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- Style + Membre : Robin Guthrie & Harold Budd

COCTEAU TWINS - Twinlights (1995)
Par AIGLE BLANC le 13 Février 2015          Consultée 1159 fois

Trois ans séparent Four Calendar Café (1993), huitième album des Cocteau, et son successeur, Milk and Kisses (1996). On note le même écart entre le LP de 1993 et son prédécesseur, Heaven or Las Vegas (1990). Le rythme de production du groupe s'est bien assagi depuis l'époque bénie des années 1983 à 1986, de loin la plus bouillonnante en terme d'inspiration. Et bien que cela ne s'accompagne d'aucun réel faux pas artistique (Four Calendar Café et Milk and Kisses sont de bons albums), en revanche, leurs EP qui permettaient d'attendre patiemment la sortie du prochain numéro se montrent de plus en plus décevants. Evangeline (EP de 1993) et Bluebeard (EP de 1994) n'offrent déjà plus de morceaux de choix. J'y vois tout simplement un tassement de l'inspiration bien naturel, alors que durant les années bénies les EP étaient littéralement indispensables (chose assez rare dans la production d'un groupe pour mériter d'être soulignée). Certes il y a bien eu, trois mois après l'EP Evangeline, le bien nommé Snow paru en décembre 1993 et dans lequel COCTEAU TWINS succombait à la tradition ultra mièvre des commémorations de Noël. Les Américains sont friands de ce genre d'hommage obligé dans la carrière d'un artiste à succès. Même si les deux chansons traditionnelles (Winter Wonderland et Frosty The Snowman) s'adressent avant tout à un public enfantin et sont même assez délicieusement arrangées, on était en droit de douter à son écoute de l'avenir du groupe.

C'est alors que débarque un nouveau EP en septembre 1995, soit deux ans tout de même après le EP Snow, le délicat Twinlights qui nous intéresse aujourd'hui. Quelle magnifique surprise ! S'il est un EP que je n'espérais plus, c'est bien celui-ci. Paradoxalement, nous devons ce chef-d'oeuvre de 14 minutes environ à une carence de foi du guitariste Robin Guthrie, lequel a avoué à l'époque douter fortement de la qualité des chansons de son groupe. Il ne savait plus si les fans aimaient leurs chansons ou bien l'enrobage ultra chiadé avec lequel chaque titre était livré. Il est vrai que la part de la production sonore joue un rôle considérable chez les COCTEAU, peut-être même davantage que chez la moyenne des autres groupes Pop. R.Guthrie n'avait pour ainsi dire jamais caché sa volonté de dissimuler ses limites de guitariste en montant à fond le bouton de la Reverb. Le son des Cocteau qui inspirera bien des groupes issus de la scène Shoegaze était de loin à son époque le plus sophistiqué qui soit. Jusqu'à l'unique Twinlights.

Afin de mettre un terme à ses doutes somme toute légitimes, R.Guthrie décide de sortir un EP dans lequel le groupe réinterprète des titres déjà composés et écrits pour le LP à venir (donc encore inconnus de leurs fans), les très beaux "Rilkean Heart", "Golden-Vein" et "Half-Gifts", mais aussi et surtout en reprenant un titre ancien "Pink Orange Red" issu des sessions de l'EP Tiny Dynamine.
Avant de louer l'irradiante beauté de ce EP exceptionnel, je voudrais contrecarrer certaines critiques récurrentes lorsqu'un groupe succombe à la mode de l'Unplugged. D'une part les plus grands s'y sont essayé (Georges MICHAEL, SCORPIONS, David GILMOUR, Eric CLAPTON...) sans que cela ne soulève le moindre reproche dans le cas de NIRVANA. COCTEAU TWINS ne succombe pas à une mode. Il ne cherche pas à doper les ventes de son album à venir. Non, c'est un groupe qui s'interroge sur son art et veut en découdre avec l'enrobage technique. Que deviendraient leurs chansons une fois délestées de la poudre aux yeux que constitue l'attirail d'effets spéciaux d'un studio? Une fois coupée l'électricité, qu'en reste-t-il?

La réponse qu'offre Twinlights dépasse les espérances. Non seulement, les compositions du groupe ne se dissolvent pas après avoir été amputées de leurs oripeaux les plus sophistiqués, mais elles révèlent une profondeur émotionnelle à laquelle les Cocteau ne nous avaient pas vraiment préparés. Quels instruments entend-on dans cet EP? Le piano acoustique de Simon Raymonde, la guitare sèche de R.Guthrie (des plus discrètes), un peu de xylophone semble-t-il et un quatuor à cordes sur "Half-Gifts". Sans oublier bien sûr la voix d'Elizabeth Fraser qui n'a jamais été plus douce ni plus vibrante, d'une sobriété lumineuse à filer des frissons à la plus endurcie des crapules.
Déjà excellent dans l'EP Tiny Dynamine (1985), "Pink Orange Red" dévoile des subtilités inédites dans cette version sublimée par les accords répétés du piano et la délicatesse du xylophone qui distillent une ambiance rêveuse au rythme alangui très réussie. Quant à la chanteuse, ses murmures sensuels n'ont d'équivalents que ses onomatopées qui, sans les réverbs ni le dédoublement habituel des pistes de chant, trouvent une grâce proprement liquéfiante.
Golden-Vein est le seul inédit de la galette. La guitare de Guthrie y tisse un voile délicat en arpèges statiques et répétés sur lequel le chant très haut perché de Liz déploie des trésors de mélancolie. C'est court mais intense. D'une pureté difficile à appréhender tant le style minimaliste est éloigné des arabesques habituelles de Cocteau Twins.
Les deux autres plages annoncent l'album Milk and Kisses paru un an plus tard, mais toujours exécutées dans le plus complet dénuement. "Rilkean Heart" s'apparente à une valse chaloupée emmenée par un piano et une guitare qui entremêlent leurs voix comme une confession émue. La douceur du chant encore une fois transmet une atmosphère recueillie à cette chanson pudique. Il semble a posteriori que le dernier titre "Half-Gifts" soit l'aboutissement logique des trois autres. En effet, tout se passe comme si "Rilkean Heart", "Golden-Vein" et "Pink Orange Red" préparaient le terrain à cette dernière chanson, la plus habitée et la plus intense. Non que les chansons précédentes lui soient vraiment inférieures mais leur courte durée pour la plupart les empêche de dépasser un format de vignettes, comme les fameux Préludes de Claude Debussy auxquels elles me font penser. Avec "Half-Gifts" dans sa version acoustique, COCTEAU TWINS atteint une grâce mélancolique pénétrante. Le piano contient par son architecture harmonique l'émotion vibrante que libère le chant de Liz tandis qu'un quatuor à cordes automnal parsème l'arrière-plan sonore d'une flamme minuscule comme perçue au travers des nervures translucides d'une feuille rousse. Assurément le pic émotionnel de toute l'oeuvre des Cocteau.
Voici un disque à réserver à l'automne de sa vie et à jouer à modeste volume, blotti sous un plaid, un album de photos-souvenirs déployé sur les jambes, au cours d'un triste après-midi dominical, alors que dehors le vent fait siffler les fenêtres. C'est alors que la chaleur de ces chansons intimes se répandra en vous, illuminée par le film de votre mémoire attendrie.

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   AIGLE BLANC

 
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- Simon Raymonde (piano)
- Robin Guthrie (guitare acoustique)
- Elizabeth Fraser (chant)
- Phil Boyden (violon)
- Paul Costin (violon)
- Fiona Griffith (viole)
- Helen Thomas (violoncelle)


1. Rilkean Heart
2. Golden-vein
3. Pink Orange Red
4. Half-gifts



             



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