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- Style + Membre : Robin Guthrie & Harold Budd

COCTEAU TWINS - Heaven Or Las Vegas (1990)
Par AIGLE BLANC le 9 Novembre 2014          Consultée 1816 fois

En 1990, la renommée de Cocteau Twins commence à se répandre un peu partout en Europe. Le groupe quitte quelque peu la sphère plus ou moins confidentielle qui était la sienne jusqu'alors. Heaven or Las Vegas accède même à un certain succès commercial. Pourtant, parallèlement à cette reconnaissance publique (la critique étant déjà acquise à sa cause depuis quelques années déjà), le groupe de Robin Guthrie traverse une période de turbulence. Cela n'émane pas de dissensions internes, comme on pourrait s'y attendre au sein d'un groupe formé depuis près de huit ans. En vérité, le trio écossais envisage sérieusement de quitter son label natal : 4AD. Le contrat qui les lie avec ce dernier les oblige à lui livrer un nouvel opus. Ce sera Heaven or Las Vegas.

4AD a depuis cette époque bénie des 80' et 90' acquis une excellente réputation. Ce label originaire d'Edimbourg a symbolisé le combat de David contre Goliath, la lutte courageuse et intelligente d'une maison de disques indépendante contre la suprématie des mastodontes (WARNER, MERCURY, EMI...) Chez 4AD, on choyait les artistes en leur accordant une paix royale, ce qui dans le domaine artistique se traduit par une liberté créatrice totale. Les groupes que le label signait composaient la musique qui leur était chère, pas celle qu'était censé attendre le public. C'est ainsi que 4AD a révélé des groupes à la forte identité dont les chefs de file étaient Cocteau Twins et Dead Can Dance, plus tard les Pixies.

Dans un entretien accordé à MAGIC (revue disparue aujourd'hui), le guitariste expliquait que le groupe se sentait en porte à faux avec l'image artistique que son label lui faisait porter. Dans les années 80, Cocteau Twins passait en effet pour un groupe intello à forte tendance autiste, ce que suggéraient peut-être les pochettes vaporeuses et oniriques de leurs opus respectifs. La direction artistique des pochettes était l'oeuvre d'un studio devenu célèbre, 23 Enveloppe, au sein duquel officiait Vaughan Oliver, designer graphiste qui réalisa de superbes paysages abstraits pour illustrer la musique du groupe. Cette esthétique précieuse ne convenait pas semble-t-il à Cocteau Twins dont le guitariste et le bassiste mettaient en évidence plutôt leur culture populaire, le football par exemple.

Quelles cicatrices a laissées cette tempête sous un crâne? Du point de vue artistique, le nouvel album s'inscrit dans la juste continuité du précédent. Cocteau Twins conserve le son sophistiqué qui lui est propre. Simon Raymonde inonde l'espace sonore de sa batterie climatique et la guitare électrique de Robin Guthrie nous envoûte toujours de ses arpèges magiques. C'est du côté d'Elizabeth Fraser que se produit le changement le plus notable. La chanteuse a abandonné le chant abstrait qui la rendait si aisément identifiable : pour la première fois de sa carrière, elle chante de vraies paroles et non plus des onomatopées, ce qui confère aux chansons un trait infiniment plus "mainstream". A l'écoute des 10 titres de l'album, il est évident que le groupe vise un plus large public. Heaven or Las Vegas s'offre comme un disque de pop, ni plus ni moins. Cela tombe bien : Robin Guthrie n'a jamais caché son plaisir à trousser des couplets-refrains accrocheurs ni son ambition de créer la chanson pop parfaite : rappelez-vous les perles qu'étaient en leur temps "Suggar Hiccup", "Peppermint Pig", "Pearly Drewdrops' Drop", "Aikea-Guinea", "Carolyn's Fingers". Si auparavant ces titres accrocheurs ponctuaient des albums par ailleurs peu conventionnels, avec ledit opus ils en constituent l'épine dorsale, ce qui conduit l'album à figurer parmi les plus accessibles de Cocteau Twins.

Cette envie de succès commercial aurait pu dénaturer totalement la musique du groupe si celui-ci n'avait pas mis autant de cœur à l'ouvrage. Corrigeant le tir après un Blue Bell Knoll (1988) trop précieux voire qui prétentieux, le groupe aborde chaque titre avec une humilité et un plaisir qui rassurent. Par sa durée modeste (38minutes), alors qu'en 1990 la moyenne des albums flirtait avec les 55 minutes, Heaven or Las Vegas séduit par l'homogénéité de ses compositions. Ici, nul titre faiblard risquant d'altérer le plaisir de l'auditeur. Les mélodies visent moins l'originalité et la virtuosité gratuites que Blue Bell Knoll et cela confère au recueil une empreinte plus humaine. La production s'y révèle efficace autant qu'envoûtante. La voix de Liz, la batterie de Simon Raymonde et la guitare de Robin s'entremêlent dans un équilibre auquel les précédents albums nous avaient trop peu habitués. Le son aérien diffuse une atmosphère magique dans laquelle se moule le chant sublime de la timide diva. Aucune chanteuse ne sonnait comme Liz Fraser à l'époque. Son génie à réaliser elle-même les choeurs en dédoublant sa voix éclate comme jamais. Elle éblouit encore une fois quand elle élève sa voix dans les aiguës. Mais elle n'a plus besoin de se cantonner dans des sphères si élevées. Elle trouve enfin l'équilibre parfait entre les deux hauteurs de sa voix. Les titres s'enchaînent avec une rare fluidité dans une bonne humeur communicative que n'exclut pas par instant un arrière-goût de mélancolie.

L'album s'articule autour de deux pépites placées respectivement à la cinquième et à la dixième positions et dont la beauté contamine fortement l'ensemble. Tout d'abord, le titre éponyme, "Heaven or Las Vegas", constitue une réussite éblouissante. Jamais le groupe n'avait osé une chanson aussi tubesque. Les couplets aux arpèges en apesanteur succèdent aux refrains accrocheurs. Liz Fraser y livre sa joie de chanter avec une énergie qui me rend chaque écoute irrésistible. Les choeurs absolument divins conduisent l'ensemble jusqu'à l'extase que concluent les vagues planantes de la guitare de Guthrie. L'album se clôt sur une autre des grandes réussites de Cocteau Twins, rejoignant la longue liste des titres terminaux dont le groupe a le secret. "Frou-Frou Foxes In Midsummer Fires" (quel titre !) débute par une entrée pianistique mystérieuse qui livre passage au chant de Liz dont la voix tutoie les anges. Ah, cette façon qu'elle a d'exécuter des trilles ou de faire onduler sa voix ! De telles velléités opératiques couvriraient de ridicule une autre chanteuse. Avec elle, c'est simplement délicieux. Au moment du refrain, l'atmosphère suspendue s'efface au profit d'un rythme dansant que martèle la voix sur un registre plus grave tandis que des choeurs démultiplient la chanteuse pour renforcer le caractère entraînant de la mélodie. Et, si vous avez une chaîne de qualité, vous pouvez même entendre, planant nettement au-dessus des nuages, une autre ligne vocale où Liz libère son soprano en deux notes exquises qui servent de transition avec le deuxième couplet. Aussi brillantes que soient ces deux merveilles, elles ne jettent aucune ombre aux 8 autres chansons, que ce soit celle ouvrant le bal, "Cherry-Coloured Funk", au couplet original, la sautillante "Pitch The Baby", l'entêtante "Fifty-Fifty Clown" ou la délicate "Road, River and Rail".

Ce que Cocteau Twins ici perd en mystère, il le gagne amplement en chaleur humaine. Un disque de pop parfait.

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   AIGLE BLANC

 
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- Robin Guthrie (guitare électrique)
- Simon Raymonde (batterie, clavier)
- Elizabeth Fraser (chant)


1. Cherry-coloured Funk
2. Pitch The Baby
3. Iceblink Luck
4. Fifty-fifty Clown
5. Heaven Or Las Vegas
6. I Wear Your Ring
7. Fotzepolitic
8. Wolf In The Breast
9. Road, River And Rail
10. Frou-frou Foxes In Midsummer Fires



             



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