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- Style + Membre : Robin Guthrie & Harold Budd

COCTEAU TWINS - The Moon And The Melodies (1986)
Par AIGLE BLANC le 3 Janvier 2016          Consultée 1419 fois

The Moon and The Mélodies est l'unique collaboration du trio écossais COCTEAU TWINS et du pianiste Harold BUDD. Sur la pochette, ne sont mentionnés que le nom et le prénom des quatre musiciens plutôt que ceux de COCTEAU TWINS et du compositeur américain. Si ladite démarche peut paraître obscure, on peut lui trouver deux explications plausibles. La première serait la volonté du groupe de ne pas vendre le produit sous son patronyme afin de ne pas tromper les attentes de ses fans (dont le nombre à l'époque ne devait pas être bien fameux). La seconde pourrait être le résultat de la modestie du groupe ne désirant pas mettre en avant sa très relative notoriété pour jouer d'égal à égal avec Harold BUDD.

En effet, à l'inverse de certains groupes très connus de l'époque, COCTEAU TWINS n'a jamais souhaité mettre en avant l'individualité de ses membres. Robin Guthrie et Elizabeth Fraser ont toujours cultivé l'anonymat. Simon Raymonde le batteur a expliqué un jour que les membres du groupe n'apparaissaient jamais sur les pochettes des albums car ils ne voulaient vendre que leur musique, pas leur look ni leurs idées politiques (Robert Smith et Bono peuvent aller se rhabiller donc)*.

Un problème se pose alors à l'écoute de The Moon and The Melodies : comment aborder ce disque? Est-ce une oeuvre à part entière de COCTEAU TWINS à laquelle Harold BUDD serait venu prêter ses services au piano? Peu probable étant donné l'absence du nom du groupe sur la pochette. Serait-ce un album de Harold BUDD auquel le groupe aurait collaboré en apportant le son qui lui est propre et surtout le chant d'Elizabeth Fraser? Pas si sûr non plus car alors il eût été plus simple sur la pochette de mentionner "Harold BUDD avec la collaboration de Simon Raymonde, Robin GUTHRIE et Elizabeth Fraser".

Vous pouvez me rétorquer que la vérité est beaucoup plus simple. Pourquoi ne s'agirait-il pas tout simplement d'un album co-composé à 4? C'est là que le bât blesse. Cet album ne sonne pas du tout comme une oeuvre collective mais comme celle de deux sources musicales artificiellement réunies. Autrement dit, COCTEAU TWINS se serait chargé des titres chantés qui se comptent au nombre de 4. Et H. BUDD aurait assuré les titres instrumentaux dans l'esprit effectivement de ses compositions personnelles. 4 chansons de COCTEAU TWINS pour 4 de H. BUDD. Peut-on appeler cela une collaboration?

Les parties dévolues au groupe s'inscrivent parfaitement dans le style qui était le sien en 1985-86, c'est-à-dire qu'il nous offre là 4 chansons qui n'auraient pas dépareillé dans les deux superbes EP Tiny Dynamine et Echoes in a Shallow Bay, et se seraient même presque fondus dans le fabuleux Victorialand (1986) sans l'apport de la section rythmique de Simon Raymonde qui, rappelons-le, n'était pas présent dans ce chef-d'oeuvre indépassable de la Dream Pop.
"Sea, Swallow Me", " Eyes Are Mosaics", "She Will Destroy You" et "Ooze Outand Away, Onehow" sont donc d'excellents titres composés pendant l'âge d'or du groupe. La pop qu'ils illustrent a été plongée dans un bain onirique qui les transfigure complètement.
Ecoutez les arpèges carillonnants de la guitare de "Sea, Swallow Me" qui délivrent un délicieux balancement, la batterie en apesanteur de Simon Raymonde et la voix étrange de Liz comme perçue au travers d'un nuage d'éther. C'est certain, aucun autre groupe ne sonne comme COCTEAU TWINS.
"Eyes Are Mosaics" reproduit cette formule sonore en accélérant un peu, ô rien qu'un peu, le rythme.
Même balancement onirique de la guitare dans le magnifique "She Will Destroy Me", l'une des plus belles chansons de COCTEAU, rien de moins.

On pourrait penser que l'originalité des climats ne dépend que de la production en tout point remarquable de Robin Guthrie qui ne lésine pas sur les effets floutés avec une très forte réverb et l'impression incroyable que la voix et les instruments nous parviennent de très loin, comme des échos surgis de nulle part. Mais les compositions aussi signent l'identité à nulle autre pareille du groupe qui délivre de très étranges mélodies pop, envoûtantes et iconoclastes, totalement habitées par le génie particulier des COCTEAU en cette période d'inspiration miraculeuse 1984-86.
J'ai beau faire un effort, je n'arrive pas à comprendre l'apport de H. BUDD dans ces chansons qui ne sonnent pas du tout comme ses propres compositions. Certes, le piano qu'on y entend pourrait être le sien, mais il ne semble pas enrichir le son du groupe par rapport à celui de ses propres albums.

Les 4 titres restants sont instrumentaux et baignent davantage dans le style et les climats introspectifs de Harold BUDD. Le premier d'entre eux, "Memory Gongs", déploie une double séquence obsédante au piano avec une série d'accords graves et une autre de tonalité aigüe faite d'arpèges montants. Cette excellente composition malheureusement ne soutient pas la durée que BUDD lui impose (environ 7 minutes). La même année, dans son album Lovely Thunder, le pianiste américain propose une version alternative de ce morceau qu'il dédicace au batteur et bassiste de COCTEAU, Simon Raymonde. Sauf que ces deux versions se ressemblent tellement qu'on a l'impression de se trouver en présence du même enregistrement que BUDD aurait transféré de son opus solo vers celui qui occupe ladite chronique. Démarche pour le moins bizarre, vous en conviendrez.

"Why Do You Love Me?", "The Ghost Has No Home" et "Bloody and Blunt" offrent aussi de bien beaux climats grâce à une production subtile d'un onirisme de toute beauté, mais à l'inverse des chansons de COCTEAU le temps qui passe semble long, bien long. Sans réelle structure, ces titres se trainent dans de vagues improvisations.
La piste de clôture, "Ooze Outand Away, Onehow" offre une première partie très calme, et fort réussie, où baignent les murmures mystérieux de Liz enveloppés dans des effets tournoyants de guitare, avant que la batterie soudain embrayant sur la seconde partie ne dédouble le chant de Liz qui déclame alors des sentences ésotériques dans son style habituel. Curieuse composition du groupe, mais le génie qui l'habite en cette année d'exception lui permet de transformer en or toutes ses élucubrations musicales.

Comprenez bien : pour un fan des COCTEAU et de Harold BUDD, The Moon and the Melodies n'est pas un mauvais disque. Il contient même d'extraordinaires passages qui n'ont pas à rougir de la comparaison avec Victorialand, mais cette collaboration, pourtant bienvenue, sonne trop comme une greffe qui aurait mal pris. Un album décevant en somme relativement aux deux talents réunis.
Harold BUDD a reconnu sa part de responsabilité dans l'échec relatif de l'album. Il affirme que les compositions du groupe étaient merveilleuses mais que lui, à cause d'un manque de préparation, n'a pas su se montrer à la hauteur de cette rencontre hors-norme. Très belle humilité de la part d'un compositeur ayant travaillé avec les plus grands, Brian ENO notamment, et grand orfèvre en matière d'Ambient.

* Ces propos n'engagent que le chroniqueur. Ils ne sont en aucun cas ceux de Simon Raymonde.

Note réelle : 2,5/5.

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   AIGLE BLANC

 
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- Harold Budd (piano, claviers)
- Elizabeth Fraser (chant et paroles : pistes 1, 4, 5 et 8)
- Robin Guthrie (guitare électrique)
- Simon Raymonde (batterie)
- Richard Thomas (saxophone : pistes 5 et 6, batterie : piste 7)


1. Sea, Swallow Me
2. Memory Gongs
3. Why Do You Love Me?
4. Eyes Are Mosaics
5. She Will Destroy You
6. The Ghost Has No Home
7. Bloody And Blunt
8. Ooze Outand Away, Onehow



             



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