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JETHRO TULL - Rock Island (1989)
Par MARCO STIVELL le 23 Avril 2014          Consultée 3480 fois

JETHRO TULL, moribond au milieu des années 80, se voit regonflé par le succès de son retour avec Crest of a Knave, raflant même le Grammy Award du meilleur album de heavy-metal au nez et à la barbe de METALLICA, un peu injustement il faut bien le dire et bien que cette image puisse faire rêver de nos jours... En toute logique, Rock Island marche sur les traces de son prédécesseur, offrant dans la bonne tradition du groupe un mélange de folk et de rock, transposé aux années 80 avec un emballage plus musclé que jamais.

Pour preuve, les deux premiers morceaux démarrent le disque sur les chapeaux de roue. « The Rattlesnake Trail » rappelle les meilleurs moments du blues-rock américain de l'époque avec des tics à la ZZ TOP, et « Kissing Willie », non moins vitaminé, fait la part belle au combo flûte-mandolines et à la dérision habituelle du groupe dans une ambiance pour le moins grivoise. Le clip de cette chanson, réalisé par Storm Thorgerson est à voir de toute urgence, ne serait-ce que pour l'esprit façon sketch de Benny Hill ainsi que les performances de Dave Pegg et Martin Barre en laquais. D'autres titres de l'album partagent volontiers cette influence roots et mordante. « Undressed to Kill » est de ceux-là : les auditeurs qui ont tiqué en entendant « Beastie » sur le très décrié Broadsword and the Beast en 1982 pourront apprécier ici le même type de blues mid-tempo épique, mais revêtu d'une toute autre manière, bien plus organique malgré une réverbératon inévitable et propre à la décennie.

C'est d'ailleurs une des principales qualités de Rock Island. Les membres de JETHRO TULL sont moins divisés entre la cohésion de groupe et l'envie d'utiliser des moyens plus économiques et factices, comme ce pouvait être le cas sur Crest of a Knave pour des titres comme « Raising Steam », « Dogs in the Midwinter » et le tube « Steel Monkey ». Ils n'ont en revanche pas pu s'empêcher d'exploiter à nouveau la formule de ce dernier titre, ce qui nous donne « Heavy Water » et qui n'en demeure pas moins vibrant. La production est ainsi plutôt unie grâce à l'omniprésence de la rythmique basse-batterie, la quasi-absence de programmations et l'effacement des claviers. De ces derniers, on en trouve sur toutes les chansons, particulièrement le son de nappes au Synclavier qui donne une certaine couleur aquatique, mais en arrière-plan, ne déteignant jamais sur la puissance rock recherchée. Pour l'anecdote, tous les titres de « Ears of Tin » à « Heavy Water » contiennent la participation de Peter-John Vettese, musicien tristement célèbre au sein des détracteurs de la période 1982-1984.

Si Rock Island possède un son rock « dur », il en est de même pour le ton de certaines paroles. « Heavy Water » fait d'une pierre deux coups en mentionnant Tchernobyl et la pollution qui donne naissance aux pluies acides. Plus nostalgique, « Ears of Tin » évoque la désertion des campagnes au profit de l'urbanisation dans l'ouest de l'Ecosse. Ce titre est d'ailleurs l'un des plus représentatifs de leur volonté (encore présente) d'offrir des contrastes musicaux saisissants, ici par exemple une chanson de marin à base de mandolines qui se transforme en rock de haute voltige.

Sur un schéma musical similaire, le titre « Rock Island » est pourtant plus rassurant, son image étant celle de la retraite parfois nécessaire au sein du cocon familial. Une chaleur qui transparaÏt aussi sur le très joli et reposant « Another Christmas Song », à la fois réponse et antithèse de l'original de 1968. L'ambiance paisible de cette chanson s'éloigne en revanche de l'étonnant « Strange Avenues », dont les deux tiers sont constitués d'une improvisation entre les musiciens, quasi-inquiétante mais non moins intéressante. Citons encore « Big Riff and Mando », histoire développée autour du vol de la mandoline de Martin Barre après un concert et étrangement rendue presque aussitôt, sans dommage ni explication. Ian Anderson déploie ici une belle forme d'humour anglais (Marty est Martin Barre, et Big Riff le voleur).

Un album très rafraÏchissant et appréciable, malgré quelques longueurs, répétitions et parfois, difficultés à peaufiner les arrangements. Mais plus le temps passera ensuite, et plus JETHRO TULL perdra cette capacité à dynamiser sa musique, ici parfaitement dosée.

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   MARCO STIVELL

 
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- Ian Anderson (chant, flûte, claviers, mandoline, guitare acousti)
- Martin Barre (guitares)
- Dave Pegg (basses, mandoline)
- Doane Perry (batterie)
- + Martin Allcock (claviers)
- Peter Vettese (claviers additionnels)


1. Kissing Willie
2. The Rattlesnake Trail
3. Ears Of Tin
4. Undressed To Kill
5. Rock Island
6. Heavy Water
7. Another Christmas Song
8. The Whalers Dues
9. Big Riff And Mando
10. Strange Avenues



             



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