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MUSIQUE CONTEMPORAINE  |  B.O FILM

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BANDE ORIGINALE DE FILM - The Shining (1980)
Par AIGLE BLANC le 16 Août 2015          Consultée 1311 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Quatre ans se sont écoulés environ depuis le superbe Barry Lyndon (1975) et Stanley KUBRICK négocie comme à son habitude un virage à 360 degrés en abordant pour la seule et unique fois de sa carrière artistique le film d'horreur. Pas un énième film d'horreur (ce serait méconnaître le cinéaste que de le croire capable de se contenter de suivre un filon), mais LE film d'horreur, le maître étalon à côté duquel tous les autres passeraient pour de la rigolade. Beaucoup pensent ainsi que Shining est le film d'horreur définitif comme le fut en son temps 2001 dans le domaine de la Science-Fiction, mais ce n'est pas l'objet de cette chronique d'étayer ou d'invalider ce point de vue. A vous de juger par conséquent.

Si beaucoup d'eau a coulé entre les ponts depuis Barry Lyndon, en revanche la démarche ambitieuse du réalisateur toujours aussi exigeant n'a pas varié d'un pouce. Comme à l'époque de 2001, le cinéaste britannique a conçu la bande musicale de son film à partir de compositions préexistantes très minutieusement sélectionnées à la manière d'un DJ omnipotent qui saurait exactement quel son dénicher pour coller à ses images. A une exception près, aucun compositeur n'a donc été contacté pour participer à la BO de Shining. Pas d'approximation chez KUBRICK, aucun titre choisi simplement par goût musical. Les compositeurs ici réunis, György LIGETI, Béla BARTOK et Krzysztof PENDERECKI, sont autant de figures majeures de la Musique Contemporaine. Ces musiciens créent une musique difficile d'accès, exigeante, très expressive et novatrice dans la mesure où la scène électronique allemande s'en inspirera au début des années 70, en particulier TANGERINE DREAM avec Zeit (1972) et Rubycon (1975).

Seule exception au tableau, Wendy CARLOS a l'honneur d'inaugurer le train fantôme en poursuivant ses investigations électroniques entamées depuis Orange Mécanique (1972). Cette première collaboration impertinente entre le cinéaste anglais et le jeune musicien avant-gardiste avait provoqué l'ire de la scène classique en faisant l'affront au maître Ludwig von BEETHOVEN de transposer certaines de ses oeuvres les plus connues pour le Moog synthétiseur. Le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat ne fut pas du goût de tout le monde : entendre BEETHOVEN à la sauce échantillonnée du Moog pouvait passer pour un sacrilège. Si l'on excepte le fait que Walter CARLOS a depuis troqué son prénom originel pour celui de Wendy (Oui, le musicien figure parmi les premiers transexuels à avoir franchi l'étape irréversible de l'opération finale, bien avant Lana Wachowski -vous savez des ex frères Wachowski, frère et soeur aujourd'hui, réalisateurs du film de S.F Matrix), elle adopte la même démarche lorsqu'elle est appelée à participer à la BO de Shining.

Pour le "Main Title" ouvrant le film (l'un des génériques les plus immersifs qu'il m'ait été donné de ressentir devant un écran de cinéma), elle emprunte à BERLIOZ le final de sa Symphonie Fantastique en reproduisant avec ses synthés quasiment la même texture que l'original. Mais la fidélité à l’œuvre initiale s'arrête là. Par-dessus la célèbre marche lente, elle superpose comme autant de parasites les voix échantillonnées de ses élucubrations électroniques : gémissements, plaintes lancinantes, râles pénétrants qui finissent par contaminer l'espace sonore en y instillant une angoisse poisseuse des plus dérangeantes.
"Rocky Mountains", l'autre composition de W. CARLOS, est une improvisation lourde et anxiogène pour synthés bloqués qui décrit avec force le paysage de montagne servant de cadre à l'histoire, notamment en laissant sourdre la solitude et l'isolement de ses nappes synthétiques. Les deux titres précités sont les deux seules créations spécialement élaborées pour le film.

Passons maintenant aux autres titres exportés de cette BO. "Lontano" (1967) de György LIGETI tisse une atmosphère suspendue : les violons étirent des notes figées, certaines très aigües, tandis que monte le volume des cordes jusqu'à devenir réellement crispant. "Music for strings, percussion and celesta" (1951) de BARTOK est une pièce évolutive qui alterne des moments suspendus qu'accentuent le célesta et des roulements de percussions en sourdine. Les violons par intermittence se lancent dans des suite de notes coulées qui traduisent une certaine inquiétude. Parfois, des archets de violons assènent de vifs sursauts.

Mais c'est à Krzysztof PENDERECKI que la BO de Shining emprunte ses passages les plus terrifiants. L'extrait choisi de "Utrenja" (1970-1971) déploie une armada de percussions apparentées à une bacchanale avec ses voix entremêlées qui voudraient sonner comme un chœur diabolique, mais ne réussissent qu'à générer la discorde, la dissonance et le chaos. Ces voix dans le film sont censées représenter celles des fantômes du passé licencieux de l'hôtel Overlook. Pour finir, des cloches et une sirène assourdissantes conduisent la composition jusqu'aux confins de la terreur pure. "The awakening of Jacob" (1974) délivre une ambiance cauchemardesque très réussie : des violons stridents geignent et des trombones menacent. "De Natura Sonoris no.2" se pose d'emblée comme la pièce maîtresse de cette BO, incontestablement l'une des plus tétanisantes que j'aie entendues, avec ses sons cristallins, la circonvolution de ses cordes, ses trompettes grinçantes, les zébrures sporadiques, toujours imprévisibles, de ses violons agressifs. Tout converge vers une fin cacophonique réellement impressionnante.

En guise de conclusion, KUBRICK s'adonne à son péché mignon : le détournement d'un standard musical qu'il pervertit de façon irrémédiable. Déjà, les malchanceux connaissant la séquence du viol dans Orange Mécanique n'ont plus jamais pu écouter Singing In The Rain sans voir leurs poils se hérisser d'horreur. Ici, il nous propose d'entendre "Home", un standard de la chanson britannique des années 30, exécuté par l'orchestre d'Henry HALL, star de la BBC durant les années folles et leader du Gleneagles Hotel Band. La chanson nous est livrée telle quelle, sans aucune retouche, mais la vision complète du film rend celle-ci fort ambigüe lorsque le spectateur découvre sa conclusion énigmatique, plutôt troublant. Un modèle de BO de film d'horreur.

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   AIGLE BLANC

 
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1. Main Title 'the Shining'
2. Rocky Mountains
3. Lontano
4. Music For Strings, Percussion And Celesta
5. Utrenja
6. The Awakening Of Jacob
7. De Natura Sonoris No2
8. Home



             



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