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Peggy LEE - Guitars A La Lee (1966)
Par LE KINGBEE le 30 Juillet 2022          Consultée 191 fois

Nous sommes maintenant en 1966, on semble vivre une époque bénie : chez nous, on lance Aldébaran, premier essai nucléaire d’une longue série sur Moruroa, un atoll polynésien bien éloigné de l’Elysée, création d’une nouvelle Police Nationale, tandis que le Fond de développement économique et social vient à la rescousse de la sidérurgie française, branche emploie 200 000 personnes, lui octroyant un crédit de 450 millions d’euros. Vingt ans plus tard, la même industrie ne comptait plus que 85000 salariés. On vous le dit, tout va bien.
En Amérique, lancement de Medicare, système d’assurance santé pour les plus de 65 ans, géré par le gouvernement alors qu’à Cleveland, le gouverneur fait appel à la Garde Nationale afin de mettre fin à de graves émeutes raciales tandis que les contestations massives en défaveur de la Guerre au Vietnam se multiplient, alors que le déficit du pays s’aggrave suite aux dépenses militaires. A part ça, tout va bien.

De son côté, la firme Capitol décide qu’il est grand temps de réexpédier Peggy LEE, l’une de ses meilleures valeurs marchande, en studio. Enregistré à Hollywood en trois sessions (18 - 22 - 26 juillet), l’album ne brille aucunement par l’originalité de son titre, Capitol se contentant d’agrémenter la locution 'Ala Lee', formule déjà éprouvée dans deux disques précédents. Si la chanteuse est confiée à Dave Grusin, arrangeur et chef d’orchestre pour le coup, Capitol ne s’est pas cassé le bonichon pour trouver un répertoire digne du talent de sa chanteuse. En fait, le producteur 'Big' Dave Cavanaugh a pioché au petit bonheur la chance dans un maelstrom fait de bric et de broc, constitué de titres connus et d’obscurités. Seule la trame de la guitare, instrument à la mode en cette période du milieu des sixties, sert de rampe de lancement.

Dès "Nice N Easy", une compo du couple Bergman, on a l’impression fugace d’entrevoir un loup. En effet, le titre popularisé par Frank SINATRA semble apparaître ici sous la forme d’une subvention, Capitol étant déjà propriétaire des droits. Si la qualité du chant ne peut aucunement être en cause, on a l’impression que les musiciens nous refilent le minimum syndical avec, comme seul mot d’ordre, de ne pas faire de vague avec ce mélange de bossa et de calypso plus ou moins jazzy. Certes, la version nous paraît bien supérieure à la tentative aguicheuse de Nancy Sinatra, mais cela est bien loin de lancer la galette sur de bons rails. On vient de parler du bon père Frank, en 1966 "Strangers In The Night" allait déferler sur les ondes via la version chantée de SINATRA, composé à l’origine sous forme d’instrumental par Bert Kaempfert pour le nanar hollywoodien A Man Could Get Killed avec James Garner. Rien qu’en 1966, on comptait 26 reprises chantées et 45 instrumentaux du morceau. Mais encore une fois, le rythme indolent vraiment mou du genou et une orientation aux effluves latines sont loin d’être de bons filons. Certains auditeurs reviendront surement vers la version de SINATRA, crooner dont je ne suis pas fan.

Deux compos contribuent à apporter une touche plus personnelle : "Goodbye My Love" *, une balade Jazzy bien mollassonne ne valant que pour le timbre de voix, et "My Guitar", titre extra lent s’inscrivant dans la même lignée.

Stan Freeman, parolier, pianiste et ancien complice de la chanteuse, lui offre "Think Beautiful", un mélange plus rythmé valant essentiellement par la dualité entre la guitare et le piano de Lou Levy. Création de Luiz Bonfa, créateur du célèbre "Black Orpheus", "An Empty Glass" s’inscrit totalement dans le domaine de la balade brésilienne Jazzy type Bossa Nova. Second emprunt au guitariste Luiz Bonfa avec "Sweet Happy Life", adaptation américaine de "Samba de Orfeu" ; cette fois, le tempo imprimé par l’orchestre monte d’un cran, nous sortant de notre léthargie. "Good Time", une compo du tandem Hugo & Luigi, tente de marcher dans les pas d’une balade Jazzy à la SINATRA, mais la cadence s’avère trop lente pour faire avancer le Schmilblick et attirer l’oreille durablement. Un essai tout juste supérieur à celui de Steve Lawrence, longtemps membre du duo Steve & Eydie. Autre inusité avec "Touch The Earth", une création de la chanteuse Jeri Southern offerte au crooner Tony Bennett. Là encore, l’allure apathique ne contribue pas à faire de cette balade un titre de choix. Après une brève intro à l’orgue d’église, la cadence s’accélère par l’entremise d’une guitare et d’une voix qui se veut un peu plus espiègle. La mélodie demeure caractéristique du tandem Jerry Bock/Sheldon Harnick, les créateurs de la pièce "Fiddler On The Roof" (Un violon sur le toit).
L’album s’achève sur une bonne note avec "Call Me", compo entraînante de Tony Hatch popularisée par Petula CLARK et LULU. L’interprétation de Peggy n’a rien à envier à celles des deux précitées ni à celle de Jackie DeShannon. Les instrumentistes mettent leur chanteuse au diapason avec une montée de cuivres qu’on attendait depuis longtemps. Terminons ce tour d’horizon avec le morceau phare de l’album, "Mohair Sam". Superbe compo du Country Dallas Frazier, le titre avait été préalablement enregistré par Charlie Rich sous la bannière de Smash Records. Depuis, le titre a été repris à toutes les sauces souvent discutables. Si on reste assez attaché aux versions de Frazier et de Slim HARPO, auteur d’une interprétation époustouflante, Peggy LEE nous assène une version imparable dans laquelle la voix féminine apporte un plus incontestable sur des paroles à la limite du loufoque : "Well - who is the hippie that's happenin' all over our town ? - Tearin' up chicks with the message that he lays down - Who is the coolest guy, what is, what I am ? - Fast-talkin' - slow walkin' - good-lookin' mohair sam". Tout un programme et un regard sur une époque révolue, alors que dans notre petite contrée Annie Markan, chantera "Fière allure et cheveux longs", adaptation de Long Chris, alias Christian Blondieau, beau-père en deux occasions du Sieur Hallyday. Encore une preuve que le ridicule ne tue pas !

Au moment de faire les comptes, le résultat final approche la faillite. On retrouve parmi ces douze pistes plus de titres qui ne passeront pas l’hiver avec des balades lentes qui ralentissent inévitablement l’attention des auditeurs. Aujourd’hui, seuls quatre titres tiennent encore la route, ce qui fait trop peu pour atteindre la moyenne, malgré tout le talent de Peggy LEE, la faute à une maison de disques qui ne pensait, comme bien souvent, qu’à enfiler les titres, comme d’autres enfilent les perles.


*Titre homonyme à ceux des Searchers, Demis Roussos, The Gary Glitter Band.

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   LE KINGBEE

 
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- Peggy Lee (chant)
- Laurindo Almeida (guitare)
- Dennis Budimir (guitare)
- Robert Bain (guitare)
- John Collins (guitare)
- Herb Ellis (guitare)
- Al Hendrickson (guitare)
- Louis Morell (guitare)
- Max Bennett (contrebasse, basse)
- Larry Bunker (batterie)
- Justin Gordon (saxophone)
- Jack Sheldon (trompette, flûte)
- Francisco Aguabella (bongos, congas)
- John Guerin (percussions)
- Lou Levy (piano)


1. Nice 'n' Easy
2. Strangers In The Night
3. Mohair Sam
4. Goodbye, My Love
5. Think Beautiful
6. An Empty Glass
7. Good Times
8. Sweet Happy Life
9. Touch The Earth
10. Beautiful, Beautiful World
11. My Guitar
12. Call Me



             



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