers d'album live de toute l'histoire. Dire que l'ambiance est fabuleuse est encore la sous-estimer. C'est chaloupé, ça cocotte de partout, ça pue l'huile de monoï et le sable à la limite du torréfié, les choeurs brésiliens, le piano avec ce solo de fou, cette basse élastique, ces harmonies, ce rythme, on se croirait dans "Magical Sound Shower" de Out Run, et oui, sous ma plume il s'agit d'un immense compliment. Les musiciens ne sont pas seulement carrés, ils se fondent l'un dans l'autre, leur complicité est palpable, et Al, mais Al, mais il atomise tout, il se met le public et la scène dans la poche en un tournemain. C'est l'expression la plus pure de la générosité en musique.

Après une telle gifle, la barre est placée trop haut, mais les trois bons quarts de ce live se hissent à un niveau stratosphérique. Tout du long, JARREAU se donne à fond : taquin ("Try a Little Tenderness" où le public exulte comme un seul homme), sensuel ("We Got By", où sexuellement seul le sax fabuleux de David SANBORN peut rivaliser), intimiste ("She's Leaving Home" qui monte en intensité subrepticement), ou carrément fou (le final scat de "Summertime", peut-être son summum vocal), il agit en vrai chef-d'orchestre. A ses côtés, chaque musicien a l'occasion de briller, que ce soit la guitare CLAPTONesque et les percussions folles de Da Costa sur ledit "Summertime", les cuivres magnifiques sur la très COLTRANEsque "Save Your Love For Me", ou encore une chanteuse qui a les faveurs d'un duo sur "My Favourite Things" : retour total aux sources puisque c'est avec ce titre qu'Al a débuté sa carrière sur les planches, 29 ans auparavant ! Si je vous dis que l'ombre de Joe JACKSON plane sur cette reprise, ça vous convainc ?

Le dernier quart de ce concert marque le pas, l'empêchant de très peu de se hisser au panthéon des albums live indispensables, mais on s'en approche terriblement. Il y a en fait un peu trop de ballades d'un coup, mais s'il manque un dernier titre punchy qui aurait équilibré le tout, on ne peut qu'applaudir devant les harmonies veloutées de "Dinosaur", et la bouffée d'oxygène qu'est la très simple, mais splendide, "Wait for the Magic". Ca serait passé si le disque ne se finissait pas sur une impardonnable erreur : un fade-out. Un fade-out rapide, moche, bâclé, et sans public, soit la pire façon possible de terminer un disque live. Bonne grosse douche froide.

Et la douche froide, en général, c'est utilisé pour remettre les idées en place. C'est exactement ce qu'a fait Al JARREAU sur ce disque : recaler les pendules à l'heure. Le patron, c'est lui. Impérial au niveau vocal, irréprochable côté présence, ayant su fédérer un conglomérat de musiciens au zénith, JARREAU remet la reine sur l'échiquier : finies les errances, l'homme aux mille voix va reprendre sa carrière en main, et ça commence aujourd'hui. Sincère, chaleureux, ce live est un grand moment de bonheur et une étape importante, pour ne pas dire capitale, dans la carrière d'un grand artiste. Try a little tenderness, ça ne vous fera pas de mal.

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   BAKER

 
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- Al Jarreau (chant)
- Kathleen Battle (chant)
- Joe Sample (claviers)
- Neil Larsen (claviers)
- Jason Miles (claviers)
- Philippe Saisse (claviers)
- Eric Gale (guitare)
- Paul Jackson Jr (guitare)
- Marcus Miller (basse)
- Steve Gadd (batterie)
- David Sanborn (saxophone)
- Kenny Garrett (saxophone)
- Michael Brecker (saxophone)
- Michael Stewart (trompette)
- Bashiri Johnson (percussions)
- Don Alias (percussions)
- Paulinho Da Costa (percussions)
- Jeff Ramsey (choeurs)
- Sharon Young (choeurs)
- Stacy Campbell (choeurs)


1. Mas Que Nada
2. Try A Little Tenderness
3. Your Song
4. My Favorite Things
5. She's Leaving Home
6. Summertime
7. We Got By
8. Save Your Love For Me
9. You Don't See Me
10. Wait For The Magic
11. Dinosaur
12. Go Away Little Girl



             



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