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DREAM POP  |  STUDIO

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- Style + Membre : Robin Guthrie & Harold Budd

COCTEAU TWINS - Blue Bell Knoll (1988)
Par AIGLE BLANC le 18 Octobre 2014          Consultée 1395 fois

Depuis ses débuts new wave fort confidentiels, Cocteau Twins a suivi un incroyable parcours et, tel un papillon libéré de sa chrysalide, a révélé un sous-genre novateur dont il est devenu l'emblème : la dream pop. Comme son nom l'indique, il s'agit de chansons pop (avec couplets et refrains tout ce qu'il y a de plus classique), mais enrobées dans un écrin sonore qui les fait sonner comme au travers d'un liquide amniotique. Autrement dit, l'éclat des chansons est magnifié par tout un arsenal d'effets sonores sophistiqués : dédoublements du chant de Liz par la magie du mixage, échos constant enveloppant la guitare de Robin Guthrie. Il serait dommage toutefois de réduire l'art des Cocteau à cet enrobage aussi savant soit-il. Depuis "Treasure" (1984), leurs albums témoignent d'un sens inné des mélodies que le groupe tisse sans jamais se laisser aller à la facilité. "Victorialand" (1986) en livre une démonstration impressionnante tant les mélodies qui le composent semblent jaillir d'un terreau intarissable. Mais où vont-ils chercher ces perles mélodiques aussi irrésistibles qu'originales ? Il suffit d'écouter quelques secondes d'une chanson des Cocteau pour en reconnaître l'identité affirmée. J'imagine Vangelis, un autre orfèvre de la mélodie, tomber en pâmoison à l'écoute des titres de cet opus de 86'. Robin et Liz y étaient atteints par la grâce, peut-être inspirés par l'amour qui les unissait.

On pouvait se demander quelle orientation prendrait leur musique après "Victorialand". La réponse est venue deux ans plus tard avec l'album qui nous occupe aujourd'hui : "Blue Bell Knoll". Et je dois avouer qu'après la progression artistique exceptionnelle de 1982 à 1986 (période la plus bouillonnante des Cocteau), le présent opus, sans forcément amorcer un déclin, laisse entrevoir une impasse. S'agit-il d'un disque moins inspiré que ses prédécesseurs ? Pas vraiment. L'identité musicale du groupe est-elle toujours active ? Oui, cela ne fait aucun doute. Le groupe s'éloigne-t-il de son originalité afin de sonner plus mainstream? Non, pas encore, c'est l'album suivant "Heaven or Las Vegas" qui s'en chargera. Alors, que se passe-t-il ? Où est-ce que le bât blesse ?

Après les ambiances éthérées de "Victorialand" où l'atmosphère atteignait un degré d'abstraction inédit, "Blue Bell Knoll" négocie un pas en arrière en retrouvant une formule similaire à celle de "Treasure" : des chansons pop aux climats oniriques sur lesquelles plane le chant ultra lyrique de Liz. Les Cocteau, au lieu de faire évoluer leur musique, se contentent (par impuissance ou facilité ?) de reprendre les tours et ficelles qui leur ont si bien réussi quatre ans plus tôt. Ne vous attendez donc pas à des surprises à l'écoute des dix plages de ce disque.

L'absence de nouveauté n'empêche pas l'album de séduire l'auditeur déjà gagné à sa cause. C'est ainsi que les mélodies s'enchaînent avec une fluidité impressionnante et que les ambiances plongent dans des vapeurs éthérées pour en extraire le nectar. Le chant de Liz Fraser, constamment acrobatique et dénué de toute parole compréhensible, déploie des trésors de virtuosité et d'originalité. Comment résister alors à "Carolyn's Fingers" où la chanteuse joue à la diva en poussant ses trilles de soprano sur un rythme sautillant particulièrement accrocheur ? Le titre éponyme qui ouvre l'album est une autre démonstration de l'art si singulier des Cocteau : est-ce une chanson ? Il n'y a pas de vrai refrain pour l'affirmer. Et pourtant, le rythme épidermique imposé par une séquence métallique (mais quel est cet instrument ? Est-ce le clavier ou la guitare de Guthrie métamorphosée par la magie du mixage ?) conduit le titre avec une fermeté irrésistible tandis que la voix de Liz se dandine avec des airs de sirène. J'aime beaucoup aussi la grâce nonchalante de " A kissed out red floatboat" où le chant joue sur des demi-octaves séduisants tandis que l'arrière-plan à la fois très syncopé et planant déploie une riche variété de sons.

Mais trop de titres foncent tête baissée dans une sophistication et un raffinement outranciers. Cocteau Twins n'est plus original, il recherche l'originalité. La nuance est de taille : ainsi la beauté d'"Athol-Brose" semble forcée, artificielle. Je ferai le même reproche à "Suckling the mender" où la chanteuse en fait des tonnes et finit par lasser. La plupart des titres de "Blue Bell Knoll" tournent court et l'enchaînement couplets-refrains sonne trop systématique, parfois à la limite de la rengaine.
Le parti pris d'une production jouant constamment sur des timbres métalliques prononcés peut provoquer sur la durée une vraie fatigue auditive, ce qui va à l'encontre des climats qui se veulent souvent relaxants.

D'aucuns pourront trouver cette chronique un peu sévère. Elle ne rend peut-être pas justice à l'étrangeté du style des Cocteau, mais c'est parce qu'au-delà des beautés "trop évidentes" de cet opus, je ne puis m'empêcher de sentir la formule. Le groupe n'explore plus des territoires vierges mais exploite crânement une recette qu'il a inventé.

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   AIGLE BLANC

 
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- Robin Guthrie (guitares)
- Simon Raymonde (batterie, claviers)
- Elizabeth Frase (chant)


1. Blue Bell Knoll
2. Athol-brose
3. Carolyn's Fingers
4. For Phoebe Still A Baby
5. The Itchy Glowbo Blow
6. Cico Buff
7. Suckling The Mender
8. Spooning Good Singing Gum
9. A Kissed Out Red Floatboat
10. Ella Megalast Burls Forever



             



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