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- Style : Chroma Key

DREAM THEATER - Awake (1994)
Par ARP2600 le 7 Janvier 2016          Consultée 1302 fois

Certains disques sont plus difficiles à chroniquer que d'autres, et la pierre d'achoppement de la carrière de DREAM THEATER est certainement leur troisième album, Awake. C'est le plus mystérieux et le plus cohérent, celui où ils ont le plus laissé parler leur propre style plutôt que leurs nombreuses influences. Le plus sérieux aussi... beaucoup de superlatifs pour une œuvre qui n'est pourtant pas parfaite. Un effort très méritoire, quoi qu'il en soit, qui est peut-être leur meilleur album, c'est vraiment difficile à juger.

Après le succès un peu inattendu d'Images and words, le groupe a été sur un nuage pendant un moment, mais on sait quels sont les pièges de la réussite. Ils ont passé l'année 93 à tourner et ont d'ailleurs bien vite sorti un live, puis leur label (ATCO ayant fusionné avec East West) les a un peu pressés de retourner en studio, en revenant si possible avec un disque porteur contenant un ou deux tubes. De telles contraintes à leur liberté artistique de rockers progressifs, ça ne leur a pas trop réussi, forcément. La pression a un peu terni l'ambiance au sein du groupe, ce qui a fini par causer le départ du claviériste Kevin Moore après l'enregistrement du disque. À ce titre, Awake est la fin d'une première époque pour DREAM THEATER.

Cependant, Awake doit également être considéré comme un début. Celui de leur série d'albums fleuves, celui de leur style principal, sombre et plus metal que sur les deux premiers qui étaient un peu kitsch et n'ont pas forcément bien résisté à l'épreuve du temps. Étrangement, c'est le label qui a demandé quelque chose de plus musclé. L'explication n'est pas à chercher bien loin... en 92, le grunge battait son plein mais n'était pas encore totalement confirmé, par contre en 94, il était devenu une tendance inévitable. C'est une nouvelle fois chez RUSH qu'ils ont trouvé la solution. Ces derniers avaient réussi le pari avec Counterparts en 93, ils pouvaient bien y arriver aussi, et en faisant quand même quelque chose de beaucoup plus prog que leur modèle.

On peut même considérer qu'ils ont pris le label au piège en fournissant un album monolithique, brillant mais peu lisible, certainement pas commercial malgré la présence de quelques mélodies mémorables. C'est le défaut principal de l'album avec sa durée de 75 minutes... il n'est pas facile d'y voir clair, contrairement à tous ceux de la grande série débutée en 99 avec Scenes from a memory. Pour aider l'auditeur qui serait un peu perdu, un certain découpage peut être remarqué : les trois premières chansons plutôt mélodiques, les trois suivantes qui forment la suite « A mind beside itself » ; ensuite la paire « The Mirror/Lie », s'enchaînant avec les deux suivantes dans une longue évolution d'une demi-heure ; enfin l'épilogue « Space-dye Vest ».

La plus grande qualité d'Awake, ensuite, est son intégrité. DREAM THEATER reste prog et vivant, mais plus sérieux qu'à l'accoutumée, et ils sont surtout soucieux d'être eux-mêmes. C'est vraiment un moment de transition où ils mettent de côté leurs anciennes influences sauf RUSH, avant qu'ils ne jouent à être un mélange entre PINK FLOYD et METALLICA. Seul compte ici l'écriture musicale, la virtuosité certes, mais au service de séquences instrumentales enchevêtrées. Du prog d'action comme chez RUSH, où le côté romantique qu'on pouvait percevoir tout au long d'Images and Words est mis un peu de côté, sauf sur la jolie ballade « The silent man », sans doute calquée sur GENESIS et YES. Notons aussi un petit côté metal fusion, surtout sur l'excellente introduction « 6:00 », dont le texte signé Moore doit être compris comme une annonce et une justification de son départ.

La durée de l'album est donc un problème. Est-ce une bonne idée de remplir un CD à ras bord ? Rien n'est moins sûr, surtout quand le contenu est d'un style homogène mais d'une qualité inégale... Dans le début de l'album, « Innocence faded » est un peu anecdotique et James LaBrie pousse trop sa voix. C'est cependant vers la fin qu'on tombe dans la redondance : « Lifting Shadows off a Dream » et la longue « Scarred » sont bonnes mais moins marquantes que ce qui précède. Quant au final « Space-dye Vest », il a ses défenseurs, mais il faut bien remarquer qu'il souffre de son âge. Une dernière fois, les claviers de Moore s'y révèlent peu convaincants, peut-être a-t-il eu raison de partir...

Parlons de la suite « A mind beside itself ». Longue d'environ 17 minutes, elle est assez audacieuse, enchaînant l'instrumental « Erotomania » (clin d’œil à la thématique sexuelle de Counterparts ?), la complexe « Voices » et la ballade « The silent man », dont la mélodie est annoncée dans l'instrumental. Les trois parties se réfèrent à des problèmes psychologiques, c'est fort intéressant. Du côté le plus metal du disque, on trouve « The Mirror » et son staccato bien gras. Il paraît que le bassiste John Myung avait envie d'être bien audible à l'époque, une autre cause de la nature sombre du disque. Cette chanson parle de l'alcoolisme, une problématique que Mike Portnoy développera encore beaucoup par la suite... Sa contrepartie « Lie » est sans doute le clou de l'album, à la fois accrocheuse et musclée, un bon choix comme single tout comme la percutante « Caught in a web ».

Awake est un peu l'album de la « maturité précoce » de Dream Theater, presque un rite initiatique. Images and Words n'était sans doute qu'un mirage, un disque finalement très prog classique, un peu trop facile, ce qui explique son grand succès. C'est vraiment avec Awake qu'ils ont commencé à trouver leur vraie voie, une voie grandiloquente, parfois agaçante mais souvent jouissive, une voie risquée également, qui n'a pas manqué de leur attirer des railleries. En se remettant dans le contexte de 1994, c'était une prise de position artistique culottée. Vingt ans plus tard, force est de constater qu'il tient encore bien la route. Alors, leur meilleur album ou pas ? Ce n'est pas mon préféré mais je le pense, du moins est-il certainement le plus important.

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- James Labrie (chant)
- Kevin Moore (claviers)
- John Myung (basse)
- John Petrucci (guitare)
- Mike Portnoy (batterie)


1. 6:00
2. Caught In A Web
3. Innocence Faded
- a Mind Beside Itself
4. I. Erotomania
5. Ii. Voices
6. Iii. The Silent Man
7. The Mirror
8. Lie
9. Lifting Shadows Off A Dream
10. Scarred
11. Space-dye Vest



             



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