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BANDE ORIGINALE DE FILM - Barry Lyndon (1975)
Par CHIPSTOUILLE le 1er Juillet 2018          Consultée 1838 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Stanley Kubrick est un génie. Plus qu'un avis, c'est aujourd'hui un acquis. On ne s'étalera pas aujourd'hui sur la beauté picturale de Barry Lyndon, dont chaque plan semble être tiré d'un tableau (1). On ne vous parlera pas non plus de la pertinence d'aborder le film historique sur le plan des gens du commun, chose que Roman Polanski avec Tess, Gabriel Axel avec Le Festin de Babette, Joe Wright avec Orgueil et préjugés ou - allons-y franchement - la série Downtown Abbey réussissent également.

Non, le génie de Kubrick dont nous allons parler aujourd'hui, c'est celui d'un amoureux de la musique. Le réalisateur l'avouait volontiers, il estimait que faire appel à un compositeur pour une bande originale ne permettait pas de garantir un résultat. Kubrick pioche donc dans les répertoires des grands compositeurs, ce qu'il a déjà brillamment réussi sur 2001. D'autres citeront Orange Mécanique, au résultat plus dérangeant. On sait que l'effet produit était voulu.

Barry Lyndon se déroule au siècle des Lumières, dans sa seconde moitié. L'histoire démarre plus précisément en pleine guerre de 7 ans (1756-1763) (2). Si Kubrick a souhaité faire de son récit l'objet d'art le plus authentique possible (3), arrêter ses choix musicaux précisément à la période du récit était, et reste aujourd'hui, un casse-tête insoluble (4). En effet, nous sommes ici en plein début de l'ère classique et les compositeurs d'alors - pour la plupart méconnus aujourd'hui - bredouillaient avec les règles nouvelles de l'harmonie. Sur plus de 30 ans, de l'Allelujah du messie d'HANDEL écrit en 1741 à la 25ème de MOZART en 1773, il n'y a guère que la messe en si de BACH (1748) - pas du tout représentative de son époque - pour avoir franchi les siècles auprès du grand public.

Kubrick est donc allé chercher là, chez HAENDEL bien sûr, mais aussi MOZART, BACH, VIVALDI et le moins connu PAISIELLO. A défaut d'être très précis, le réalisateur a fouillé les recoins du XVIIIe siècle. En grande vedette figure la fameuse grande "Sarabande" d'HANDEL, datant de 1708. "Grande" car HANDEL comme ses contemporains a composé de nombreuses sarabandes, un des nombreux temps de danses qui figurent dans les suites de l'ère baroque. Là où cette bande originale a marqué l'histoire de la musique, c'est que cette sarabande est reprise de la suite pour clavecin HWV 437. Un morceau pour clavecin seul donc, pour lequel Kubrick a démarché le compositeur Leonard ROSENMAN afin de l'orchestrer. Une coopération non sans heurt (ROSENMAN en serait venu aux mains, face au perfectionnisme exigeant de Kubrick) mais pour un résultat couronné d'un Oscar. Déclinée sous 4 formes, dont la plus célèbre délaisse facilement son clavecin - et donc sa basse continue - elle se rapproche ainsi de ce qu'auraient pu écouter les acteurs du récit. Face à la sarabande, la plus grande prouesse du film est d'opposer ce mouvement de concerto pour violoncelle de VIVALDI. Il y répond parfaitement, telle une modulation poignante du thème initial.

L'exception à ces grands du haut-baroque et de la période classique? SCHUBERT, romantique par essence, et son Trio n°2 opus 100 composé en 1827 à quelques souffles de son dernier. Kubrick voulait une musique intime, pour souligner la tragédie de la relation entre les époux, chose d'après lui impossible à trouver au XVIIIe (5). Le trio, progression au piano sous forme de marche, langoureuse et tragique, a également marqué les esprits. Contrairement à la sarabande qui s'est noyée dans la production pléthorique d'HANDEL, le trio de SCHUBERT avait également été un succès lors de sa première parution.

Mais 2 morceaux ne font pas une bande originale. La première moitié du film se déroulant en Irlande sur fond de batailles militaires, la BO ne fait donc pas que dans le classique. Le troisième thème marquant du film, lui aussi décliné sous 2 versions, se nomme "Women of ireland". Sean O'RIADA, compositeur ayant eu à cœur, dans les années 60, de remettre les musiques traditionnelles au goût du jour est à l'origine de cette mélodie douce-amère. On retrouve cet Alan STIVELL à l'irlandaise sur "Tin Whistles", solo puis duo de flûtes irlandaises accompagnés de roulement de tambour particulièrement saisissant.

Outre la musique traditionnelle, la première partie de la BO est jalonnée de nombreuses marches militaires, aux rythmes entrainants et farouches. On remarque l'ingéniosité du réalisateur, qui va chercher dans la Marche de l'Idoménée de MOZART, une habile transition entre musique militaire et musique classique savante. MOZART se serait en effet inspiré (la parenté n'est pas flagrante) de la "Hohenfriederberger March" que l'on présume composée par Frédéric II de Prusse lui-même, également présente dans le film. Le thème permet ainsi d'enchainer les deux grandes parties du film, le dernier de Kubrick à posséder une entracte.

Si Stanley Kubrick n'a pas tout à fait réussi le pari de réaliser un film historique ne comportant que de la musique du XVIIIe siècle, le trompe-l'oreille est parfaitement réussi. Outre l'exploit d'avoir été dénicher des tubes alors oubliés (6), Kubrick a fait de son film un superbe écrin pour l'une des plus belles compilations de musiques traditionnelles, militaires et classique. Mieux, il y a une logique dans les enchainements. Des chefs-d’œuvre à l'origine sans liens s'enchainent ici admirablement, se répondent parfois voire se télescopent. Barry Lyndon a marqué l'Histoire du cinéma certes, mais il a aussi marqué l'Histoire de la musique.

(1) Non sérieusement, la scène de bain de Lady Lyndon, on dirait un Vermeer
(2) On vous renvoie à la chronique de la symphonie n°69 de Joseph HAYDN dite "Laudon" d'après le nom d'un général autrichien, ou nous évoquions le conflit plus en détail.
(3) Le film n'évite malheureusement pas quelques anachronismes très discrets. Outre du mobilier ou des armes datant parfois du XIXe, on y trouve pêle-mêle la mention du royaume de Belgique (formé en 1830), une paire de lunettes du XXe et une carte du monde décorée d'un train à vapeur...
(4) Malgré les nombreuses redécouvertes musicales effectuées depuis, Robin Davis et son téléfilm "Jeanne Poisson, marquise de Pompadour" a rencontré exactement les mêmes difficultés en 2006.
(5) Allez m'écouter le mouvement lent du Duo pour violon et alto Hob VI:1 de Joseph HAYDN et dites-moi que ce n'est pas intime!
(6) A noter que la sarabande tout comme le trio ont fini en musique de pub pour jeans, pour des marques différentes.

A lire aussi en MUSIQUE CLASSIQUE par CHIPSTOUILLE :


Joseph HAYDN
Symphonie N°22 Le Philosophe (hogwood) (1764)
Cors angéliques pour joute verbale dans les cieux.




Ludwig Van BEETHOVEN
Concerto Pour Piano N°1 (klemperer) (1798)
Caliente


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- Leonard Rosenman (direction)
- The Chieftains (2 et 4)
- Derek Bell (harpe sur 9)
- Rudolf Baumgartner (direction sur 16)
- Pierre Fournier (violoncelle sur 16)
- Karl Richter (clavecin sur 17)
- Hedwig Bilgram (clavecin sur 17)
- Münchener Bach-orchester (17)
- Anthony Goldstone (piano sur 18)
- Moray Welsh (violoncelle sur 18)
- Ralph Holmes (violon sur 18)


1. Sarabande (main Titles)
2. Women Of Ireland
3. Piper's Maggot
4. The Sea-maiden
5. Tin Whistles
6. British Grenadiers
7. Hohenfriedberger March
8. Lilliburlero
9. Women Of Ireland
10. March From Idomeneo
11. Sarabande (duel)
12. Lilliburlero
13. German Dance N°1 In C Major
14. Sarabande (duel)
15. Il Barbiere Di Siviglia
16. Cello Concerto In E Major
17. Concerto For Two Harpischords
18. Piano Trio In E Flat
19. Sarabande (end Titles)



             



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