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John WILLIAMS - Les Aventuriers De L'arche Perdue (1981)
Par MARCO STIVELL le 27 Septembre 2022          Consultée 327 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

À gauche, George Lucas, réalisateur d'un premier film de science-fiction de type intellectuel (THX 1138, produit par Francis Ford Coppola, 1971), d'un teen-movie plutôt gentillet mais au succès massif (American Graffiti, 1973), puis de nouveau d'un film de science-fiction en 1977 qui s'avère être sans doute le plus révolutionnaire du genre, lancement d'une odyssée aux milliards de dollars, une des sagas cinématographiques les plus populaires de l'histoire (est-il besoin de la nommer ?).
À droite, Steven Spielberg, déjà fort grâce à un téléfilm haletant au matériau limité (Duel, 1973), puis un road-movie dramatique et plaisant (Sugarland Express, 1974), un des chefs d'oeuvre du genre horreur et de l'histoire du 7ème art (Les Dents de la Mer, 1975) et qui s'est également essayé à la science-fiction en 1977 (Rencontres du Troisième Type, bijou plutôt de style poétique, par fidélité aux Ray Bradbury et auteurs classiques du genre), encore pour un immense succès.
Au milieu, John WILLIAMS, compositeur de génie, déjà multi-récompensé quand Spielberg l'invite sur Sugarland Express, parenthèse folk gentille avant la folie des Dents de la Mer. Malgré un thème 'requin' resté plus-que-célèbre, la fameuse paire de réalisateurs lui offre deux ans plus tard l'occasion de marquer diversement les esprits, toujours en évoquant les étoiles et 'gens d'ailleurs'.

Retour sur Terre, en 77 toujours. Dès leur semaine de vacances commune à Hawaii et dans l'attente anxieuse de ce que vont bien pouvoir donner les premières projections de Star Wars en salles, Lucas fait part à son ami Spielberg d'un nouveau projet. Un personnage monté de toutes pièces, aventurier qui serait à la fois monsieur tout-le-monde, professeur respectable, et qui troquerait vite ce costume, dès qu'il en a l'occasion, pour embarquer dans des aventures folles au service de l'Histoire, par l'archéologie. Et déjà, la première idée de Lucas est de faire jouer Harrison Ford, acteur remarqué dans American Graffiti puis auprès de Coppola dans Conversation Secrète (1974), sans comparaison toutefois avec son rôle d'Han Solo dans Star Wars. Il faut néanmoins attendre la pleine disponibilité de Spielberg, déjà lancé aux côtés de Robert Zemeckis et Bob Gale dans un 1941 ultra-loufoque et aussi dingue que son casting (sorti en 1979, impact bien moindre, tout juste rentable), mais déjà rétro.

En 1981, Indiana Jones (anciennement Indiana Smith) voit enfin le jour. L'acteur qui devait le jouer à la base était Tom Selleck, mais le lancement de la série Magnum fin 1980 a chamboulé tout cela, permettant ainsi très naturellement à Harrison Ford de faire respecter à George Lucas son premier choix. Il y avait déjà un peu de magie, dans la préparation ! Approchant la quarantaine, Ford belle gueule très populaire grâce à Han Solo, porte fièrement le look aventurier années 1930, duo fouet/flingue, chapeau Fedora, veste de cuir et autres attributs du chasseur de trésors, bien décidé à rendre l'archéologie palpitante, exaltante voire sexy alors que la réalité veut une réputation tout autre. Un peu comme le domaine de l'espionnage jusqu'à ce que Ian Fleming donne naissance à James Bond en 1953 ; ce dernier est d'ailleurs un père spirituel pour Indy ! Et le tout donc, sous l'oeil de deux des réalisateurs les plus importants du XXème siècle, destinés à transcender le genre blockbuster (film à grand spectacle), sans oublier, une nouvelle fois, celui du digne compositeur.

John WILLIAMS écrit deux thèmes misant sur les cuivres de l'orchestre en priorité, un plutôt en montées mélodiques majeures éclatantes, l'autre un peu plus en descentes de notes, qu'il mêle pour la bonne dynamique de sa "Raiders March" (en hommage au titre du film, Raiders of the Lost Ark/Les Aventuriers de l'Arche Perdue). Les idées sont déjà clairement là pour signifier le héros Indiana Jones en lui-même, ses péripéties, les dangers qu'il doit affronter mais dont il ressort toujours vainqueur. Du grand art, une fois de plus. WILLIAMS, non seulement, réitère le thème du requin, l'ouverture de Star Wars ou sa "Marche Impériale" en termes tubesques hollywoodiens, mais démontre aussi une capacité 'ennio-morriconienne' à prouver qu'on sait de quoi on parle, que l'univers proposé est raconté en trois-quatre minutes par la musique seule. Parallèle pas si incongru avec le compositeur fétiche de Sergio Leone : après tout, et hormis James Bond, l'une des racines du personnage Indiana Jones demeure le western, comme ce sera développé par la suite, dès 1989.

Cependant, il se fait attendre, ce fameux thème, tout comme le visage d'Indy ! Dans la séquence d'ouverture, où la montagne du logo Paramount est fondue sur un décor similaire bien réel ('gag' récurrent à toute la saga), le héros suivi de ses mercenaires douteux marche dans la jungle péruvienne, à la recherche d'une idole-figurine sacrée dans un temple perdu. On le voit de dos jusqu'à ce qu'il se fasse attaquer, au son de percussions exotiques (marimba, claves), de cordes fébriles jouant en gammes par ton (mode mélodique dissonant et contemporain, très prisé par WILLIAMS) pour transmettre toute la tension au spectateur. Le danger rôde, omniprésent même hors de vue, en approche ; les contrebasses d'ailleurs s'empressent vite d'évoquer l'effet requin.

Idem ensuite dans le temple inca, truffé de pièges et de toiles d'araignées. Le chef-d'orchestre démultiplie les interventions de cordes 'col legno' (jouées avec le bois de l'archet) et en vitesse, optant pour les dynamiques fortes, tâtonnements et explosions aux cuivres. La vague lumineuse de cordes souligne déjà l'arrivée au trésor néanmoins, avant d'autres complications. Ce que la suite "In the Jungle"/"The Idol Temple" fait mieux qu'annoncer : un grand frisson permanent, inquiétude et ferveur mélangées, équilibrées avec la joie de la réussite, ou presque ! Une boule de pierre géante manque de rouler sur Indy, faisant accélérer l'orchestre pour illustrer la fuite. René Belloq (joué par Paul Freeman), archéologue français rival, subtilise l'idole à Jones et se pose en antagoniste principal. Chose notable : lui n'a pas son thème musical et en réalité, les autres méchants non plus.

Les Aventuriers de l'Arche Perdue, ce sont trois grands thèmes en adéquation aux personnages les plus importants mais pas forcément humains. Outre Indy, il y a l'Arche d'Alliance, artefact biblique légendaire vers lequel convergent toutes les convoitises, de telle envergure qu'il dépasse les méchants en présence et en rayonnement, Belloq étant en fait au service des Nazis. Indy est envoyé par son 'patron' Marcus Brody (joué par Denholm Elliott) et des agents du gouvernement pour ne pas le laisser tomber en de si mauvaises mains, au cours de l'année 1936, le ramener avec lui au contraire même, coûte que coûte ! WILLIAMS trouve une mélodie forte, aussi inquiétante que lumineuse, douceur fausse qu'il sait modeler et faire grossir. C'est le thème de ce film, celui de l'Arche, dès le moment où elle est mentionnée aux U.S.A. et jusqu'au générique de conclusion.

D'abord par bribes, il prend toute son importance ensuite dans la cité perdue et ensablée de Tanis en Egypte, au nez et à la barbe des Nazis, notamment dans le lieu où se trouve la grande carte, celle qui indiquera à Indy l'emplacement du Puits des Âmes ; contraste fort entre le chantier qui continue à l'extérieur, et toute la magie qui se développe avec l'incroyable découverte de Jones, aidé par la lumière solaire. En tensions et retombées, bien complété par le choeur féminin à son climax, "The Map Room: Dawn" est encore tout à l'honneur de WILLIAMS. Même, plus que la séquence folle du Puits des Âmes ("The Well of Souls", chose amusante, le français sonne mieux), pourtant lieu-clef de l'histoire où repose l'Arche d'Alliance et grouillent nombre de bébêtes d'espèce reptile qu'Indy n'apprécie guère (euphémisme !), où les percussions à secouer renforcent les sifflements.

Entre moult autres répétitions, le thème de l'Arche trouve enfin son sens et sa plus grande puissance dans les crescendos du rite juif final sur l'île grecque, appelés "The Miracle of Ark". Pour Belloq qui voulait converser avec Dieu, l'addition va se révéler salée, idem pour les soldats allemands ! Les fantômes et créatures tourmentées de l'Arche forment un cyclone dévastateur, souligné de main de maître par les envolées orchestrales, les fausses accalmies. Sans oublier un dernier rappel de taille, quand, au comble de l'ironie absurde, l'Arche est enfermée dans une caisse sans âme dans son nouveau temple : un entrepôt secret de l'armée américaine et au milieu d'autres trésors par milliers.

Le troisième thème important, c'est le côté romance développé avec Marion Ravenwood (jouée par Karen Allen), personnage des plus appréciables, belle femme brune aussi amoureuse que bagarreuse, même si WILLIAMS délaisse ce dernier aspect, se concentre sur la relation 'borderline' et fragile avec Indy. Là aussi, pour autant de merveilles en variation et tout le long du film.

Dans celui-ci, il faut noter d'autres éléments importants comme la séquence au Népal (pour présenter Marion), peu 'identifiée' dans les couleurs musicales, cela dit. "The Medallion", toutefois, est le parfait 'calme avant la tempête', surtout l'arrivée de l'affreux Toht (acteur Ronald Lacey), commandant de la Gestapo et véritable tortionnaire ; une des erreurs du film est d'ailleurs de ne pas lui avoir consacré une deuxième séquence pleine afin de le rendre encore plus détestable, comme sous la tente à Tanis (le coup de la matraque à chaines transformée en cintre, c'est drôle, mais bon). Un moment musical réussi jusque dans son évocation du feu.

De même, la course d'Indy après les ennemis portant le panier contenant Marion enlevée dans les rues du Caire traditionnel (même si tout a été tourné en Tunisie, comme les séquences du désert dans Star Wars), et qui représente à elle seule une autre marque importante de la saga : l'humour. Avec "The Basket Game", John WILLIAMS prouve encore toute son habileté en la matière. Les seuls qui ne riaient pas étaient les acteurs et l'équipe technique, à cause de la chaleur et de la nourriture avariée qui les a rendus malades des jours durant, tous sauf Spielberg qui avait apporté ses propres conserves, miraculeusement. De quoi expliquer aussi qu'Harrison Ford/Indy ait eu vite envie d'en finir avec le géant sabreur, le tuant au revolver ; autre gag pas du tout prévu dans le script.

Les quelques éléments orientaux perçus dans "Flight to Cairo" ou l'autre envol depuis la jungle péruvienne (une danse russe parcourue du thème d'Indy) témoignent de mélodies secondaires efficaces. De même de la sombre rencontre avec Belloq dans une taverne du Caire ("Bad Dates"), ou le combat à coups de poings au moment de quitter Tanis, avec la menace toute proche d'un avion tournant sur lui-même, hélices en marche ("The Fist Fight / The Flying Wing"). La B.O, bien que contrastée, fait preuve d'une grande fluidité et richesse, seulement contrebalancée par quelques moments d'action un peu étirés (le retour au Caire par la route), comme souvent dans ces séquences-là, même si "Desert Chase" contient aussi ses éclats, toutes timbales dehors.

Histoire, humour, action, aventure, romance, fantastique : un cocktail qui détonne et pour cause. Si le succès des Aventuriers de l'Arche Perdue est d'abord incertain, il faut peu de temps avant de s'apercevoir du contraire. L'archéologie 'rock'n'roll' fait naître de nombreuses vocations. Joignant leurs forces, maîtres Lucas et Spielberg ont frappé fort de nouveau et débutent une nouvelle décennie sous les meilleurs auspices, nonobstant les critiques de ceux qui abhorrent ce 'cinéma pop-corn' aux dizaines de millions d'entrées, multi-récompensé qui plus est. De même pour WILLIAMS (un Grammy Award, un !) et Ford, même si ce dernier demeure le seul acteur à tirer son épingle du jeu en termes de suite de carrière, avec aussi John Rhys-Davies, l'acteur de son acolyte égyptien Sallah, autre belle caution humoristique (même si moins qu'en 89). Mais tout cela, n'est-ce pas, était naturel, de volonté divine ! Après tout, durant le générique de fin, là où l'orchestre annonce la fin de la "Raiders March" en grande pompe, où l'on croit que tout s'arrête, celle-ci continue avec plus de douceur pour un autre tour, subtilité délicieuse pour dire "il reviendra !"

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   MARCO STIVELL

 
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- John Williams (compositions, orchestrations, direction d'orch)


1. In The Jungle
2. The Idol Temple
3. Escape From The Temple
4. Flight From Peru
5. Washington Men / Indy's Home
6. A Thought For Marion / To Nepal
7. The Medallion
8. Flight To Cairo
9. The Basket Game
10. Bad Dates
11. The Map Room: Dawn
12. Reunion In The Tent / Searching For The Well
13. The Well Of The Souls
14. Indy Rides The Statue
15. The Fist Fight / The Flying Wing
16. Desert Chase
17. Marion's Theme / The Crate
18. The German Sub
19. Ride To The Nazi Hideout
20. Indy Follows The Ark
21. The Miracle Of The Ark
22. Washington Ending / Riders March



             



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