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FOLK-ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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STEELEYE SPAN - Dodgy Bastards (2016)
Par MARCO STIVELL le 8 Mars 2020          Consultée 1121 fois

Depuis près d'une dizaine d'années, chaque nouvel album de STEELEYE SPAN semble annoncer un départ supplémentaire. En 2009, c'était Ken Nicol, en 2013 Peter Knight, et là pour Dodgy Bastards (2016), on sait que vient le tour de Rick Kemp. Petit à petit, s'efface le "vieux STEELEYE SPAN", celui des années 70, qui avait vivoté pendant la décennie 80 et persévéré durant les années 90/2000. Le nouveau prend forme, mais Maddy Prior, dernière parmi les membres fondateurs, est toujours là, comme si rien ne pouvait se faire sans elle et sa voix si particulière...

Nouveau STEELEYE SPAN donc en cours de transition, avec l'arrivée du deuxième guitariste Andrew 'Spud' Sinclair avec qui Kemp jouait vingt ans plus tôt dans un trio blues-rock – car Pete Zorn, atteint de maladie, décède au même moment -, et pour surprise principale l'entrée d'une deuxième dame, Jessica May Smart. C'est la troisième fois dans l'histoire du groupe, après les participations de Gay Woods durant les premières heures en 1969/70 puis entre 1995 et 2001.

Smart, accompagnatrice de Kate MELUA entre autres, est chanteuse, mais elle a surtout la tâche de remplacer Peter Knight, violoniste parmi les meilleurs et les plus influents de la musique rock en général, pas seulement folk. Et autant dire tout de suite qu'elle s'en sort avec les honneurs : si elle reprend le travail de superposition adopté par Knight ces dernières années, pour des effets duos/quatuors de violons, elle est une présence idéale et canalisant la virtuosité pour davantage de finesse.

Et puis n'y allons pas par quatre chemins. Depuis dix ans, STEELEYE SPAN fait de l'excellente musique. Il est fou de se dire que, même si la période n'est pas la même, un groupe majeur et pionnier d'une décennie artistique désormais lointaine enchaîne les albums super actuellement. Bien sûr, il y a le rock progressif, très folk empruntant à la tradition dans les textes comme les musiques. Il suffit d'écouter l'instrumental gaélique endiablé "Dodgy Bastards" qui vise presque à rapprocher le groupe anglais du pagan-metal ou de noms comme ELUVEITIE... presque, car on ne peut oublier que depuis de nombreuses années et avant bien d'autres, Prior & co pratiquent ce genre de musique, loin des clichés des barbus chevelus vêtus de cuir.

Toutefois, la tendance lourde/heavy du son se fait largement remarquer dans les guitares, la basse comme la production, à l'image de Wintersmith (2013). Et avec quatre voix fortes, deux masculines et deux féminines, cela donne lieu à des tentatives qui créent parfois une forte surprise. Julian Littman, sur les ponts de "Bad Bones" et de "Boys of Bedlam", s'essaie au rap ! Et plutôt bien, il faut l'avouer, sachant qu'on est aux antipodes des clichés habituels là aussi, de l'urbanisme actuel, la culture black, même si il y a aussi envie de révolte, puisque ce disque comme Bloody Men (2006) et autres se voit consacré aux petites gens de l'Angleterre, notamment celles des campagnes. Excellent et inattendu, et pourtant on espère que cela ne sera pas systématique.

Quant à Prior et Smart, elles créent à leur tour une séparation dans leurs timbres, parfois rauque pour la première et railleur tel celui d'une vieille sorcière, doux et angélique pour la seconde, de quoi rappeler par moments le talentueux groupe éphémère MELLOW CANDLE au début des années 70, dans une formule encore plus électrique. Les chants railleurs de Kemp et Littman s'en mêlent, affichant toujours une préférence pour les histoires du folklore, sordides et sanglantes. STEELEYE SPAN préfère cependant une certaine clarté vocale même pour Prior, à laquelle il adjoint une musique tour à tour conciliante et nerveuse, garnie d'effets ahurissants aux violon (mélodique comme dissonant), guitares (soli en tapping inclus), tambours militaires par le virtuose Genockey...

De l'album Wintersmith, le groupe a conservé cette richesse d'arrangements, faisant revenir le mélodéon de John Spiers sur deux titres, conviant Hattie Webb (Leonard COHEN, Tom PETTY) à la harpe sur "Two Sisters". On s'extasie devant les charmes féminins de "All Things Are Quiet Silent" (Prior) et "Brown Robin's Confession" (Smart), leurs réponses sensuelles aux rythmiques funk de "Two Sisters", les effets orientaux de "Boys of Bedlam" et celtisants de "Cruel Brothers", la ballade épique "Cromwell's Skull", le rock sudiste à l'anglaise de "Gulliver Gentle and Rosemary", la créativité de titres comme "Johnnie Armstrong"... Une richesse musicale qui, encore une fois, offre à l'auditeur une occasion de faire bombance, loin des années 70 mais avec une qualité similaire, peut-être même meilleure.

La basse de Kemp est très en avant, metallique et, là encore, on sait pourquoi. C'est la dernière fois, alors les honneurs sont rendus au fidèle compagnon qui s'en va, sur le dernier morceau en particulier. Dodgy Bastards est déjà assez long de près d'une heure, sans temps mort, lorsque arrive cette pièce maîtresse de dix minutes qu'est l'enchaînement "The Lofty Tall Ship/Shallow Brown". Début tribal avec pluie, voix de Prior, letimotiv rythmique à tournure incantatoire, puis passage totalement inespéré sous forme de ballade où une nappe de claviers célestes soutient Prior, encore un lien avec Wintersmith et qui s'était à peine vu annoncé sur d'autres morceaux !

Instant magique, perpétué par une marche lente instrumentale nocturne et aérienne pour terminer le disque, comme à l'inverse, "Cruel Brothers" l'avait débuté en polyphonie a-cappella... Kemp se fend d'un solo en sus de nombreuses lignes mélodiques déjà remarquables auparavant, et auxquel se substituent les guitaristes, le violon, chacun leur tour. Genockey, seul à la fin, imite les batteries écossaises... On plane, des frissons viennent, une merveille ! Cela s'appelle art, amour de l'art. Quel groupe, vraiment ! Et même si Kemp s'en va, c'est loin d'être terminé...

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   MARCO STIVELL

 
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- Maddy Prior (chant)
- Jessie May Smart (violon, chant)
- Rick Kemp (basse, chant)
- Liam Genockey (batterie, percussions)
- Julian Littman (guitares, mandoline, claviers, chant)
- Andrew 'spud' Sinclair (guitares, chant)
- John Spiers (melodeon)
- Hattie Webb (harpe celtique)


1. Cruel Brothers
2. All Things Are Quiet Silent
3. Johnnie Armstrong
4. Boys Of Bedlam
5. Brown Robin's Confession
6. Two Sisters
7. Cromwell's Skull
8. Dodgy Bastards
9. Gulliver Gentle And Rosemary
10. The Gardener
11. Bad Bones
12. The Lofty Tall Ship / Shallow Brown



             



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