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Brenda LEE - Too Many Rivers (1965)
Par LE KINGBEE le 24 Novembre 2021          Consultée 125 fois

A l’instar du titre du disque et de sa référence à l’eau, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les débuts tonitruants de Brenda LEE. Nous sommes maintenant en 1965 et Brenda est désormais la maman comblée d’une petite fille. Dire que Ronnie Shacklett (le mari et papa) veille au grain serait presqu'un euphémisme. L’homme s’intéresse avant tout à la santé et au bien-être de sa petite famille. Il est hors de question que la jeune maman passe son temps en studio et en tournée et qu’elle ne soit pas rétribuée à sa juste valeur, d’autant plus que Brenda commence à avoir quelques petits soucis avec ses cordes vocales.

Ce nouvel opus, le troisième de l’année, résulte de trois sessions (29 janvier et 24 octobre 64, 19 juillet 65). La journée du 19 juillet 65 reste la plus prolifique avec huit titres mis en boîte lors d’une session matinale suivie d’une séance l’après-midi. Pour Decca, il s’agit de faire rentrer dans ses caisses un peu de maille. La firme sait très bien que la carrière de la chanteuse risque de s’arrêter d’un jour à l’autre. Pour le label, la priorité reste l’appât du gain. Pour preuve, si 11 titres émergent des trois sessions précitées, il manque une chanson pour arriver au quota de 12, le format du moment. La firme ne trouve rien de mieux que de farfouiller dans ses fonds de tiroirs et ainsi d’incorporer "No One", une chanson enregistrée le 18 aout 1960, soit cinq ans plus tôt que les trois quarts du disque. Il n’y a pas mort d’homme, ce procédé était relativement courant à l’époque, une époque où la priorité se résumait déjà en un seul mot : dollars ! Soyons honnêtes et n’allons pas chercher la petite bête, ce titre sorti des oubliettes n’a rien de choquant. On y retrouve de surcroit pratiquement la même équipe de sidemen qui accompagne Brenda en studio depuis ses débuts.

Owen Bradley a décidé que Brenda devait reprendre "It’s Not Unusual", popularisé quelques mois plus tôt par Tom JONES. Une idée rentable d’autant plus que les droits de la compo de Gordon Mills et Les Reed tombent dans l’escarcelle de la firme. Autant dire que si le hit du Gallois est entré dans l’inconscient collectif, Brenda nous sort une reprise solide et dynamique, bien supérieure selon nous à la future cover de CHER. A l’origine, Sandie Shaw devait enregistrer le titre mais l’aurait refusé au détriment de Tom Jones. Chez nous, le chanteur Noel Deschamps en délivra une adaptation loin d'être honteuse. Sorti après la Première Guerre, "Whispering" a fait les beaux jours des Big Band avant de tomber dans le tout venant (Bing Crosby, Lena Horne). Brenda nous offre ici une version rythmée pleine de fantaisie à défaut de révolutionner le monde. Issu de Broadway, "Hello Dolly" fut l’un des cartons de l’année 64. Totalement imprévue au départ, la version de Louis Armstrong avait même ravi la plus haute marche des charts aux BEATLES. Tout le monde essayait de se faire une petite place au soleil en reprenant le tube de Jerry Herman. Brenda se fait ici assez gouailleuse pour apporter du piment au morceau. Chez nous, le titre fut adapté par Pierre Delanoë et si la belge Annie Cordy s’offrait d’interminables passages sur nos ondes radios, on ne pourra que conseiller la reprise de Philippe Clay.

On retrouve ensuite une flopée de balades : "Call Me Irresponsible" s’ouvre sous un déluge de violonades. Issu de Papa’s Delicate Condition, un obscur nanar avec le comique Jackie Gleason, le titre oscarisé par Hollywood diffuse une ballade insignifiante. La chanson tombera dans l’escarcelle de nombreuses chanteuses sixties, Brenda ne parvenant pas plus qu’une autre à rendre cette mièvrerie intéressante. Issue de la comédie musicale anglaise The Roar of the Greasepaint – The Smell of the Crowd, "Who Can I Turn To (When Nobody Needs Me)" s’annonce comme le parfait prototype de la balade sans saveur, une vraie mignardise. On se demande par quelle opération du Saint Esprit le crooner Tony Bennett était parvenu à faire entrer la chanson dans les classements. Toute la beauté du timbre de Brenda LEE se répercute sur "Stormy Weather" ◌, standard de la paire Ted Koehler/Harold Arlen qui servait à annoncer la parade au célèbre Cotton Club d’Harlem. Si Doris TROY, Etta JAMES ou Lorraine Ellison délivrèrent des interprétations valant le détour, Brenda ne s’en sort pas si mal, si ce n’est cette désagréable boursouflure de violons. Autre grand classique à ranger bien souvent dans le tiroir des sucreries, "Unforgettable", popularisé par Nat King Cole puis Dinah Washington, a été mis à toutes les sauces. Malgré les violonades, Brenda délivre une interprétation moelleuse évitant tout grain de maniérisme et de guimauve. C’est autre chose que les essais pleins d’esbroufe d’Il Divo ou Brook Benton. Autre balade d’un autre temps avec "Everybody Loves Somebody". Bien avant que Dean MARTIN n’en fasse un hit intemporel, Peggy LEE puis SINATRA avaient distillé des versions au rythme extra lent. Là, Brenda colore la chanson de sa voix de petite fille, un trait trop prononcé à notre goût.

On se demande pourquoi Owen Bradley cantonne la chanteuse dans le domaine de la variété à l’américaine ? Bien qu’elle donne son titre au disque, il y avait surement mieux à faire que de reprendre "Too Many Rivers", une guimauve Country d’Harlan Howard. Posée sur une mélodie simple, le manque de prise de risque frappe les esprits. L’orchestre de Grady MARTIN semble faire la sieste sous un fond de violons. Certes, la version nous semble plus douce et moins larmoyante par rapport aux essais péquenauds avec lap steel de Kitty Wells, Connie Smith ou Jessi Colter, mais cela demeure insuffisant pour en faire une bonne chanson. On se demande bien par quel malheureux hasard Owen Bradley a déniché "No One", le fameux titre issu d’une session de 1960. Composition du prolifique tandem Mort Shuman/Doc Pomus, la chanson avait été enregistrée par Connie Francis dans une veine inspirée d’une Pop italo-américaine pour midinette. Reposant sur un rythme assez lent, des cordes et des chœurs à n’en plus finir, la chanson de type slow fox s’oublie très vite. Ray Charles ne fera pas mieux avec un R&B édulcoré, bourré de chœurs et de cuivres. "Truer Than True" un mid tempo Pop évoque le répertoire de Petula Clark et ne restera pas dans les annales, idem avec "Think " *, une balade Pop insipide avec encore une fois un trop plein de violons.

On a l’impression que Decca se précipite de manière à pouvoir amasser de la maille à moindre frais. Owen Bradley a tenté de transformer la petite Miss Dynamite en une chanteuse Pop, grosse erreur de diagnostic. Au moment de faire les comptes, à peine un tiers du disque peut encore faire illusion. C’est d’autant plus dommage que la reprise de "It’s Not Unusual" lançait le disque sur de bons rails. L’orchestre dirigé par Grady Martin semble parfois amorphe, comme étouffé par les chœurs et violonades greffés par Bradley. A force d’enfiler les disques comme d’autres les perles, il arrive que l’élastique casse. Ce disque qu’on classera en Variété Internationale ne vaut pas plus de 2 aujourd’hui, malgré toute l’estime portée à Brenda LEE.

◌Titre homonyme à ceux de Leo Sayer et Pixies.
*Titre homonyme à ceux d’Aretha Franklin, Jimmy McCracklin, The 5 Royales, Rolling Stones, Curtis Mayfield.

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- Brenda Lee (chant)
- Grady Martin (guitare)
- Ray Edenton (guitare 1-2-3-4-5-6-7-8-9-11-12)
- Harold Bradley (guitare)
- Bob Moore (basse)
- Buddy Harman (batterie)
- Floyd Cramer (piano)
- Boots Randolph (saxophone 10)
- Anita Kerr (chœurs)
- Dottie Dillard (chœurs)
- Bill Wright (chœurs)
- Louis Nunley (chœurs)


1. It's Not Unusual
2. Call Me Irresponsible
3. Too Many Rivers
4. Who Can I Turn To (when Nobody Needs Me)
5. Whispering 2:20
6. Stormy Weather (keeps Raining All The Time)
7. Hello, Dolly!
8. Unforgettable
9. Everybody Loves Somebody
10. No One
11. Truer Than True
12. Think



             



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