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- Style + Membre : Robin Guthrie & Harold Budd

COCTEAU TWINS - Milk And Kisses (1996)
Par AIGLE BLANC le 31 Mars 2016          Consultée 870 fois

Huitième album de COCTEAU TWINS, Milk and Kisses signe en même temps le testament musical du groupe écossais. Cette même année, il est suivi par 3 ep qui, après une période maudite en terme d'inspiration, retrouvent une qualité plus conforme à celle à laquelle nous avait habitués la bande à Robin GUTHRIE.
Pour un fan de l'époque comme moi, rien ne laissait alors prévoir la séparation du groupe après 15 années de bons et loyaux services. Sans me laisser attendrir par la nostalgie (quel groupe d'aujourd'hui peut se vanter d'être son digne successeur ?), force est de constater que cet ultime opus ne saurait rivaliser avec ses plus illustres prédécesseurs parmi lesquels Treasure (1984) et Victorialand (1986). En même temps, il surpasse les albums les plus récents, notamment Four Calendar Cafe (1993) qui s'abandonnait à une certaine facilité en privilégiant des humeurs "smoothy" au détriment de la fougue iconoclaste caractéristique de la période la plus créative.

Le souci majeur de Milk and Kisses réside dans la dichotomie de ses deux parties. De "Violaine" à "Calfskin Smack", le groupe aligne des titres un poil caricaturaux dont la colonne vertébrale mélodique pêche par une tendance à la vacuité. La musique de COCTEAU TWINS n'a jamais brillé par sa profondeur, le groupe privilégiant depuis Treasure une prédilection pour les enluminures rococo. Cependant, à la grande époque (1984-1988), cette légèreté revendiquée était largement compensée par une science des atmosphères absolument virtuose.
Ce sont les arrangements ici qui déçoivent quelque peu. J'en veux pour preuve les titres "Rilkean Heart" et "Half Gifts", les seuls de l'album qui ne soient pas des inédits puisque figurant déjà dans le sublime ep Twinlights, paru un an plus tôt, où ils étaient livrés dans leur version acoustique. Robin GUTHRIE avait justifié à l'époque le choix du tout acoustique par son besoin de tester la validité des chansons du groupe. Il voulait s'assurer que leurs compositions tenaient la route une fois débarrassées de tout l'attirail des effets sonores ajoutés en studio. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'art des COCTEAU n'avait jamais résonné avec une telle profondeur ni autant de ferveur. Quelle déception ce fut donc de découvrir ces deux titres alourdis voire dénaturés par les ornementations pourtant caractéristiques du groupe !
"Half Gifts" par exemple est plombé par une rythmique electro qui sonne cheap et s'harmonise mal avec le chant de Liz. "Calfskin Smack" souffre d'un chant à la séduction ostentatoire. Les cinq premières pistes ne sont pas franchement ratées, loin s'en faut, et un néophyte risque d'y trouver son compte pour peu qu'il soit sensible à l'univers sensuel de la dream pop. "Violaine" ouvre même le bal de façon assez convaincante. Le single de l'époque "Tishbite", assez accrocheur, tombe pourtant dans les clichés d'une musique de plus en plus narcissique.

Heureusement, la seconde partie de la galette, correspondant à la face B du vinyle, corrige un peu ces défauts grâce principalement à des mélodies plus envoûtantes, même si les effets d'enluminures dans l'arrière-plan sonore ne changent pas d'un pouce. La recette appliquée ici dépend du dosage subtil de ses divers ingrédients. Quand Liz pousse trop loin ses minauderies comme dans "Ups", cela peut devenir assez agaçant, sauf quand Robin GUTHRIE à la guitare lui tisse un tapis d'arpèges magiques comme il en a toujours le secret. C'est le cas dans "Eperdu" où le chant de Liz noyé dans le ressac des vagues transporte avec lui un désespoir mélancolique absolument saisissant. Ulysse attaché sur son mât, quand il entendit le chant abominablement enchanteur des sirènes, a dû ressentir ce que ressent l'auditeur de ce titre : un charme irrésistible au terrible pouvoir destructeur. Un grand titre de COCTEAU TWINS où la chanteuse se pare à nouveau de toute sa virtuosité vocale.
Le meilleur, comme souvent chez le groupe, s'offre en fin de parcours. Les deux derniers titres "Treasure Hiding" et "Seekers Who Are Lovers" se hissent sans difficulté parmi les sommets du groupe, rejoignant les "Pearly Drewdrops' Drop", "Donimo", "Carolyn's Fingers", "Pur" d'auguste mémoire. Mais comment fait R. GUTHRIE pour accomplir de telles prouesses en livrant toutes les fois un nouvel exemple de chanson pop parfaite? Qui peut rivaliser avec COCTEAU TWINS quand il tutoie des cîmes aussi éthérées? Tout se fond dans une harmonie liquide, les larsens de guitare noyés dans leur échos, la voix de Liz en apesanteur, la batterie de Simon RAYMONDE à la simplicité confondante...
Messieurs, si vous ne parvenez pas à envoyer au septième ciel votre copine à l'écoute de "Seekers Who Are Lovers", alors je ne puis rien pour vous, désolé.

En guise de testament, Milk And Kisses demeure une belle fin de carrière, quelque peu émoussée, mais encore capable de prouesses enchanteresses.

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   AIGLE BLANC

 
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- Robin Guthrie (guitare)
- Elizabeth Fraser (chant)
- Simon Raymonde (batteries)


1. Violaine
2. Serpentskirt
3. Tishbite
4. Half-gifts
5. Calfskin Smack
6. Rilkean Heart
7. Ups
8. Eperdu
9. Treasure Hiding
10. Seekers Who Are Lovers



             



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