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COCTEAU TWINS - Victorialand (1986)
Par AIGLE BLANC le 5 Septembre 2014          Consultée 1298 fois

Il est communément admis de citer "Treasure", 3°album des COCTEAU TWINS, comme leur meilleur. S'il représente indéniablement le vrai départ musical des Cocteau, celui où le groupe trouve enfin la recette miracle (et inédite) entre les accents pop et les ambiances éthérées si chères à Robin Guthrie et à Elizabeth Fraser, un style novateur auquel on accolera le terme "Dream Pop", on peut penser que "Victorialand", son opus suivant, constitue véritablement le sommet de son oeuvre. Le trio redevient un duo au cours des deux années à venir, suite au départ momentané du bassiste Simon Raymonde (lequel réapparaîtra dans "Blue Bell knoll" en 1988) et les accents pop y sont quasiment évacués au profit des seules ambiances éthérées. A son tour, "Victorialand" se voit attribuer la paternité d'un nouveau style musical, l'Heavenly Voices, qui se caractérise par un chant féminin aux accents célestes sur lequel vient se glisser un tissage électronica qui fera la gloire de ENYA.

En 1986, Robin Guthrie et Elizabeth Fraser formaient un couple à la ville comme au studio d'enregistrement et cela imprègne tout l'album que l'on peut sans crainte d'exagération lire comme la sérénade que se jouent deux amoureux par le prisme de leur art respectif, le chant pour Liz et la guitare électrique pour Guthrie. Depuis ses débuts New Wave (entre SIMPLE MINDS et THE CURE), l'organe vocal de la timide chanteuse s'est libéré de sa chrysalide pour tutoyer les anges au travers d'un soprano surprenant de lyrisme feutré. C'est bien simple : la chanteuse ne dépassera plus jamais ce cap. "Victorialand" est l'aboutissement d'un chant éthéré étourdissant de beauté. La voix en suspension s'élève à  des hauteurs oniriques insoupçonnées, vrille, virevolte, plane, totalement hantée, transie d'amour. Ne cherchez surtout pas à comprendre les paroles, ce serait peine perdue. Liz Fraser invente son langage, retrouvant la magie d'un langage antérieur à la formation des mots, variante malicieuse du babil que tout bébé déploie spontanément pour s'exprimer. Cette particularité, la chanteuse écossaise la partage avec la grande Lisa Gerrard de DEAD CAN DANCE (autre groupe mythique de l'écurie 4AD), elle contribue fortement à la poésie naïve que dispense "Victorialand".

Mais cet album ne serait pas ce qu'il est sans Robin Guthrie aux manettes du son. Brian ENO était désireux de signer l'enregistrement de l'album, lui qui ne perd jamais une occasion pour collaborer avec des musiciens d'avant-garde comme Robert FRIPP, Harold BUDD ou David BOWIE dans sa trilogie berlinoise. Crânement, Robin Guthrie a décliné l'offre d'Eno car il avait une idée très exacte de la palette sonore qu'il voulait recréer en studio et il savait parfaitement comment atteindre ce résultat. Le moins que l'on puisse reconnaître à Guthrie, c'est d'avoir les moyens de son arrogance (vous vous rendez compte, refuser la patte du grand maître Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle, l'artiste qui a produit TALKING HEADS, U2, Daniel LANOIS, le père de l'ambient music !). Il suffit de jeter ses deux oreilles sur la galette chroniquée en ces lignes pour mesurer la perfection du mixage qui baigne les arpèges éblouissants de sa guitare, le tabla, le mellotron et le chant éthérée de sa dulcinée dans un océan de brume à la réverbération étourdissante. L'amplitude sonore, en dépit de l'économie des moyens (très peu d'instruments, c'est à peine si l'on remarque l'absence totale de batterie) reste confondante.

Les titres s'enchaînent dans une harmonie divine, tous exceptionnellement habités avec, toutefois, quelques pics : Ah l'aérien "Throughout The Dark Months of April And May" où les sombres arpèges de la guitare font des merveilles tandis que la voix semble tout droit échappée d'une Banshee locale ! Ah le délicieux "Little Spacey" où la mélodie sautillante nous entraîne dans un conte merveilleux! Et que dire du sublime "How To Bring a Blush To The Snow" où la poésie des cordes grattées jusqu'à l'obsession trouve son épanouissement dans le chant hanté de Liz dont la voix dédoublée se perd dans le blizzard. Le décoiffant "Fluffy Tuffs" délivre aussi le sommet d'étrangeté de l'album! C'est bien simple, rien n'est à jeter, Victorialand réussit l'exploit unique (de mon point de vue bien sûr) d'enchaîner les titres tous aussi sublimes les uns que les autres. Robin Guthrie, parfaitement conscient comme à chaque album du titre idéal de clôture réserve le plus beau, le plus fort, le plus troublant pour la fin. Aviez-vous déjà entendu un titre comme "The Thinner The Air ?" Moi jamais. Cet album parfait se referme sur une composition qui repousse encore les limites de la beauté extatique comme si l'hyperbole s'était trouvée une concurrente. Vous n'y croyez pas? Essayez, vous comprendrez. En 1986, quel autre groupe pouvait se targuer de sonner comme COCTEAU TWINS ?

"Victorialand" est un sommet de pop abstraite dont on aurait retiré le superflu pour n'en conserver que le nectar : liqueur de brume comme la bruyère enténébrée d'Ecosse, pays natal de Robin Guthrie et Elizabeth Fraser.

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Robin Guthrie (guitares acoustique et électrique)
- Elizabeth Fraser (chant)
- Richard Thomas (saxophone,tabla)


1. Lazy Calm
2. Fluffy Tufts
3. Throughhout The Dark Months Of April And May
4. Whales Tails
5. Oomingmak
6. Little Spacey
7. Feet-like Fins
8. How To Bring A Blush To The Snow
9. The Thinner The Air



             



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